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Société
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"Seniors, votre futur a de l'avenir" de Gabrielle Rolland (Robert Laffont)
Etre senior, c'est une bataille avec soi-même, un enjeu de conquête et d'innovation

Mis en ligne le 13/05/2008

Parce que vieillir c'est vivre, vieillir est une chance... Aujourd'hui, la génération du baby-boom "est la première à pouvoir jouir pleinement" de ce temps de vie en plus. Malheureusement, la société ne s'y est pas préparée et nombreux sont ceux qui ne savent comment aborder cette vieillesse angoissante. Gabrielle Rolland, consultante et psychosociologue de formation, publie "Seniors, votre futur a de l'avenir" chez Robert Laffont, un guide qui nous apprend à voir la vieillesse autrement, à "savoir vieillir" et à préparer un projet de vie pour ces années de vie supplémentaire qui nous offrent la possibilité d'être nous-mêmes.

"Le plus grand échec de la société française de ces trente dernières années, c'est son incapacité à préparer l'arrivée massive des baby-boomers (nés entre 1945 et 1965) à l'âge de la retraite, incapacité à organiser leurs revenus, à aménager leurs activités, à répondre aux nouveaux besoins liés à la prolongation de la vie. Pourtant, on ne peut pas dire qu'on ne savait pas, qu'on a été pris par surprise : dès les années 70, les études prospectives démontraient ce que seraient les principales caractéristiques de la vie de cette nouvelle génération", explique Patrick Peugeot, président d'honneur de la Mondiale et président de la Mondiale Partenaire.
Il est en effet évident que la société ne s'est pas préparée au vieillissement annoncé et de fait, personne ne sait comment vieillir aujourd'hui... Entre régression ou rebond, les seniors ne savent choisir. Gabrielle Rolland, psychosociologue de formation et consultante, avec son ouvrage "Seniors, votre futur a de l'avenir" paru chez Robert Laffont, propose un guide, entre réflexions et pratique, pour mieux anticiper sa retraite et mieux vieillir.
"Ce guide comprend neuf domaines qui conditionnent notre bien-être, notre moral, notre relation aux autres. Ils vont de l'argent à la santé, la beauté, l'habitat, le patrimoine, les activités. Ils englobent la relation à la famille, au couple, à la solitude."

"La race des seniors", entre sérénité et déclin
"Ecrire ce livre est une manière de répondre à des questions qu'entraîne l'entrée dans une nouvelle tranche de vie. C'est en interrogeant des jeunes, des très jeunes, des hommes et des femmes de 30, 40, 50 ans que j'ai compris que les virages pris à partir de 60 ans ont un côté définitif et déterminant. La voie du rebond, du développement, d'une nouvelle sérénité est ouverte, mais celle du repli et de la régression nous guette."
Ce constat, Gabrielle Rolland le décortique avant d'entrer dans la phase pratique de son guide. Expliquant d'abord l'origine du mot "senior", probablement dû au fait que les marketeurs souhaitent séduire leur consommateur à fort potentiel (ce que "vieux" ou "retraité" ne feraient pas), plongeant dans les paradoxes sociaux ("les entreprises qui rejettent les seniors en tant que salariés trop cher payés, trop préoccupés de leur statut, trop peu performants, les retrouvent avec bonheur en tant que consommateurs"), analysant les problèmes économiques ("les gouvernants n'avoueront jamais qu'ils ont servi leur génération au détriment de la suivante", "les pensions escomptées ne pourront plus être payées... mais en attendant les seniors profitent"), Gabrielle Rolland tente de cerner les paradoxes qui entourent les seniors.
Pourtant, alors que d'autres veulent être jeunes à tout prix, l'auteur s'accepte : "De quel droit puis-je me distancier de ces seniors ? Je fais partie de cette classe d'âge ! Aujourd'hui je suis bien dans mon âge, j'en apprécie la sérénité et je m'accommode des inconvénients. Tout me semble possible grâce au bagage acquis pendant soixante-sept ans. Je refuse d'être rejetée parce que je fais partie de la race des seniors, je refuse d'être culpabilisée parce que je bénéficie de ce nouveau cadeau de la vie, je refuse de me mettre au rencard en assumant un déclin annoncé".

"La typologie des seniors", savoir qui l'on est et qui l'on veut être
Les seniors ne sont pas préparés au vieillissement et de ce fait, chacun aborde le sien de manière différente, avec les moyens qu'il a et qu'il se donne. Gabrielle Rolland esquisse une typologie des seniors et tente de convaincre qu'une anticipation au départ en retraite est indispensable.
Il y a d'abord la catégorie des "seniors ancrés dans le passé", ceux qui vivent avec des gens de leur génération et pour qui le monde des jeunes est étrange, voire étranger. On y trouve les déprimés et les vieux égoïstes pour qui la "retraite est l'occasion de devenir l'unique objet de ses préoccupations". Il y a ensuite la catégorie des "seniors arrimés dans le présent", des "gens heureux de vivre", parmi lesquels on trouve les jouisseurs qui profitent de leur temps libre, voyagent, prennent soin d'eux et les dévoués qui consacrent beaucoup de temps aux autres. Arrive enfin la catégorie des "seniors inscrits dans le futur", ceux qui "habités par un projet, une utopie, une capacité créative ont réussi à surmonter l'image sclérosée, dévalorisée, frustrante, liée à l'étiquette de l'âge et de la séniorité". On y trouve d'abord ceux ou celles qui sont dans la continuité, parmi lesquels on peut citer les artistes, les écrivains, les créateurs, les musiciens pour qui ni vieillesse ni retraite n'existent et puis les politiques, les militants, les religieux. Mais il y a aussi les autres, "ceux et celles qui doivent assumer la rupture pour rebondir". Ceux-ci sont portés par "un projet, une énergie, un réseau, une confiance en soi et un aspect transgénérationnel". Ce sont ces caractéristiques qui permettent, selon Gabrielle Rolland, de "savoir vieillir".
"Rajeunir n'est pas notre enjeu. Notre défi est de savoir vieillir, d'être respecté par les jeunes, d'être autonome et un jour de mourir dans la plus grande dignité. Gagner dix à trente ans d'espérance de vie supplémentaire est une fantastique opportunité pour se réaliser, s'autoriser, oser être ce que l'on est et ce que l'on voudrait être, et en même temps, il est normal d'être saisi par l'angoisse d'un vieillissement marqué par la maladie, la dépendance, la solitude, le sentiment d'inutilité."
"Pour aborder la séniorité avec le maximum d'atouts et d'espérance", les jeunes seniors doivent pouvoir répondre à des questions comme "Que voulons-nous faire de quinze-vingt ans d'espérance de vie que nous avons gagnés ? Quel rôle voulons-nous tenir dans la société ? Quelle image j'aimerais donner de moi ? Quel type de citoyen suis-je ? Quelle est mon utilité ?".

"Les trois âges de la séniorité", le complexe du homard (F. Dolto)
Etre senior n'est pas un long fleuve tranquille, tout comme la vie ne l'est pas aux autres âges... Etre senior, c'est passer d'un âge à un autre, savoir prendre des virages dont l'issue se trouve soit dans le repli, soit dans le rebond. A l'image de ce que Françoise Dolto appelait "le complexe du homard", ce passage d'un état à un autre ressemble à un changement de peau.
D'abord âgé de 60 à 75 ans, le senior est d'abord dans une "séniorité arrogante", "Arrogante car c'est un défi sur le temps. Les seniors entre 60 et 70 ans et plus ne ressemblent en rien à ce qu'étaient leurs parents au même âge". Cette période est pleine de vitalité mais elle doit être un moment "où nous ne devons pas échapper à une réflexion sur notre futur, à un travail sur soi afin de définir quelle vie nous voulons construire, quels engagements nous voulons tenir, quelle utilité nous voulons avoir. C'est le moment d'une prise de conscience : il y a des voies que nous ne pourrons plus emprunter. C'est le moment de définir un nouvel équilibre de vie".
Vient ensuite la "séniorité sereine" entre 70 et 85 ans. "N'y accèdent que celles et ceux qui ont accepté leur âge sans renoncer à créer, entreprendre, s'engager. Ceux qui ont su construire une identité qui prend désormais racine plus sur ce qu'ils sont que ce qu'ils font. Même si le corps ne répond plus aussi rapidement, les voies de la réalisation restent grandes ouvertes."
Et enfin, les plus préparés atteindront l'âge de la "séniorité fragile", autour des plus de 80 ans. "Fragile car le corps peut jouer de mauvais tours et réduire nos capacités physiques ou intellectuelles. Pour vivre pleinement cette période, il faut avoir pu et su garder une capacité d'autonomie. (...) L'âge n'a pas eu d'emprise sur leur vie. Ils ont en commun l'ouverture sur les autres et sur le monde, la curiosité, l'enthousiasme, la soif d'apprendre, l'envie de créer. A cet âge de la vie, on est grand ou rien."

Tests, exemples, conseils, informations pratiques... Les neuf défis de la séniorité passés au crible
Pour passer d'un âge à un autre, d'une étape à une autre, Gabrielle Rolland donne des clés pratiques, touchant aux aspects psychologiques, affectifs, sociologiques, matériels, financiers... et ce, dans neuf domaines : famille, business, amours, corps, santé, habitat, argent patrimoine, retraite. Entre bilan de compétences, bilan social ou bilan affectif, Gabrielle Rolland aide les seniors à décrypter leurs connaissances, leurs envies, leur potentiel pour aborder la séniorité avec sérénité.
Qu'il s'agisse de la décision du départ à la retraite, de ses effets (avec des tests pour construire son futur), ou de la relation avec sa famille (avec des recommandations pour les personnes qui sont face à des parents très âgés mais aussi pour celles qui ont des enfants, issus d'un même lit ou de plusieurs), ou encore des questions en rapport avec le couple, le célibat, la sexualité (avec là encore, des conseils), sans oublier les questions de beauté, de santé, de mode, que l'on soit un homme ou une femme, cet ouvrage peut répondre aux questions de cette "nouvelle génération".
Gabrielle Rolland se penche aussi sur l'importance de l'habitat dans notre bien-être, et offre ses conseils de relooking en matière d'art de vivre, d'arts de la table et du jardin. Mais elle n'oublie pas d'aborder des questions financières, qui souvent conditionnent notre manière de vivre. Après avoir décortiqué les différents types de pensions, l'auteur apprend aux lecteurs à anticiper ses dépenses, à chercher les avantages offerts aux seniors et pourquoi pas à reprendre une activité rémunérée pour compléter ses revenus. Le patrimoine et les interrogations possibles sur la transmission sont également analysés.
Bref, Gabrielle Rolland trace le parcours auquel est confronté tout senior et auquel sera confronté tout individu qui, à l'âge de la retraite, doit "réinventer une manière d'être, réinventer sa séniorité", avec de nouvelles activités, des champs d'exploration individuels, de la sagesse, du beau, de l'amour, de la spiritualité, du temps...

"Je propose que nous soyons acteurs et actifs"
Elle tire aussi la sonnette d'alarme auprès du gouvernement et des décideurs, tant en ce qui concerne la gestion des retraites, du vieillissement, de la dépendance mais aussi la fin de vie et le droit de mourir dans la dignité : "En commençant ce livre, j'étais tentée de renvoyer les problèmes posés par la séniorité sur les politiques et les décideurs. C'était oublier que les transformations profondes ne sont possibles que s'il y a prise de conscience du plus grand nombre, si ce projet est porté collectivement. Je conclus que c'est vous, moi, nous, qui pouvons résoudre les problèmes évoqués. (...) Je propose que nous soyons acteurs et actifs sur les quatre thèmes suivants : l'âge de la retraite et le niveau de retraite, l'utilité des seniors et la rigidité de l'emploi, l'augmentation des dépenses de santé, les phénomènes de dépendance et les réponses possibles, la fin de vie".
A bon entendeur...

Nolwenn Neveu

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