|
Australie
Croissance du nombre de divorces boomers pour convenances personnelles
Mis en ligne le 28/04/2008
Les boomers, qui se séparent, représentent aujourd'hui 16% du total des divorces. Leur nombre a été multiplié par quatre en vingt ans. On ne divorce pas forcément à cause de faits graves, mais parce que les enfants élevés, on n'a plus rien à se dire. Parfois aussi, on a désormais envie de couler une vie avec moins de responsabilités.
Quand le fait de vieillir ensemble est-il devenu si archaïque ? Aujourd'hui, beaucoup de couples, qui se sont aimés et mariés trente ans plus tôt, eu des enfants, acheté une maison, se quittent, une fois les emprunts remboursés et les enfants partis. On pourrait se demander pourquoi on se quitte au moment où la vie deviendrait plus facile à vivre ensemble au lieu de se préparer à un futur incertain ? En 1993, l'Australie comptait annuellement 1 500 divorces annuels chez les plus de 50 ans. En 2005, ce nombre est passé à 6 000. Il y a donc un changement de valeurs. Les désirs ont changé d'une génération à l'autre. L'allongement de l'espérance de vie fait son œuvre. Les couples considèrent parfois qu'ils ont passé la moitié d'une vie maritale ensemble et qu'ils leur en restent encore une moitié. Les enfants ayant quitté le foyer, ils sont désormais libres. Les femmes sont de plus en plus souvent à l'initiative du divorce. Elles attendent plus d'émotion, d'amour, d'attentions. S'ils viennent à manquer, elles s'éloignent et les hommes peuvent en être surpris. Les femmes ont été écartelées entre deux rôles, celui des mères de famille et celui des féministes parachevant leur émancipation. A l'heure du bilan, elles jugent que le compte est insuffisant. Elles mettent donc en œuvre la volonté d'accomplir ce qu'elles souhaitaient sans y être parvenues jusqu'alors. Les boomers représentent 20 à 25% du marché des sites de rencontres, mais aussi des agences matrimoniales. Certaines femmes sont aussi très contentes de vivre de leur côté sans partager un logement avec un partenaire. Les séparations ne sont pas forcément dictées par des actes épouvantables, mais par des glissements inéluctables qui amènent le contenu d'une relation à s'évaporer. Jenny, qui a été mariée durant 35 ans, dit qu'elle a longtemps patienté. Il y avait toujours un anniversaire d'enfant, un Noël en famille qui faisait durer le mariage. Lorsque le divorce a été prononcé, elle a jugé dérisoires les reproches de son mari : le manque d'activités communes, de shopping, de marche, son désintérêt pour le linge... Elle a dû se recréer un cercle d'amis puisque ceux du couple étaient davantage les partenaires de sport de son mari. La vie d'après n'est pas forcément aisée à gérer puisque les enfants, parfois, prennent parti, invitent l'un, et pas l'autre, afin d'éviter les conflits. Certains enfants jugent même que leurs parents auraient dû divorcer plus tôt, à un moment où ils s'aimaient encore un peu afin de garder de meilleures relations. Un vrai défi relationnel naît des nouvelles unions ou relations que les parents contractent. L'un des scénarios de séparations les plus fréquents repose aujourd'hui sur l'absence d'intérêts communs. Le couple a commencé par travailler dur, ensemble. Il a construit une belle affaire, élevé de charmants enfants. Ensuite, brutalement, le mari et la femme se sont désintéressés l'un de l'autre. La séparation peut avoir été progressive et insensible. Elle peut aussi provenir du fait qu'une femme juge qu'elle a fait sa part dans les tâches du ménage et ne souhaite pas continuer. L'un ronflait, l'autre pas. Ils ont fait chambre à part. La suite en est découlée... Toutefois, le bénévolat et les petits-enfants peuvent être la source d'un réinvestissement personnel. Le divorce peut constituer une véritable renaissance, la construction d'une nouvelle personnalité. La femme, qui s'est dévouée durant trente ans au service du mari et des enfants, s'offre des massages faciaux, des séances de pédicure, se sent revivre. L'homme repart danser et se découvre attractif. "Notre génération a l'avantage d'une éducation solide et d'une longue expérience. Nous avons appris à considérer la détérioration d'une relation d'une manière autre que celle de nos mères qui n'avaient pas d'échappatoire. Nous réalisons que nous avons le droit à une meilleure vie", explique une interviewée. (Sunday Telegraph Magazine, 23/03/2008 : "Silver divorce")
Jean-Yves Ruaux
|