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Alzheimer : une étude scientifique prouve l'efficacité des méthodes non-médicamenteuses de l'Institut Gineste-Marescotti
Mis en ligne le 24/06/2008
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Le principe de la méthode de l'Humanitude est d'aider les personnes âgées en respectant leur équilibre et leurs désirs. (DR)
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Les résultats positifs d'une étude scientifique sur l'impact de la formation à la méthodologie de soin "Humanitude" sur les comportements des personnes atteintes et le bien-être des soignants ont été divulgués dans le cadre du colloque sur les approches non-médicamenteuses de la maladie d'Alzheimer le 20 juin à l'Institut océanographique de Paris. Les difficultés à faire reconnaître ces soins comme des éléments indispensables au sein des centres hospitaliers semblent s'estomper. Pour Yves Gineste, la journée du 20 juin devrait aboutir à la validation de la méthode.
Depuis plus de trente ans, Rosette Marescotti et Yves Gineste ont développé des techniques de soins des démences basées sur des approches non-médicamenteuses. Avec "l'Humanitude", leur principe est d'aider les personnes âgées en respectant leur équilibre et leurs désirs. Bien-être conjoint des soignants et des soignés Les soignants veillent aussi à ce que les difficultés liées à la maladie ne les empêchent pas de ressentir du plaisir et du bien-être. Les difficultés à faire reconnaître ces soins comme des éléments indispensables au sein des centres hospitaliers semblent s'estomper comme le montre la journée du 20 juin grâce à la preuve scientifique des résultats enregistrés. Plus de cinq cent personnes ont assisté au colloque international qui a eu lieu jeudi 19 et vendredi 20 juin 2008 à l'Institut Océanographique de Paris. Le succès de cette manifestation s'explique par le besoin de plus en plus grand des soignants en centre hospitalier de trouver des réponses à leurs difficultés dans le travail auprès des patients. Cet événement a été l'occasion pour Rosette Marescotti et Yves Gineste de présenter les résultats de la première étude scientifique sur leur méthode. La présence de la secrétaire d'État chargée de la Solidarité, Valérie Létard, a confirmé l'intérêt porté à ce type de soins longtemps méconnus. "Je m'engage à ce que les approches non-médicamenteuses, y compris celle qui vient de prouver son efficacité scientifiquement, soient prises en considération," a déclaré la ministre. Les efforts de l'équipe Gineste-Marescotti ont enfin trouvé une reconnaissance. Mais cette reconnaissance doit surtout servir à l'application des soins pour le plus grand bien des patients. Coups, morsures, griffures ou cris, injures et agressions verbales L'étude scientifique menée par l'IPRIM, et présentée par Nicole Sicard, a été suffisamment probante pour arracher l'engagement de la ministre. L'enquête menée sur 111 patientes de 65 ans à 101 ans (moyenne d'âge de 85 ans) présentant une démence de type Alzheimer montre une très nette amélioration de leur comportement avec l'application de la méthodologie Gineste-Marescotti. Pour l'évaluation, des outils précis ont été utilisés, basés sur l'observation par des stagiaires en formation, avant l'étude et après l'application de la "Métho". Les comportements ont été étudiés d'après une grille de 17 items codés selon l'intensité du trouble et la pénibilité ressentie par le personnel. Coups, morsures, griffures ou cris, injures et agressions verbales, sont souvent subis par les soignants face à de tels types de patients. Pour le cas des personnes "donnant des coups" (56, dont 23 avec une intensité très forte), on a pu constater que 65 % d'entre elles n'en donnaient plus du tout à la fin de l'étude. La venue du soignant était sujette à une inquiétude de la part des patientes qui parfois y exprimaient une opposition forte. Dans 91 cas, on a observé une transformation des réactions. 80 % des patientes, après l'application des soins, "exprimaient leur plaisir en offrant un visage détendu et souriant à la venue du soignant". L'expression du visage a été observée d'après plusieurs critères. Une quarantaine des patientes affichaient un regard effrayé avant le traitement. Elles n'étaient plus que deux après. Six patientes avaient une expression détendue avant, quarante après. On retrouve les mêmes chiffres concernant le sourire. En ce qui concernait la toilette intime, 32 d'entre elles présentaient une grande difficulté d'accès et 25 une très grande difficulté d'accès. Moins de 10 seulement y participaient. Après l'application des soins "Humanitude", 60 patientes présentaient une facilité d'accès inédite et 35 participaient à leur toilette sans résistance. Ces résultats, qui montrent l'efficacité de l'Humanitude, agissent sur le bien-être et le plaisir des patients. Ils permettent aussi au personnel soignant de travailler dans des conditions beaucoup plus vivables. Dans 43 cas, on a constaté que les soignants étaient "mieux" et pour 50 cas, "beaucoup mieux". Pourtant, "ces résultats ont été obtenus par des stagiaires, donc on aurait pu avoir des résultats encore plus positifs s'ils avaient été pros", précise Yves Gineste. Autre point positif : les taux de maintien permanent au lit, de "grabatisation",ont chuté de 60 % ! Le choix de la mémoire contre la vessie ! La formation des soignants est donc totalement à revoir. L'Institut Gineste-Marescotti propose ainsi plusieurs types de formations continues pour les soignants de tout ordre. Ces formations sont adaptées à toutes les cas, y compris les patients les plus difficiles. La philosophie de soin de "l'Humanitude" a pour objectif que le patient puisse "vivre et mourir debout". Le Canada a déjà fait appel à l'Institut pour importer ces méthodes qui s'y sont bien développées depuis. Le premier colloque international sur les approches non-médicamenteuses avait eu lieu en 2007 au Québec. Grâce à ce deuxième colloque, les secteurs de soins en hôpitaux français devraient progressivement s'emparer de ces méthodes innovantes qui ont prouvé leur efficacité. En effet, depuis une trentaine d'années, les choses ont beaucoup évolué dans le domaine de la gériatrie. Pour Yves Gineste, il s'agit de l'invention de la gérontologie et de la gériatrie, notamment grâce au change qui a facilité l'ambulation. Il faut faire accepter des modifications de traitement des patients, mais eux-mêmes s'adaptent. Et les résultats suivent. Ainsi, il est très important de se plier au besoin des heures de sommeil de chacun. "98 % des patients sont réveillés la nuit pour être changés, en unités de soins. Mais, on se bat depuis des années pour qu'on laisse dormir les gens la nuit, parce qu'on a vu que quand le sommeil était troublé, ça détruisait la mémoire, et comme il fallait faire des choix, on a fait le choix de la mémoire plutôt que celui de la vessie !" La grille des GIR, une arme contre "l'Humanitude" ? La formation suit une méthodologie simple mais rigoureuse. Une approche théorique sur les techniques de soin à apporter aux patients est suivie pendant une journée. Le lendemain, ces concepts sont immédiatement appliqués en situation. La "Métho" est basée sur un principe fondamental : le soignant doit accompagner le patient grâce à un contact humain. Le toucher, la parole, le regard, tout est pris en compte. Par ailleurs, il a été constaté une baisse de prise de médicaments dans plus de 70 % des cas. Grâce à ces dispositions, on constate moins d'absentéisme du personnel, les malades se portent mieux et les degrés de dépendance chutent. Les cris et les troubles du comportement ont tendance à disparaître. Les patients sont plus heureux. Ces méthodes ont leurs avantages et aussi leurs inconvénients : comme le financement des unités de soins est fondé sur le degré de dépendance évalué (grille des Gir), plus la dépendance baisse, moins les financements sont abondants ! Or appliquer la méthode de "l'Humanitude" nécessite du temps. "On ne prend pas en compte les efforts qu'il faut faire pour que quelqu'un aille bien", constate Yves Gineste. Mais cela devrait changer. Annie de Vivie, directrice d'Agevillage.com, a pu constater l'évolution des dispositions du gouvernement. "En ce moment, il y a beaucoup de choses qui se passent. On négocie sur le cinquième risque. Les agences régionales de santé (ARS) se mettent en place. Il y a de gros enjeux." Des militants présents dans la salle ont manifesté leur volonté de voir ces méthodes largement diffusées avec des outils d'évaluation communs à toutes les approches. Pour Yves Gineste et Rosette Marescotti, il est nécessaire de faire comprendre à tous la nécessité de leur méthode. "On ne demande pas d'argent, on veut simplement être évalué". L'étude menée par l'IPRIM a d'ailleurs été auto-financée.
Patrick Idoux
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