Spécial Immobilier/Seniors : 17 millions de propriétaires

Publié le 28 novembre 2012 par Jean Yves Ruaux.

hotel victoria
17 des 23 millions de plus de 50 ans sont propriétaires de leur maison mais aussi de plusieurs biens immobiliers dont, parfois, une résidence secondaire.

« Thiers voulait modeler une France de propriétaires. Il y a presque réussi avec les soixante-huitards. Amusant, non ? »
Béatrice, 63 ans, ex professeur d’histoire, devenue randonneuse le long de la vallée de la Rance et sur les sentiers du Népal, a longtemps renâclé à se fixer. Pourtant, elle est propriétaire d’un grand appartement dont les porte-fenêtres regardent les couchers de soleil sur la mer.
Comme 16,971 millions de seniors (73% vs 59% des 50-) elle est propriétaire d’un ou de plusieurs biens immobiliers. Comme 3,3 millions d’entre eux, elle possède un bien d’une valeur supérieure à 300 000 euros. Sur ce créneau, les 50+ sont plus nombreux que tous les moins de 50 ans d’âge adulte réunis (27 millions) car ceux-ci ne sont que 2,5 millions à être détenteur d’un tel bien. « Ce n’est pas par gaité de cœur que je me suis mise propriétaire. Mais, je n’avais aucune envie d’avoir à déménager au gré d’un caprices d’un bailleur. La chance que j’ai eue est d’avoir pu acheter avant que les prix ne prennent l’ascenseur sur le front de mer. » La faute aux seniors car ils sont aussi les champions de la résidence secondaire en bord de mer et à la campagne. Ils en détiennent 3,6 millions si l’on inclut la multipropriété et là aussi, ils l’emportent sur les moins de 50 ans qui n’en possèdent que 1,6 millions. Moins de la moitié.

Ils aident leurs enfants
« Je vais passer pour un affreux capitaliste, mais j’ai maintenant une cabane sur les pentes d’un volcan d’Auvergne, en plus de ma maison de Suresnes. C’est mon père qui l’avait achetée afin de ne pas se couper complètement de son Puy-de-Dôme natal. J’en ai hérité ».
A 64 ans, avec une formation d’ingénieur agronome, Paul poursuit son travail, mais en consultant désormais, en spécialiste des cultures sans terre.
« Je crois que notre génération a été favorisée par la conjoncture et que nous avons pu faire notre « pelote ».Mais cela nous permet aussi d’aider nos enfants. »
Paul a une fille Bénédicte « dont l’activité de comédienne me coûte plus qu’elle ne lui rapporte » et un fils, Louis, « qui démarre son restaurant. Ca marche mais, lui aussi, je lui ai donné le coup de main. »
Bref, les seniors disposent d’un patrimoine parfois important : plus de 15% d’entre eux ont une résidence secondaire contre trois fois moins pour leurs cadets (5,74%).
Les seniors, qui, plus souvent que les autres, possèdent d’autres biens (appartements, garages…), ne sont pas sans donner le coup de pouce à leurs enfants. « J’ai fait aménager un appartement en rez-de-jardin, ainsi Bénédicte a-t-elle son indépendance. Vivre à 30 ans à côté de papa-maman n’est pas forcément facile, de même qu’il n’est pas toujours aisé de se vivre comme dépendant financièrement d’eux. »

Héritiers
L’examen des patrimoines montre que les aînés bénéficient de l’héritage des parents. Ainsi la proportion la plus élevée ne se trouve pas chez les boomers qui pourtant disposent au total d’un patrimoine plus étendu mais chez les plus de 65 ans. Et si les moins de 50 ans sont sous représentés parmi les propriétaires de résidences secondaires (indice 54), les 50-64 ans (indice 132) les dépassent largement mais le sommet est atteint avec les 65+ (indice 171) qui, compte tenu de leur âge, ont tous reçu leur héritage familial.
« J’ai hérité plus tôt que je ne l’aurais souhaité », confie Marie-Claude, une quinquagénaire tout en vitalité qui, après une carrière militaire et trois enfants, dont aucun n’est soldat, est devenue assistante sociale. « N’empêche je dois assumer cet héritage autant pour mes enfants que pour nous. » Elle est mariée à un professeur de sciences (SVT) de lycée, « à qui il reste trois ans à faire mais qui est heureux de n’avoir que des scientifiques pour élèves ». Marie-Claude et son mari ont réaménagé partiellement leur maison angevine en chambre d’hôtes. Une maison de ville, blanche, proche du CHU d’Angers.
«  Nous avons relié la maison à l’ancien garage dans la cour par une véranda et nous avons créé deux chambres en enfilade avec une salle de bains au dessus du garage que nous avons coupé entre une buanderie et un salon de télévision pour les hôtes ».
Pourquoi une seule chambre d’hôte ? « Parce que Jean devra s’occuper un peu pendant trois ou quatre ans en attendant qu’à mon tour je ne sois à la retraite. Il aime présenter sa région, il accompagne volontiers nos pensionnaires pour un tour du vieil Angers avec sa cathédrale, ses couvents..mais il n’a pas l’intention de se muer en hôtelier à plein temps »
Quoiqu’il en soit, les seniors sont les champions des grands jardins, du bricolage, de la maison équipée d’une véranda, d’une terrasse, d’une piscine et… des travaux de réaménagement. « Quand on a fait l’étage pour la chambre d’hôte, on en a profité pour mettre la maison à jour. Alors, on a remplacé les moquettes par des planchers, repris le chauffage, et surtout cassé les salles de bain qui avaient vieilli pour y placer des douches à l’italienne. 50000 € mais ca valait la peine ! »

Résidences en cœur de ville
Arrivés à la retraite, les seniors réaménagent le bien qu’ils ont acquis souvent trente ans plus tôt ou déménagent et dans bien des cas s’organisent. « Ma mère a 95 ans. Elle entend mal, mais elle continue à faire ses mots croisés et à lire son Télégramme », rigole Béatrice. « J’ai donc pris mes précautions. » Sa résidence est pourvue d’un ascenseur, elle a récemment substitué une douche à sa grande baignoire et refait entièrement sa cuisine avec un mobilier bas.
« J’habite en cœur de ville et je n’ai aucune envie de déménager pour plus petit. » Sa mère, en revanche, vit maintenant dans une résidence-services. Elle a pu y reconstituer son univers de vie mais en jouissant de l’attention du personnel et des repas qu’elle prend à la salle à manger plutôt que de se les faire livrer.
« Je pense que, dans quelques années, on déménagera vers le sud ouest, pour plus petit mais plus de soleil. Mais on hésite encore entre une maison au cœur d’une petite ville ou dans un village-résidence », projette Paul. « Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. On verra. »
Les 50+ manifestent ainsi moins souvent des intentions d’achats que les trentenaires qui « nidifient ».
Quoiqu’il en soit, les seniors sont les acteurs majeurs du marché de l’immobilier, de la bi-résidence ou de la multi-résidence où 1,445 millions d’entre eux séjournent plus de 60 jours par an ! « Je me demande si on poursuivra notre activité de chambre d’hôtes lorsque j’aurais moi-même décroché, pour l’instant, il y a encore notre dernière aussi qui est à la maison », précise Marie-Claude. « Mais, j’ai un peu envie de bouger aussi longtemps que nous le pouvons ». Leaders sur le marché de l’immobilier, les seniors le sont aussi dans la plupart des segments du voyage et de l’auto.

 

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