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Intergénération
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La Villa Saint-Camille, une expérience d'habitat intergénérationnel

Mis en ligne le 25/03/2008

René Muller, fondateur de la maison de retraite-relais social-hôtellerie touristique Saint-Camille (Théoule, Alpes-Maritimes), a mis au point un modèle qui favorise le "bien vivre ensemble" par le brassage des générations et des populations. C'est une dimension qui manque aujourd'hui à la ville. Jean-Marie Petitclerc (ministère du Logement et de la Ville) montre, de son côté, en quoi la structure de la population urbaine est souvent une menace à l'heure du vieillissement. En effet, villes et banlieues juxtaposent les différences en ghettos au lieu de les superposer et de les mêler comme au temps des immeubles d'Haussmann. La politique de la ville est donc entièrement à reprendre sous l'angle intergénérationnel afin d'éviter des embrasements, parfois dus à l'absence de la troisième génération, dans les quartiers où il faudrait favoriser la mixité sociale plutôt que le développement en vase clos.

Récemment, l'Institut Silverlife réunissait René Muller, directeur général de l'Association Villa Saint-Camille (Théoule-sur-Mer), président de l'Association Villages à Vivre, développant des lieux de vie innovants pour "mieux vivre" sa vieillesse ainsi que pour les personnes en réinsertion, Jean-Marie Petitclerc, prêtre, chargé de mission au cabinet de Christine Boutin, ministre du Logement, et de la ville, responsable de la coordination des acteurs locaux et Jean-Yves Ruaux, rédacteur en chef de Seniorscopie.com, pour évoquer les lieux de vie intergénérationnels.

Intergénérationnel, mixité sociale, ouverture sur l'économique et la vie de la cité
L'objectif était d'évaluer l'intérêt de faire cohabiter les générations dans les meilleures conditions, dans un esprit de partage, de solidarité, d'insertion et de responsabilisation à partir de l'exemple de l'association Villa Saint-Camille, créée à Théoule-sur-Mer (aux environs de Cannes) en 1977 par René Muller. La Villa Saint-Camille est un lieu de vie intergénérationnel qui accueille des personnes âgées, du public en réinsertion et des vacanciers.
Les concepts-clés en sont : intergénérationnel, mixité sociale, ouverture sur l'économie et la vie de la cité.
Selon René Muller, son fondateur et directeur, la Villa Saint-Camille accueille une centaine de personnes de diverses conditions. Ceci montre qu'une cohabitation harmonieuse est possible entre diverses conditions et générations. "La longévité chamboule aujourd'hui l'ordre des choses puisqu'une "dame de 97 ans voyant son fils devenir Alzheimer m'a dit : je redeviens la maman de mon fils, alors que je pensais qu'il aurait à s'occuper de moi."
Mêler les générations dans les activités facilite leur prise en charge réciproque. Reconfigurer les quartiers à l'échelle d'une ville peut aider à y créer mixité sociale et générationnelle. Sainte-Apolline près de Dijon a été créée pour que vivent en harmonie les générations au cœur d'un village.

Nécessité d'une approche globale de l'enfant et de l'adolescent dans les quartiers
Jean-Marie Petitclerc, créateur et responsable d'une association de réinsertion, et conseiller de la ministre du Logement, insiste sur la nécessité d'une approche globale de l'enfant et de l'adolescent dans les quartiers défavorisés. "Pour un jeune inséré, la rue est un espace de circulation, pour un jeune non inséré, c'est un espace de stagnation. Sa prise en charge doit inclure la famille, l'école, la cité sans rupture entre les interlocuteurs."
Or, les trois lieux de vie des enfants urbains - famille, rue, école - renvoient à des cultures différentes.
Les enseignants discréditent parfois les parents, les parents discréditent parfois les enseignants. Reste la rue qui est un lieu de culture de jeunes, déserté par les adultes, alors même que la génération des grands-parents est quasi absente des cités. La solution, pour éviter la rupture entre générations et la désocialisation de l'enfant, vient de la synergie que peut faire jouer l'éducateur s'il relie l'ensemble des milieux, alors que souvent les équipes interviennent sans cohérence les unes avec les autres. "J'ai travaillé au plan Espoir de ville, mais il y a un problème majeur dans ces quartiers, c'est l'absence de la troisième génération. Ils sont marqués par une très forte présence de la jeunesse et l'absence de personnes âgées. Si un enfant est en conflit avec un adulte, c'est son univers qui s'écroule. S'il pouvait être accueilli par une personne d'un certain âge, il pourrait évoquer ses problèmes. Sinon, il sera happé par "l'entre pairs" qui règne sur la rue sans relativisation du conflit par le dialogue avec la génération d'âge supérieur."
La société moderne a accentué la ségrégation sociale puisque l'on a vidé en banlieue lointaine le dernier étage des immeubles hausmanniens où toutes les catégories sociales se croisaient dans l'escalier. "Avec la carte scolaire, vos enfants ne fréquentent plus que des enfants dont le statut économique est précaire comme le vôtre."

Restituer une mixité interethnique et intergénérationnelle
Il y a là un problème d'enfermement géographique et culturel. La solution pour le désenclavement n'est pas dans les quartiers mais à l'échelle de la ville avec la restauration de la mixité sociale et générationnelle. L'idée est donc de créer des pôles d'excellence, des enseignements rares dans les lycées de quartiers, afin d'y amener un brassage de population. Il faut permettre aux jeunes de découvrir une autre culture que leur "entre pairs" qui débouche sur un univers clos.
Il faut, dans la ville, une mixité intergénérationnelle et interethnique. Restituer une dimension intergénérationnelle à la vie des quartiers relève de la politique structurelle et de l'urbanisme.
La Villa Saint-Camille représente un microcosme quasi idéal de cohabitation sociale et intergénérationnelle. René Muller explique qu'il y fait voisiner des personnes qui relèvent du centre d'hébergement d'insertion sociale, d'une maison de vacances et d'une maison de retraite se transformant en Ehpad.
En partant d'une maison, on est presque parvenu à un village. "Vivre ensemble aujourd'hui en France, c'est possible. J'ai essayé de le démontrer avec conviction. Mais le moins simple est le problème administratif.
Le problème humain ne se pose pas. On échange tous ensemble le mardi à 15h30 sur l'actualité du moment qui peut être introduite par quelqu'un de plus de 90 ans. On a parlé tous ensemble du rapport Attali, mais aussi de la situation en Belgique. Saint-Camille permet de célébrer la richesse du bien vieillir. On y vient d'abord en vacances puis on décide d'y passer sa retraite. Mais nous disposons seulement de vingt places."
La cohabitation des classes sociales et des âges permet de retrouver une relation humaine. Les personnes âgées ont organisé un accueil pour les jeunes en difficulté. Les personnes les plus âgées ont été contaminées par l'usage de l'Internet à haut débit.
La vraie relation intergénérationnelle ne naît pas de conventions instituées, de la venue d'une chorale de jeunes en maison de retraite, mais de la réciprocité des actions entre jeunes et aînés. "La villa Saint-Camille est un lieu de vie doté d'une sensibilité vibrante qui le fait échapper à la sensation de fin de vie qui souvent habite les maisons de retraite où l'on sait que l'on est arrivé là pour la dernière étape et où l'on se laisse aller."
La question majeure est : comment dépasser le ghetto et éviter les mouroirs ? La force d'un projet intergénérationnel est dans l'échange permanent au sein de la maison. "C'est cette cohésion qui permet de gérer les deux cas d'Alzheimer de la maison, sans recours à des éléments de contention, mais juste par la régulation qu'apporte l'attention de tous et l'appoint du GPS."

Décloisonner, déghettoïser... et assurer la viabilité économique
La Villa Saint-Camille représente une dimension économique inédite avec son hôtellerie-maison de vacances qui établit un lien entre le social et le tourisme. "Ensuite est venu l'accueil de personnes en difficulté, puis la création de la maison de retraite. Deux projets sont en cours, l'un au Pays basque, en lien avec l'économie et la culture locale, l'autre à Paris afin d'offrir aux cadres qui viennent y travailler pour la semaine autre chose que l'hôtel le soir."
La Villa Saint-Camille accueille 105 personnes, dont vingt en Ehpad et de 30 à 60 en touristes. Son budget est fondé à moitié sur son activité économique et à moitié sur la subvention relative à ses activités gériatriques et sociales.
Que retenir de ces exemples ? L'administration a tendance à cloisonner les domaines d'intervention et les intervenants. La vraie maison de retraite est celle où l'on entre par consentement, non par obligation. La mixité générationnelle de Saint-Camille favorise la déghettoïsation de l'hébergement. Il est toutefois ennuyeux que cette maison reste un "exemple" au lieu d'être devenu un modèle cloné à de multiples exemplaires à travers le pays. Pourtant, elle constitue un véritable outil pour changer l'image de la vieillesse qui n'est pas une maladie mais un stade de la vie.
Mais c'est à l'échelon supérieur, celui de la ville, que doit être repensé l'urbanisme afin de ne pas risquer de mener les localités au bord de l'explosion du fait de la ghettoïsation sociale qui les guette ou les submerge.
La peur de l'autre a été accrue par le cloisonnement. Elle est plus forte qu'au temps de Louis XIV où une ancienne prostituée, Madame de Maintenon, avait pu devenir l'épouse du roi. Le "faire vivre ensemble" peut être la clé de l'harmonie sociale à l'échelon d'un établissement et de la ville.

http://www.villasaintcamille.org/

 

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