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Etude Cnav : pourquoi les seniors partent-ils en retraite avant 60 ans ?

Mis en ligne le 10/03/2008

Alors que le gouvernement incitait dès 2003 à la poursuite d'activité (surcote, cumul emploi-retraite, retraite progressive...), les salariés optent pour des départs en retraite précoces. Le contexte professionnel "allant dans le sens d'une détérioration des conditions de travail" ne semble en effet pas motiver les salariés à continuer à travailler. La Cnav, durant l'été 2007, a donc réalisé une étude sur "les motivations des assurés à liquider leur retraite".

Les mesures prises par le gouvernement en 2003 pour inciter les salariés à travailler plus longtemps n'ont pour l'instant que des effets limités. Surcote, cumul emploi-retraite, retraite progressive ne semblent pas compenser les failles du marché de l'emploi et du contexte professionnel actuel. Les salariés sont par ailleurs inquiets quant à l'avenir du système de retraite, leur situation familiale ou leur santé, les conduisant ainsi à partir dès 60 ans, voire bien avant.
Face à cette situation, la Cnav a mené une enquête qualitative auprès de 50 assurés âgés de 55 à 65 ans venus déposer en agence locale un dossier de retraite ou demander des renseignements. Quinze entretiens individuels et en groupe ont également été conduits par des conseillers et des techniciens retraite. Caroline Bertreau-Rapin et Corinne Mette font le point.

Un environnement professionnel peu propice à la poursuite d'activités
En 2005, seulement 37,8% des 55-64 ans étaient en situation d'emploi. "Les latitudes en terme de départ en retraite sont donc réduites pour une grande majorité des assurés (62,2%). Les chômeurs indemnisés ne pouvant encore bénéficier du taux plein peuvent avoir une latitude, mais toute relative, en prolongeant leurs temps d'indemnisation jusqu'à l'obtention du taux plein. Les personnes en situation d'emploi sont pratiquement les seules à pouvoir choisir le moment de leur départ en retraite. Même si leur décision dépend des possibilités ouvertes par la législation, elle apparaît aussi largement liée aux contraintes de l'environnement professionnel." Autrement dit, seulement 4 assurés sur 10 ont le pouvoir de choisir.
Les assurés, bénéficiant de conditions de travail satisfaisantes, valorisantes sont minoritaires. En effet, "la majorité des assurés se plaint de la dégradation de leurs conditions de travail, de la détérioration du climat professionnel (manque de reconnaissance et de considération, perte d'une ambiance sereine et conviviale engendrée par la course à la rentabilité et aux performances...) et à la pénibilité physique mais également psychologique du travail (stress, lassitude). Ils sont par ailleurs incités au départ par leur employeur mais aussi par leurs collègues."
L'étude de la Cnav met aussi en évidence les stratégies d'éviction dont semblent être victimes les seniors dans l'entreprise : suppression de poste, mutation dans des lieux de travail plus contraignants, affectation à des tâches inintéressantes ou dégradantes, recours aux préretraites.
"Les conditions de travail difficiles et le sentiment d'exclusion de l'entreprise, alliés à une entrée précoce de ces assurés sur le marché du travail, expliquent pour partie le succès de la mesure sur la retraite anticipée."

Les réformes du système des retraites inquiètent
Les seniors sont inquiets et pessimistes quant à l'avenir des retraites. Ils craignent notamment la remise en cause de leurs acquis, et une "modification substantielle des règles de calcul qui aboutirait ainsi à une baisse du niveau de la pension et à une augmentation de la durée d'assurance nécessaire pour obtenir le taux plein. De surcroît, ils s'alarment d'une possible remise en question du système de retraite, à plus long terme". S'estimant menacés, ils cherchent donc à faire valoir leurs droits au plus tôt.
L'autre inquiétude des seniors porte sur la santé. Qu'ils aient un travail pénible ou qu'ils soient en pleine forme, les seniors souhaitent profiter d'une retraite active et anticipent, avec un départ plus précoce, "l'inéluctable dégradation de leur santé relative au vieillissement". Les femmes ont aussi la volonté de partir plus tôt pour s'occuper de leurs petits-enfants ou pour rejoindre leur conjoint déjà à la retraite.
C'est par ailleurs l'aspect financier qui les préoccupe le plus. "Nombreux sont les assurés à faire part de leurs inquiétudes face à la baisse du pouvoir d'achat survenant lors du passage en retraite. Les considérations financières sont alors quasiment les seules à jouer aussi nettement ou, du moins, à être clairement exprimées sur la décision du recul du départ en retraite."
"Ainsi, qu'ils aient ou non un emploi, les assurés subissent, d'une façon ou d'une autre, le poids de la conjoncture. Pour une partie de ceux qui ont la possibilité de choisir le moment de leur départ en retraite, les inquiétudes concernent l'emploi, en particulier, les incitant à partir le plus tôt possible et à minimiser l'importance des avantages financiers qu'ils pourraient retirer d'une prolongation d'activité."

Quelques chiffres...
Au 31 décembre 2007, 11 852 852 personnes étaient retraitées du régime général, avec une pension moyenne de 573 euros. 9 311 730 personnes étaient titulaires d'un droit direct servi seul (c'est-à-dire les personnes ayant travaillé et touchant leur pension de retraite en conséquence, en moyenne, 579 euros). 876 392 étaient titulaires d'un droit dérivé servi seul (c'est-à-dire les personnes n'ayant pas travaillé mais touchant une pension de réversion, en moyenne, 277 euros). 1 664 730 étaient titulaires d'un droit direct et d'un droit dérivé (en moyenne, 690 euros).
4 151 667 étaient bénéficiaires du minimum contributif, 412 021 allocataires du minimum vieillesse et 281 070 bénéficiaires du complément de retraite servi seul.

Nolwenn Neveu

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