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Etats-Unis
L'industrie pharmaceutique plus souvent pilotée par le marketing que par la recherche fondamentale
Mis en ligne le 14/04/2008
Le Viagra fait partie des grands succès de l'industrie pharmaceutique. Le marketing la piloterait désormais plus souvent que la recherche fondamentale. Celui-ci a souvent pour levier d'action la focalisation sur un médicament soignant une affection mineure mais vendu comme pouvant éviter un dommage plus grave.
"Nous n'oublions jamais que la médecine est au service des gens, non des profits. Les profits suivent..." Le mot de George Merck s'applique de moins en moins à l'industrie pharmaceutique. Celle-ci emploie des chercheurs mais elle est de plus en plus subordonnée aux exigences du marketing. Les compagnies pharmaceutiques ont plus dépensé en lobbying que toute autre industrie entre 1998 et 2004. Plus que la découverte de nouveaux traitements, c'est le sort des principaux médicaments vendus, les "blockbusters" qui oriente la stratégie. On appelle "blockbuster" le médicament dont les ventes dépassent le milliard de dollars US annuel. Parmi ces spécialités figurent Nexium, Celebrex, Claritin et avant tout le Viagra, qui est devenu un nom commun. L'une des stratégies les plus fréquentes consiste à se concentrer sur un médicament soignant une affection secondaire et à valoriser ses potentialités pour communiquer sur le fait qu'il protège d'une affection plus grave. C'est que l'on appelle une "condition branded". Le marketing pratique aussi le ciblage ou l'extension rhétorique de l'effet d'un médicament. Ainsi un antidépresseur est-il vendu comme le traitement "anti-shopping compulsif". Mais les spécialités connues doivent souvent affronter une dizaine de concurrents. C'est le cas pour les médicaments anti-cholestérol, antidépresseurs. Deux médicaments, derrière le Viagra, se partagent le marché du dysfonctionnement érectile. On remarquera que, parallèlement à ce marché surinvesti, la malaria, qui passionne moins les labos, continue à faire des victimes et que peu de nouveaux antibiotiques font l'objet de recherches. Reste que la faiblesse de la recherche fondamentale ne présage pas beaucoup de la sortie de nouveaux "blockbusters" sur le marché. Le Viagra, présent depuis dix ans sur le marché américain et neuf au Canada, a partout battu des records de vente. Il s'est insinué dans la vie courante pour aider des hommes à avoir une relation avec une moindre pression et banalisé une dysfonction jusque-là tabou. Il semble aussi avoir un effet positif sur le décalage horaire et les performances cardiovasculaires en haute altitude. Le Viagra a été rebaptisé "vitamine V" par la population. Le Viagra devenu un phénomène de société a aussi pris place sur les rayons de librairie. Le Viagra a été mis au point par la branche britannique des laboratoires Pfizer. Les publicités montrent des hommes dansant et chantant sur le chemin du travail. Le Viagra leur a rendu leur assurance. Le sénateur US Bob Dole a même fait office, un temps, de vecteur publicitaire non rétribué. Le slogan "Parlez en à votre médecin", le fait que le Viagra ait des challengers avec Cialis et Levitra, n'ont fait qu'en renforcer la notoriété. 35 millions d'Américains et 1,6 million de Canadiens en ont pris. (The Washington Post, 06/04/2008 : "Big Pharma's Golden Eggs; Marketing, not research, is now the core of the drug industry") (The Calgary Herald, 03/04/2008 : "Viagra's staying power ; After 10 years, the little blue pill has made it OK to talk about impotence. Great")
Jean-Yves Ruaux
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