Seniorscopie.com, la lettre d'informations professionnelles de Notre Temps
Inscrivez-vous à la
Newsletter Seniorscopie:

Société
Back Retour | Send  Envoyer à un ami | Print Imprimer cet article

France
Emploi senior, générations, régimes spéciaux, retraites, temps…
La réflexion des sociologues en huit mots-clés

Mis en ligne le 18/09/2007

(Photo : Goodshoot.com)

Certains sociologues considèrent les jeunes générations comme sacrifiées au bonheur des aînés et marquées à vie par leur expérience. D'autres jugent qu'ils bénéficient d'une forte solidarité intra-familiale qui compense. Mais tous jugent que la société ne fait pas au travail la place voulue aux aînés. Le 11 septembre, à l'issue des Journées d'études internationales "L'âge et le pouvoir en question" organisées par l'Association française de sociologie, à Paris, Marie Beaulieu (Sherbrooke, Québec), Bernard Ennuyer, Anne-Marie Guillemard (Paris V), Cornélia Hummel (Suisse), Jean-Philippe Viriot-Durandal (Université Franche-Comté) ont tracé à bâtons rompus quelques esquisses d'une planète senior aux teintes contrastées.

Cinquième risque. La CNSA doit prendre une décision sur le sujet. Mais il faut en finir avec la départementalisation qui constitue une injustice car les mêmes conditions de prestations ne sont pas proposées de la même manière dans chaque département pour les aînés en perte d'autonomie (Apa). Mais elles dépendent de leur politique.

Emploi senior. On n'est pas dans l'incitatif mais dans le coercitif. La campagne pour leur emploi dit qu'on doit s'intéresser aux seniors et les garder. Mais, pourquoi ? Pas un mot. On dit qu'ils sont un atout. Mais en quoi ? Rien, on s'arrête là. Aucun travail n'a été fait sur les a priori et les stéréotypes. Ils ont souvent un déficit de formation, ils ne sont pas assez mobiles. Mais si on n'apprend pas aux entreprises à les gérer, à ne pas les laisser quinze ans au même poste, on n'arrivera à rien. Or, si l'individu bouge, il garde une bonne employabilité à cinquante ans. Il faut apprendre aux entreprises à aménager des milieux et des fins de carrières stimulants, afin que le personnel ait envie de se réinvestir, afin que tous aient envie de se former en ayant une vision claire de l'objectif de leur formation. Il faut mener les salariés là où seront les métiers de demain, instaurer une mobilité horizontale (changements de missions) au lieu d'une mobilité verticale (progression hiérarchique). Mais ceci appelle une réforme totale de l'organisation du travail dans l'entreprise. Voici un axe que le plan emploi seniors a ignoré totalement et qui appelle une nouvelle gestion des ressources humaines inscrite dans la durée. Il y a un manque de réflexion sur les transferts d'habileté qui éviteraient que les infirmières n'abandonnent la profession souvent rapidement alors qu'il est possible de les faire évoluer hors de leur secteur. En France, comme en Suisse, ou au Québec, les infirmières manquent dans le secteur gériatrique. Ce manque est facteur de détérioration des conditions de soins, de baisse d'intérêt du travail et de turn-over incessant, en dépit de l'appel à des candidatures étrangères appâtées par les hauts salaires suisses.

 

Générations sacrifiées. Louis Chauvel, professeur à Sciences Po considère les jeunes comme des générations sacrifiées et scarifiées – admirez le jeu de mots significatif – au profit de leurs aînés. Ils ressentiront toute leur vie la marque du mauvais sort qui leur a été fait lors de leur entrée sur le marché du travail. La protection sociale a été organisée au bénéfice de leurs aînés, plus opulents. Mais le sont-ils vraiment ? Beaucoup ont commencé à travailler tôt, beaucoup de femmes âgées sont veuves et vivent sur des pensions de réversion. Les Trente Glorieuses, c'était aussi beaucoup d'heures de travail. Pas 35h par semaine.

Maltraitance. Elle constitue pour les sociologues de l'université de Sherbrooke un enjeu éthique aux dimensions complexes (Marie Beaulieu). Car il y a tension entre le respect de l'autonomie des personnes âgées et la volonté de protection dont elles sont l'enjeu. Les vocables employés traduisent eux-mêmes ces différences. La notion de "maintien à domicile" contient une notion coercitive à la différence du "soutien" à domicile.

Régimes spéciaux. Une particularité exotique pour les sociologues suisses et canadiens puisque dans ces pays, en dépit d'une retraite publique (Canada), le niveau de la pension dépend avant tout de la décision individuelle d'épargne. "On ne peut faire perdurer des avantages qui ne correspondent plus à rien", dit un chercheur français. "Pour bâtir un vrai contrat social, il faut reparler de la pénibilité. On s'entête à vouloir maintenir un modèle ancien, avec un départ après quarante ans d'activité sans avoir posé la question de la pénibilité". Mieux vaut songer à des aménagements de postes, à un enrichissement global des postes plutôt qu'à des départs précoces. Un plan de carrière n'est pas mono-fonctionnel. Un routier américain fait autre chose après avoir taillé la route. Pourquoi pas le cheminot français ? Mieux vaut aussi penser aux aménagements de l'emploi du temps qui sont de plus en plus demandés en fin de carrière.

Retraite. Demeurer sur un âge standard de départ à la retraite n'a plus de sens alors que les fonctions ont évolué. Pourquoi ne pas songer à une retraite à la carte ? En Finlande, il n'y a plus d'âge standard. Mais, il faut une vraie surcote de l'activité, si l'on veut inciter les gens à finir plus tard.

Temps. Les retraités aspirent à une nouvelle maîtrise de leur temps. Ils n'en ont pas été maîtres au long de leur carrière. Ils ne veulent pas récuser la retraite "tout loisir" après le "tout travail" mais ils revendiquent la possibilité d'une vie sociale et un équilibre entre travail marchand et engagement. Le sociologue Jean Viard avait émis l'idée de répartir de façon plus équilibrée les 70 000 heures de travail d'une existence, plutôt que de concentrer tout le temps libre en fin de vie. Cette suggestion – un crédit-temps – difficile à mettre en application met, cependant, en lumière le désir de partage des temps entre la formation, des congés parentaux, des temps d'inactivité indemnisée… que l'organisation actuelle ne facilite pas. "Le blocage de la quasi-totalité du temps libre en fin de vie correspond de moins en moins aux vœux des gens. (…) Mieux vaudrait redistribuer ces temps plus tôt dans le cycle de vie. Il est absurde de rester aujourd'hui sur une division de la vie en trois temps qui a été élaborée en 1945, alors que la longévité était de quinze ou vingt ans moindre. (…)"

Transferts sociaux. Le système de protection sociale français à la différence de celui des pays scandinaves est orienté vers le financement des retraites plus que vers la jeunesse. Les dépenses concernant l'enfance, en dépit des prestations sociales, sont davantage individualisées au sein de la famille. Toutefois, les échanges intra-familiaux corrigent les asymétries sociales, sans oublier la redistribution des patrimoines.

Jean-Yves Ruaux

Back Retour

Haut de page  Retour en haut de page


Newsletter Envoyer cet article
Votre nom* :
Votre adresse e-mail* :
Adresse e-mail du destinataire* :
Votre message :
* = champs obligatoires