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Allemagne
Allemagne 1968 : l'anti-mondialisme et l'antinazisme stimulés par l'action violente des radicaux
Mis en ligne le 28/04/2008
Le groupe Baader-Meinhof a semé la terreur en Allemagne à partir de 1968. Leur doctrine anticapitaliste et anti-globalisation a eu pour conséquence d'obliger l'Etat allemand et la population à clarifier leurs liens avec leur passé nazi. Elle a aussi servi de creuset au radicalisme de revendications de l'ultra-gauche européenne.
Qui aurait dit qu'Herbert Marcuse, le gourou de 1968, avait aussi fondé les doctrines anti-globalisation qui animent certains mouvements radicaux européens ? Enseignant aux Etats-Unis, il a trouvé un écho particulier dans son pays d'origine, l'Allemagne. L'Etat s'y est trouvé confronté à partir d'avril 1968 à une très violente menace. Le groupe Baader-Meinhof, du nom de ses leaders, a dès mai, à posé des bombes dans les supermarchés. En 1967, Ulrike Meinhof avait demandé au chancelier américain Hubert Humfrey "pourquoi il était bien de lancer du napalm et pas de la crème pâtissière ?" L'antiaméricanisme de la "Fraction armée rouge" se double d'une culpabilité forte à l'égard du récent passé de l'Allemagne. Baader et Meinhof sont persuadés que l'Allemagne d'alors peut retomber à tout moment dans le nazisme. Certains de ses dirigeants ont, comme le chancelier Kiesinger, un passé nazi. La guerre du Vietnam fait de l'Amérique l'ennemi majeur. Meinhof dédie son action journalistique à la dénonciation du passif nazi des hommes publics allemands. Le communisme semble une contre-proposition valide au statut de l'Allemagne fédérale qui a été emprunté à l'Amérique capitaliste. Le philosophe Marcuse, qui avait fui l'Allemagne nazie pour la Californie, accrédite l'idée que le business et le capitalisme sont les obstacles à une existence authentique. Marcuse est le prototype de l'intellectuel anti-mondialisation. Curieusement, les terroristes de la bande à Baader bénéficièrent d'un courant de sympathie qui s'étendait dans le grand public bien au-delà de leur courant idéologique... L'Eglise protestante qui n'avait pas su se détacher du nazisme, sous Hitler, leur fut ouvertement favorable et organisa un service d'obsèques important pour les funérailles de Meinhoff en 1976. On entendit que la prison n'était pas un "endroit pour des gens aussi convenables et moraux". L'une des survivantes du groupe notait récemment que "nous nous sommes surestimés et nous nous sommes donné l'illusion qu'une révolution était imaginable dans le cadre de la prospère République fédérale allemande. Mais nous étions des gens qui agissaient comme des possédés à l'intérieur de leur bulle. Nous vivions une sorte d'existentialisme armé". La Fraction armée rouge a provoqué des dizaines de morts et de blessés par ses attentats. Mais la sympathie qui l'entourait venait, pour partie, de la culpabilité que le peuple allemand éprouvait pour son passé. (Prospect, 04/2008 : "Violent German radicals")
Jean-Yves Ruaux
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