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La lecture se développe avec l'âge

Mis en ligne le 03/11/2009

Que Jean d'Ormesson soit l'auteur favori des aînés, n'est pas un véritable scoop. En revanche, que la lecture se développe avec l'âge montre un joli et rassurant renversement de tendance.

Sommaire Sommaire de l'article
Plus Les boomers, les plus forts lecteurs de la presse et des livres
Plus On lit plus avec l'âge
Plus Jean d'Ormesson, le favori des aînés
Plus Le jazz culmine chez les 55-64 ans
Plus L'écriture passe du papier à l'écran
Plus Une typologie générationnelle contrastée

Les boomers, les plus forts lecteurs de la presse et des livres
La gratuité est venue épouser un mouvement déjà ancien, celui du reflux de la lecture, de presse, en particulier.
"Depuis plusieurs décennies, chaque nouvelle génération arrive à l'âge adulte avec un niveau d'engagement dans la lecture inférieur à la précédente, si bien que l'érosion des lecteurs de quotidiens et des forts lecteurs de livres s'accompagne d'un vieillissement du lectorat " (p142). Les 15-24 ans, forts lecteurs de plus de 20 livres par an en 1997 étaient alors 20 %. Ils ne sont plus que 15%. En revanche, le pourcentage de gros lecteurs est passé de 18 à 20 % chez les 55-64 ans.
La lecture du quotidien payant est restée une constante chez les 55-64 ans. En revanche, elle est passée de 51 %, tous les jours, à 41 %. Elle demeure stable chez les 65+ passant de 53 à 50 %. Mais elle est tombée de 20 à 10 % chez les 15-24 ans
"Les Français, qui lisaient un quotidien, ont continué dans la plupart des cas à le faire mais, comme ils sont de moins en moins nombreux dans chaque génération qui arrive à l'âge adulte, le lectorat se rétracte au fil du temps tout en vieillissant. "
(p144)

On lit plus avec l'âge
A quoi tient cette évolution, quelles sont ses caractéristiques ?
"Les principales différences en matière de lecture de presse tiennent à l'âge : la proportion de lecteurs quotidiens en matière de presse payante croît régulièrement avec l'âge tant chez les hommes que chez les femmes, alors que la presse gratuite et la presse en ligne sont plus lues par les moins de 35 ans." (p149).
Ajoutons qu'à la maturité, les hommes sont lecteurs de quotidiens et les femmes de magazines. Les magazines d'actualité sont lus par les cadres en activité et le tiers des cadres à la retraite. 7% des femmes lisent régulièrement des magazine people comme Voici ou Closer, ce qui n'est le fait que de 1% des hommes.
Quoiqu'il arrive, chaque génération se cultive plus que celle qui la précède. La proportion de retraités vivant dans un monde dépourvu de livres est tombée de 15% à 7%. En revanche, la taille des bibliothèques personnelles est passée de 164 à 138 livres en moyenne à cause des DVDthèques et ordinateurs. Le pourcentage de Français ayant acheté un livre au cours des douze derniers mois est tombé de 63% à 57%. En bibliothèque, la baisse des inscriptions des 15-19 ans est compensée par la progression des 55 ans et plus et le vieillissement de la fréquentation.
"Les jeunes d'aujourd'hui lisent moins que leurs aînés au même âge tandis que les baby boomers manifestent un intérêt pour les livres supérieur à celui de générations nées avant guerre" (p153)

Jean d'Ormesson, le favori des aînés
Les femmes lisent en moyenne 17 livres par an par opposition aux hommes qui n'en lisent que 14. Elles sont en particulier adeptes de la fiction.
"Les lectrices sont presque trois fois plus nombreuses que leurs homologues masculins à en faire leur genre préféré quel que soit leur âge ou leur milieu social" (p157)
La lecture des livres d'histoire augmente régulièrement avec l'âge et culmine au dessus de 65 ans. Cette lecture touche 8 % des 35-44 ans et 24 % des 65+
La bande dessinée est citée par les jeunes comme leur préféré pour la moitié des lycéens garçons. Et, avec la manga, son taux de pénétration progresse.
"Un quart des lecteurs de 45-54 ans en lisent, même si seulement 4% d'entre eux en font leur genre de lecture préférée" (p158). De forts clivages d'âges marquent la lecture : Amélie Nothomb triomphe chez les femmes de moins de 30 ans, tandis que 25% des plus de 65 ont lu au moins un des ouvrages de Jean d'Ormesson.
Stephen King a été lu par le tiers des 25-45 ans alors que c'est seulement le cas d'un quart des 15-19 ans. Un tome, au moins d' Harry Potter, a été lu par 22% des femmes et 14% des 35-44 ans. Zep et Goscinny sont des portes d'entrée dans la lecture car certains lecteurs n'ont pas eu d'autres contacts avec la lecture qu'à travers leur œuvre.

Le jazz culmine chez les 55-64 ans
La fréquentation des équipements culturels est marquée par l'élargissement de celle des cinémas aux seniors. Ceux-ci sont en passe de devenir un fort vecteur du fonctionnement des équipements culturels. En effet, "si les 55 ans et plus représentent désormais 23% des personnes ayant une fréquentation régulière ou habituelle contre 15% onze ans plus tôt, c'est en raison de leur poids croissant dans la société française mais aussi d'une atténuation des effets du vieillissement sur les sorties à l'âge de la retraite" (pp167-168).
La fréquentation varie selon les âges et les configurations géographiques. Le jeune urbain solitaire est un bon gibier de spectacle contrairement au vieux rural isolé qui peut toutefois être rattrapé par l'un des nombreux festivals dont la création est très décentralisée. On a observé au cours de l'enquête que la fréquentation des spectacles de rue était nettement à la hausse par rapport à 1997.
En revanche, la fréquentation des concerts de musique classique diminue de façon spectaculaire chez les 35-44 ans, passant de 38 à 24 %. Elle se tasse chez les 55-64 ans (33 contre 31 %) mais elle augmente chez les 65+. Chez eux, elle passe même de 28 à 34%. Le jazz culmine chez les 55/64 ans avec un passage de 15 à 25 % en douze ans et augmente d'un point chez les 65 +. Le rock culmine chez les 35- 44 ans, passant de 38 à 44 %% mais il progresse chez les 45-54 ans avec un passage de 23 à 35 % , de 19 à 20 % chez les 55-64 ans. Son attrait double passant de 3 à 6 % pour les plus de 65 ans. La fréquentation des théâtres s'est développée chez les 55+ dont la propension croissante à sortir le soir a été soulignée.

L'écriture passe du papier à l'écran
Les pratiques en amateur sont marquées par l'électronique et le numérique, moins pour la musique ou le dessin que pour la photo ou l'écriture. Exception faite des journaux intimes de femmes âgées, un basculement massif de l'écriture s'est fait en direction de l'écran. On est même passé de 13 à 26% si l'on inclut les blogs. Les plus de 65 ans ne se sont pas tous mis au numérique en matière de photo. Mais, globalement, la contamination technologique s'opère plus vite et de façon plus massive qu'attendue car les vieux d'aujourd'hui sont des anciens jeunes gardant leurs comportements de jeunesse à la différence de leurs aînés.

Une typologie générationnelle contrastée
"La génération, née avant la seconde guerre mondiale, a grandi dans un monde ou rien ne venait contester la suprématie de l'imprimé, a découvert la télévision à un âge déjà avancé et est resté assez largement à l'écart du boom musical et a fortiori de la culture numérique. La génération des baby boomers a été la première à profiter pleinement de l'ouverture scolaire et du développement des industries culturelles et conserve aujourd'hui encore certaines traces de l'émergence au cours des années 1960 d'une culture juvénile centrée sur la musique" (p208)
Le déterminant générationnel doit être croisé avec les données du milieu socio-culturel pour mieux cerner les typologies.
Les boomers de 45 -64 ans sont soumis à télévision, qui est leur média hégémonique, lorsqu'ils appartiennent à des milieux défavorisés tant en termes de fortune que d'éducation.
L'imprimé est central pour les femmes boomeuses en milieu socio-culturel moyen. Les hommes s'y sont approprié la culture de l'écran.
Enfin le segment le plus favorisé pratique le cumul des modes d'accès à la culture.
Le décrochage marque davantage les générations des 65+. Pour elles, la télévision est le média majeur des catégories défavorisées alors que l'imprimé demeure l'élément central pour les autres segments.
Ceci dit, mieux vaudrait accélérer le rythme des enquêtes sur les pratiques socio-culturelles, car les boomers auront encore fait complètement bouger le spectre de la retraite et du retraité dans moins de cinq ans.
www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr

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