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Paris 1968
La source de la confusion des générations pour un philosophe anglais

Mis en ligne le 28/04/2008

Mai 1968 ? Un désastre intellectuel, le triomphe des maîtres-sorciers Althusser, Deleuze, Foucault, Lacan... qui ont sciemment encouragé la destruction des fondements de l'autorité et la confusion des générations ! Or, pas de société organisée sans autorité, ni rites de passages qui assurent à chaque génération, à chacun, sa place, selon le philosophe Roger Scruton. Adepte de Louis Pauwels, il se serait fait houspiller en 1968 s'il avait alors osé affirmer que le petit livre rouge de Mao était un ramassis de platitudes, et ses commentateurs, d'arrogants imbéciles.

Le philosophe britannique Roger Scruton aurait pu se faire pendre si en 1968, il avait osé prendre le parti de Pauwels contre Lacan, Foucault et la pensée dominante d'alors. Jeune thésard à Cambridge, Scruton se considère comme un apprenti qui avait beaucoup à apprendre du magistère de ses aînés. En mai 68, il habite à Paris dans l'appartement que lui a prêté un ami qui expérimente le théâtre de rue avec Armand Gatti. Il constate que le groupe d'étudiants, au sein duquel il vit, répudie tout rite de passage imposé par l'autorité pour accéder à un autre statut, un autre âge social. Les étudiants du Quartier latin se libèrent des rites du catholicisme et tournent le dos au mariage. Pris de rage contre l'autorité, ils se tournent vers le philosophe Michel Foucault, qu'il voit comme "le prêtre démoniaque de la transgression", un rôle tenu depuis la publication de son Histoire de la folie à l'âge classique.
La "philosophie" mise en action par les étudiants consiste à brûler des voitures et arroser les flics de pierres. "Ce fut alors qu'il me devint évident que les rites de passage étaient les garde-fous de la structure sociale", écrit Scruton. "Vivre sans instance de jugement empêche d'assumer la responsabilité de son action." En mai 68, les contestataires avaient moins l'idée de ce qu'ils voulaient construire que de ce qu'ils souhaitaient détruire. La différence entre les générations a été très bien saisie, pour Scruton, dans le roman Les Orphelins, publié par Louis Pauwels en 1994. Les soixante-huitards se référaient aisément au petit livre rouge de Mao, un tissu de platitudes qu'ils commentaient avec autant de componction que les Ecritures saintes ! Cette littérature était dominée par le Pour Marx d'Althusser, qui semblait écrit par un non francophone. Pour Scruton, le psychanalyste Jacques Lacan était rempli d'intentions malignes. Ses séminaires incitaient à délier les liens de sujétion au travail, les obligations et le respect mutuel pour instituer un culte du moi triomphant. Scruton s'en prend aussi au délire "sub poétique" de Deleuze et Guattari "dont les mots sont plus des cris que des arguments". Ajoutons Derrida, Kristeva et voici Mai 1968 campé en apocalypse de la culture digne de l'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie.
Le philosophe note que les jeunes étudiants français d'aujourd'hui n'ont plus beaucoup de temps pour nourrir des vieilles polémiques mais que leurs profs vieillissants n'auraient pas grand chose d'autre à leur offrir !

(Prospect, 04/2008 : "Rites and Wrong")

Jean-Yves Ruaux

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