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Le chant du désir

Mis en ligne le 09/03/2010

Qu'un expert s'exprime de manière triviale a au moins pour avantage de permettre à l'ignorant de comprendre. "La reproduction se porte mieux que la production", explique Jean-Pierre Robin , chroniqueur économique au Figaro. Dans ce raccourci saisissant, il traduit le contraste entre la natalité qui ne connaît pas la crise et l'industrie qui déprime. Exception française.
Aux Etats-Unis, par contre, les récessions successives ont toutes entraîné une perte de moral nuisible à la procréation. Et les Américains, très pragmatiques, savent ce que l'enfant leur coûte, tout autant que ce qu'il rapporte.
L'éducation du berceau à l'âge adulte y représente une somme de 220 000 euros.
Un enfant de plus représente des charges pour une famille et un gain pour l'économie que son équipement, ses loisirs font tourner durablement.
De ce fait, pour Jean-Pierre Robin, l'Allemagne est un pays qui néglige son potentiel. "La France voit naître plus de 800 000 bébés l'an , quand la puissante Allemagne en produit moins de 700 000, en dépit de capacités de procréation nettement plus grandes mais inexploitées".
Bref, pour M Robin, les ventres en jachère sont comme un riche gisement négligé. Ainsi formulé, le propos manque d'élégance. En revanche, il témoigne d'une réalité inexorable. Dans moins de trente ans, la population allemande sera moins nombreuse que la nôtre. Son marché intérieur aura décliné d'autant et sa capacité productive encore plus. Son industrie manquera de bras autant que de cerveaux et de débouchés.
Le Japon a déjà enregistré la réalité de son propre déclin. Les Nippons sont actuellement deux fois plus nombreux que les Français. Mais la France sera à égalité avec eux à la fin du siècle.
Le match qui va se jouer entre les vieilles nations développées opposera, après 2050, celles qui, devenues de gigantesques mouroirs, n'auront plus les moyens de s'assumer et les autres, les économies moribondes et les autres.
Voici de quoi inciter les gens de marketing à s'associer aux messages et actions natalistes des autorités. En effet, un haut niveau de naissance est le garant de la pérennité de l'activité économique. Le Japon le sait qui vient d'entonner cette antienne.
Mais le chant n'est rien sans le désir.
Les Allemands le savent qui peinent à le restaurer.

Jean-Yves Ruaux

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