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A crédit
Mis en ligne le 26/05/2008
On est heureux de l'apprendre (Le Monde, 24/05/2008) pour les Américains ! George Bush a emprunté à long terme et fera supporter le poids de la guerre d'Irak par les générations prochaines alors qu'il s'y refuse pour les retraites. Le président sortant préfère le pay-as-you go system. L'épargne, chacun pour soi, mais le prix de la guerre et la retraite-dèche pour presque tous. Faute de guerre (?), la France impute en partie la dette des pensions aux cadets. En travaillant, ils paient pour leurs aînés qui eux-mêmes ont payé pour... Solidarité entre générations. Bel élan, noble intention. Mais la situation appelle un peu plus de décence de la part de certains pensionnés qui réclament le statu quo des pensions alors que leurs petits-enfants triment pour financer leur trekking dans l'Himalaya. Des salariés militent contre un allongement des durées de cotisation sans se préoccuper des sacrifices que cela implique pour leurs enfants. Faut-il penser que les pensions résultent d'un droit inaliénable pouvant s'exercer à l'infini au détriment d'autrui ou d'un pacte social solidaire assurant à chacun sa juste subsistance ? Malheureusement, gouvernement et syndicats français se sont enfermés dans un débat périmé et pernicieux. Les 41 ans de cotisations de 2012 ne reflètent que la perspective à court terme du coût des retraites. Il peut s'aggraver si l'activité économique se réduit. On passera alors à 41,5 ans puis 42, 42,5... Un bricolage franchouillard de plombier marron qui fera encore descendre les Français dans la rue à chaque resserrement de la valve. Ne vaudrait-il pas mieux adopter le système suédois, plus équitable, plus durable ? A cotisations équivalentes, retraite égale, compte tenu de la pénibilité et de la durée travaillée. Ceci n'est pas le cas en France où certaines cotisations offrent parfois une rentabilité double pour un même montant versé (voir les travaux de Sauvegarde retraites). Régimes spéciaux contre régime sec. Le mécanisme scandinave prévoit la possibilité pour tous de cesser le travail à l'âge de son choix en faisant jouer deux options : je pars tôt (61 ans), je touche une retraite plus faible mais j'en profite plus longtemps. Je pars tard, ma retraite est élevée, mais je dois la vivre de façon plus intense, car elle s'annonce plus brève au regard de la loterie du destin. Cet alternative n'aura pas été offerte aux soldats américains que M. Bush a laissés en Irak, ni à leurs concitoyens et enfants. Ceux-ci auront oublié depuis longtemps la présidence Bush mais ils continueront à payer durant des décennies les intérêts de sa guerre. On est heureux que Nicolas Sarkozy n'ait pas encore songé à s'offrir une petite croisade pour redresser sa cote de popularité. A crédit, évidemment.
Jean-Yves Ruaux
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