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L'humanitude, une compétence qui valorise le travail du soignant et son contact avec le malade

Mis en ligne le 14/04/2008

Les pathologies professionnelles liées à la manipulation des corps diminuent dans les services gériatriques qui se sont appropriés la compétence de "l'humanitude". Celle-ci valorise le contact avec le malade tout autant que le soin. Elle favorise l'épanouissement du salarié qui voit les résultats de son travail.

Annie de Vivie, fondatrice d'AgeVillage, d'IGM, est la coordinatrice des formations à la philosophie de l'Humanitude, en France. Agevillagepro a été créé il y a huit ans. Le site donne la parole à ceux qui vivent avec le grand âge et la maladie. Il donne une visibilité à des initiatives positives. Toutefois, en 2003, Annie de Vivie était prête a arrêter, avant la canicule, en voyant les difficultés qu'il y avait à formuler les diagnostics et à constater des résultats positifs auprès des patients. Beaucoup de flottements existaient dans les services à ce sujet. La rencontre de deux soignants, dont Yves Gineste, a été déterminante. Ils avaient été envoyés dans les services hospitaliers pour tenter de limiter les maux de dos chez les soignants. En dépit des soins, des conseils, les pathologies continuaient à s'étendre dans le personnel.
Il y avait donc d'autres enjeux que la manipulation des malades. Il y avait une distorsion dans le rapport soignant/soigné. Il y avait en particulier une réalité difficile à vivre tous les jours avec des malades plus "lourds", des pathologies séniles, sans espoir...

Pour vivre en contact avec le malade jusqu'au terme
Une réflexion a donc porté sur une méthodologie de soins permettant de faire diminuer les comportements erratiques et l'agitation chez les malades Alzheimer. La base, c'est l'humanitude. Quelles sont les caractéristiques qui font que l'on se reconnaît humain ? Qu'est ce qui fait qu'on reconnaît comme humain un malade en fin de vie ?
On s'est alors aperçu que les contacts verbaux entre le soignant et le malade se limitaient à moins de deux minutes par jour. Aucun jugement de valeur n'a été porté sur la capacité des personnes à gérer des situations difficiles.
Mais l'humanitude, qui est un terme emprunté à Albert Jacquard, peut faire partie des outils des soignants et permettre de vivre en contact jusqu'à la fin. Le regard, la parole, le toucher, la posture jouent.
En juin prochain, on publiera une étude portant sur cent cas afin que la méthode soit validée par la communauté scientifique. Les techniques, favorisant l'entrée en contact avec le patient au lieu d'un traitement ou d'une manipulation mécaniques, ont permis de faire lever des personnes grabataires, de réentendre certaines d'entre elles parler. Elles ont montré une diminution de la tension et de la violence ou de l'agitation.
Les soignants ont enregistré une satisfaction liée aux progrès constatés. Ils sont fiers d'avoir acquis de nouvelles compétences. Leurs patients ne vivront pas forcément beaucoup plus longtemps qu'un autre, moins bien traité. Mais beaucoup de situations difficiles ont été abolies. Les soignants connaissent mieux les personnes. Leur travail rend visible l'investissement des familles qui leur ont confié leurs proches. Les praticiens sont reconnus dans leur travail et leurs compétences par les familles. Ces techniques ont donc une répercussion dans la relation avec les familles car les soignants leur font passer les compétences acquises.
L'évolution d'un service dépend de la volonté qui y est investie. Parfois, avec un changement de direction, on observe une rechute. Mais lorsque la réflexion est enclenchée, on s'engage généralement dans un "cercle vertueux". Le personnel ne dispose pas de plus de temps. Mais la nouvelle organisation du travail favorise épanouissement et plaisir professionnels.

Jean-Yves Ruaux

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