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Royaume-Uni
1968 : Le nouveau statut de la femme, dû au législateur plutôt qu'aux manifestants
Mis en ligne le 28/04/2008
Le féminisme a fait irruption en 1968 alors que les jeunes révolutionnaires confinaient les filles à la frappe et à la reproduction de leurs tracts. Ce n'est d'ailleurs pas les revendications des mâles qui ont amélioré le statut de la femme, mais un patient travail législatif et médical qui lui a donné le droit de disposer d'elle-même.
En 1968, l'universitaire et écrivain Jean Seaton était une étudiante, devant à l'Etat britannique son statut académique et une somme d'atouts qui en font une raisonneuse jugeant la rue faite pour manifester ! Elle écoute et regarde la BBC qui la sort de son île et la cultive aux heures où les autres dorment. C'est le temps des travaillistes du Premier ministre Harold Wilson qui a créé de nouvelles universités ayant pour mission de réinventer le savoir. Aussi n'est-il jamais venu à l'esprit de Jean Seaton qu'elle aurait pu exercer un métier inintéressant. Organiser la contestation relevait donc du plaisir et d'une mission sérieuse : changer le monde. La jeunesse s'en croyait investie. On travaillait comme des fous, on lisait tout, on dansait le rock, explique-t-elle. Mais nous dédaignions la drogue. Elle éprouve une véritable affection pour les manifestations. Il lui en est resté un attachement à vie pour les processus de négociation politique. Que voulaient ses contemporains ? Améliorer les choses. Ils éprouvaient un sentiment de supériorité par rapport aux Ecossais, mais pensaient que leur gauche était épouvantable. En plus, ils n'avaient pas connu la Révolution française. Le féminisme était le thème de multiples meetings durant lesquels les hommes désapprouvaient les éléments de la stratégie prônée par les femmes pendant qu'elles reproduisaient leurs discours et tracts. En fait, le véritable statut de la femme est venu de l'oeuvre du législateur et de la médecine. Le suicide, le divorce, l'avortement, la contraception... ce sont les évolutions sur ces points qui en réalité ont rendu le féminisme possible. Ajoutons l'entrée massive des femmes sur le monde du travail. La classe d'âge des étudiantes de 1968 était assez ignorante du sexe. Ce n'était pas un sujet de discussion pour la maison. Et les seuls nus que Jean Seaton avait vus, c'était au musée. Lors d'une conférence à Oxford, une étudiante présenta un pénis en plastique. Elle assurait que cet engin condensait le problème des femmes. Aborder les problèmes féminins de manière directe a rendu le monde plus civilisé. En revanche, l'évocation directe des questions de sexualité n'a pas forcément aidé à exprimer les ambiguïtés du désir. Chaque enfant de dix ans sait aujourd'hui ce qu'est une fellation. Mais ce degré d'information n'était pas dans les perspectives des militantes de 1968 qui étaient notamment influencées par Simone de Beauvoir. (Prospect, 04/2008 : "The penis problem")
Jean-Yves Ruaux
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