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Nicolas Bouzou, économiste
L'augmentation du pouvoir d'achat débloquerait le potentiel de développement des SAP
Mis en ligne le 07/01/2008
Nicolas Bouzou, économiste, nous éclaire sur les conditions de développement des services à la personne grâce à une exploration dans les pays européens. Qu'est-ce qui rend possible l'existence de ces services ? Qu'est-ce qui les freine ? La France connaît-elle un potentiel de développement ? Comment le favoriser ?
Six conditions de développement des services à la personne "Il n'y a pas de modèle des services à la personne. Chaque pays suit sa voie, selon son économie, sa démographie, son histoire sociale. Il est cependant possible de comparer les pays et de distinguer six grands déterminants qui assurent le développement des services à la personne", explique Nicolas Bouzou, économiste. - Le niveau de richesses : on s'offre des services quand on a atteint un niveau de richesses suffisant.
- L'inégalité des revenus : pour que des services à la personne apparaissent dans le secteur privé, il faut qu'il y ait des inégalités de revenus pour que l'employeur puisse engager l'employé. La France n'est pas le pays le mieux placé mais l'écart existe.
- L'emploi des femmes : cela signifie moins de temps et plus d'argent pour le foyer. La France est en retard (avec seulement 58% des femmes qui travaillent) mais est sur la bonne voie...
- Les écarts de rémunération entre hommes et femmes : l'amélioration est lente mais réelle. Plus les femmes ont de l'argent, plus elles peuvent divorcer, et moins elles ont la possibilité de s'occuper de leur foyer, donc plus elles ont recours aux services.
- Le taux de dépendance : il est proche de 50% en France.
- Le taux de fertilité : la France est au top avec le taux le plus élevé d'Europe. Il y a donc un besoin important de garde d'enfants.
Le potentiel du marché français est porté par la démographie, avec un fort taux de fertilité et de dépendance. 4 modèles européens Il est possible de dégager quatre systèmes de fonctionnement dans les autres pays européens qui montrent notamment que la forte progression des services à la personne est surtout due à l'intervention de l'Etat. - Modèle des pays scandinaves : le poids de l'Etat providence laisse peu d'espace pour le secteur marchand, d'où le sous-développement du privé. Les services à la personne concernent davantage la garde d'enfants et la petite enfance que la dépendance et il n'y a pas de soutien accordé aux services du quotidien.
- Modèle anglo-saxon : la faible intervention publique assure le développement du privé. Au Royaume-Uni, ce sont les mesures fiscales qui permettent aux entreprises privées de développer l'offre (par exemple, crèche d'entreprise).
- Modèle méditerranéen : en Espagne, la faible protection sociale fait qu'il y a très peu de crèches et de maisons de retraite mais davantage d'emplois à domicile. Le poids des solidarités familiales est important. 25% des mères qui travaillent ont recours aux services à la personne pour le ménage, les courses...
- Modèle continental : c'est un modèle hybride où c'est l'Etat qui solvabilise la demande. Aux Pays-Bas, les nombreux temps partiels freinent le développement des services à la personne puisque les femmes ont alors le temps d'accomplir leurs tâches. L'aide de l'Etat consiste en subventions directes aux familles pour la garde d'enfants.
"La France connaît un fort potentiel de développement, notamment grâce au PIB et à l'emploi. Mais il manque encore deux facteurs : un contexte économique plus dynamique (plus de pouvoir d'achat) et une offre plus visible. Mais tout comme on n'est pas passé de 1 à 95% en un jour en ce qui concerne l'équipement électroménager, on ne passera pas à 95% tout de suite en terme de services."
Nolwenn Neveu
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