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Qualité du service, espaces privés, intimité...
L'importance de la notion de territoire soulignée François de Singly

Mis en ligne le 07/01/2008

A la différence d'un produit manufacturé, le service à la personne est délivré dans un contexte qui change avec chaque client. La connaissance de la notion symbolique de territoire est nécessaire pour administrer un service de qualité. La recherche d'intimité au domicile va croissante. Le prestataire doit donc bien différencier espaces privés et espace public y compris dans une maison de retraite. C'est ce que souligne le professeur François de Singly, sociologue de la famille.

Ce n'est pas parce qu'elle est âgée que la personne est moins sensible au respect de son intimité ou à sa perte. Les toilettes personnelles, toutes portes ouvertes à l'hôpital ou à la maison de retraite médicalisée, peuvent être facteur de capitulation de l'aîné, ainsi dépersonnalisé, d'abandon de soi.
Le professeur François de Singly a tracé un panorama des relations et des lieux de l'intimité qui plaide en faveur d'un renforcement de la formation à la relation humaine pour les personnels intervenant au domicile ou en établissement.

La clochette pour évacuer le domestique de l'intimité bourgeoise
La famille bourgeoise s'est construite dans sa représentation au XIXe siècle. Celui-ci a vu le rapprochement progressif des enfants avec les parents et l'éviction des domestiques lorsqu'ils ne servent pas. Cette recherche d'intimité a institué l'éloignement des chambres du personnel et l'institution de la clochette, marquant les instants où leur présence était requise auprès de leur maîtres.
Cette naissance de l'intimité marque pour François de Singly l'évolution vers la recherche d'une personnalisation accrue des espaces.
Il note que les espaces ouverts préconisés par les architectes et décorateurs des années 1970 ont été, soit boudés, soit reconfigurés de manière à y introduire une privauté.
Le domicile est le lieu d'une intimité collective, mais aussi individuelle, avec ses outils et codes. Le loquet de la salle de bains institue la privauté du corps. Le désordre de la chambre d'adolescent a pour objectif de la rendre illisible à ses parents afin qu'ils la reconnaissent comme un territoire qui n'est pas le leur.
Quelles conséquences ces observations peuvent-elles avoir sur les services à la personne ?
Le ménage d'une chambre d'hôtel n'est pas fait en présence de l'occupant, mais en temps différé. Le téléphone portable d'un individu, même marié, est le sien, pas celui de son épouse ou d'un enfant.

Le corps de la personne âgée mérite considération
Il n'appréciera pas forcément qu'on se substitue à lui pour répondre. "Le nez de celui que l'on mouche n'appartient pas à celui qui est mouché." S'emparer du corps de la personne âgée sans considération pour la changer ou la laver à la maison de retraite peut entraîner un désintérêt de soi, une régression, puisque son intimité n'est plus respectée.
L'intimité du corps comme du lieu (vêtement, chambre, tiroir...) est un élément de construction de l'identité personnelle. L'ôter, c'est supprimer cette identité. Cela peut même être source de dégâts psychologiques dans les soins auprès des personnes âgées.
Le service à la personne relève donc d'une réalité complexe : "Il ne peut être ni découpé, ni comptabilisé sur le modèle taylorien. Il implique la nécessaire création d'un lien". L'exercice d'une profession de service à la personne comporte des dominantes techniques et relationnelles. Mais elles sont complémentaires. Et, en même temps, "l'efficacité d'une technique n'est pas indépendante de la personne qui l'applique. Il faut penser en spécialiste et agir en être humain. En revanche, il ne faut pas transformer tout service à la personne en élément relationnel".

Jean-Yves Ruaux

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