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Grandes vacances

Mis en ligne le 19/08/2008

Si les vacances d'été constituent la grande session de nettoyage annuel du quotidien, comme l'assure le sociologue Jean Viard, on reste perplexe sur le sort des retraités qui sont en vacances à plein temps. Suivre le raisonnement de Jean Viard implique d'accorder une valeur lessivielle aux vacances. Elles lavent des frustrations de la vie ordinaire et trouvent leur raison d'être dans leur rapport au travail. Elles libèrent momentanément de la contrainte de l'emploi du temps. Elles en effacent les effets néfastes accumulés sur les onze mois qui ont précédé et permettent, l'esprit neuf, d'effectuer une bonne rentrée. La force des vacances réside dans leur rareté comme dans l'opposition entre la liberté qu'elles autorisent et la sujétion que le travail provoque. En poussant juste un peu, on soutiendra que l'important ne réside pas dans "la vacance" mais dans le contraste, la rupture de tempo. Est-ce à dire que n'ayant plus de contraintes d'agenda, la vie des retraités manque de rythme et que la disponibilité à plein temps dévalorise leurs vacances ? Allez savoir ! Plusieurs sociologues du travail et du loisir (Gaullier, Thierry, Viard...) ont proposé de mieux équilibrer le rapport repos/tâches afin que chacun des deux profite du sens que l'autre lui donne. Viard avait même suggéré que l'homme puisse mieux répartir les 70 000 heures travaillées de son existence, afin d'éviter la précipitation du début et la trop grande vacuité de la fin de carrière. Son collègue Xavier Gaullier proposait une alternance travail/repos jouant de plus en plus au profit du repos au terme du parcours. Alors, pourquoi ne pas suggérer aux retraités des périodes de travail rémunéré ou bénévole ? Elles atténueront les crises d'identité que, parfois, le passage du travail à la retraite suscite. Un retour dans la classe, au bureau ou à l'atelier, aidera à mieux apprécier les périodes de farniente. Mais, il faudra d'abord rendre la plénitude de son sens au travail, sa valeur, et désacraliser les congés à la française alors que, selon Edgar Morin, un autre sociologue, "de la vacance des grandes valeurs naît la valeur des grandes vacances" !

Jean-Yves Ruaux

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