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Le maintien de Jacques Chirac nuit–il aux représentations de l'âge ?

Mis en ligne le 11/07/2005

L'expérience apparaît positive aussi longtemps que ses résultats compensent l'ancienneté de son titulaire. Elle est encore plus valorisée lorsqu'elle s'accompagne d'une perspicacité renforcée par les années de pratique (Service photo d

Le maintien de Jacques Chirac à la présidence de la République nuit–il aux représentations de l'âge ? Peut–être si l'on considère que l'expérience décrédibilisée a pour synonyme l'obsolescence‚ la ringardise. Mais le cas du président n'est qu'un symptôme. La désuétude qui frappe l'image de Jacques Chirac atteint aussi les institutions et‚ globalement‚ l'expression publique du modèle français‚ elle–même apparemment frappée de péremption. Cela dit‚ l'attachement vindicatif de Jacques Chirac à sa fonction renforce les préjugés nourris par les GRH à l'encontre des travailleurs seniors et de leurs crispations supposées.

Sommaire Sommaire de l'article
Plus Un président affaibli par les échecs du gouvernement Raffarin
Plus Faillite de la culture colberto–jacobine commune de la classe politique
Plus Déclaré prématurément "vieilli et usé" par Jospin
Plus Une vision datée des cuisines étrangères
Plus Bénéficiaire de la compassion française envers les perdants
Plus Une vision britannique intergénérationnelle
Plus Mariette Vineau (Sciences–Po) : La classe politique roule pour elle–même
Plus Professionnels de la chose publique contre société civile
Plus Le plus ancien dirigeant avec la Reine d'Angleterre
Plus De vains efforts pour garder une séduction juvénile
Plus Avec Giscard d'Estaing dans une logique d'accumulation
Plus Yvette Horner‚ l'exemple du détachement raisonné

Jacques Chirac est–il responsable de l'échec de Paris et de la France dans leur désir d'accueillir les Jeux olympiques de 2012 ? Pas directement‚ même si les responsables sportifs n'avaient pas tous souhaité sa présence – et son intervention – à Singapour.

Un président affaibli par les échecs du gouvernement Raffarin
Que redoutaient–ils ? Qu'un président affaibli par l'échec du gouvernement Raffarin à boucler les dossiers majeurs (retraites‚ éducation‚ santé… ) et par le vote sur le référendum relatif à la Constitution européenne ne pèse négativement sur le scrutin du Comité international olympique ?
C'est vraisemblable. Le "soutien" de l'écrivain–ministre André Malraux avait contribué à "plomber" la candidature aux présidentielles de 1974 de l'ex–premier ministre gaulliste Jacques Chaban–Delmas (60 ans)‚ face au "jeune" Valéry Giscard d'Estaing (48 ans) qu'aidait en coulisse‚ son cadet Jacques Chirac (42 ans).
Mais‚ l'échec de Singapour peut aussi résulter de paramètres extérieurs‚ et notamment de la corruption de certains membres du CIO‚ comme le souligne à nouveau le journaliste britannique Andrew Jennings (Le Journal du Dimanche‚ 10/07/2005).

Faillite de la culture colberto–jacobine commune de la classe politique
Echec et réussite dépendent le plus souvent d'un ensemble de facteurs et de leurs interactions. Mais la France avait–elle mis toutes les chances de son côté ? D'une interview à l'autre (L'EquipeLibérationOuest–France)‚ le président du comité français‚ Henri Sérandour répète le même leitmotiv : "Notre candidature semble avoir été vécue par certains comme un programme de politiques entourés de sportifs‚ alors que celle de Londres est apparue comme celle de sportifs entourés de politiques."
Ainsi‚ le vétéran de la natation française se dédouane–t–il. Mais‚ il pose la question majeure de l'aptitude des politiques français à gérer toute situation‚ en renvoyant les experts au second plan. L'échec de la classe politique à entraîner dans son sillage une majorité de Français à voter oui au référendum marque la faillite de sa culture commune (colbertisme‚ jacobinisme‚ Sciences–po‚ ENA‚ cooptation entre "grands partis de gouvernements"‚ porosité haute administration–instances dirigeantes politiques‚ gouvernementales‚ entrepreneuriales… ).

Déclaré prématurément "vieilli et usé" par Jospin
Cet échec suit le désaveu infligé par les électeurs aux institutions de la Cinquième République‚ en intercalant Le Pen (17%) entre Chirac (19%) et Jospin (16%) à l'issue du premier tour incertain de la présidentielle de 2002.
Chirac est‚ alors‚ repêché au deuxième tour. L'ex–premier ministre et maire de Paris‚ déclaré prématurément "vieilli et usé" par Jospin‚ devient l'élu du moindre mal‚ face au vieux dragon de l'extrême–droite.
Comme Churchill‚ l'homme–providence de l'Angleterre de 1940‚ Chirac est un conservateur opportuniste‚ mais il n'a ni la trempe‚ ni le talent communicationnel‚ ni l'imagination nécessaires pour s'ériger à l'instar de son modèle‚ De Gaulle‚ en sauveur de la nation. Pas de vrai projet‚ pas de vision prospective susceptible d'arracher le pays à sa torpeur.
L'ascendance bonapartiste du gaullisme‚ sa tradition‚ favorise l'émergence de l'homme providentiel‚ suprême recours. Mais Chirac n'en a pas l'étoffe. Dès 1976‚ le journaliste et politologue Pierre Viansson–Ponté ("Lettre ouverte aux hommes politiques"‚ Albin Michel) raillait le conservatisme que masquaient ses "complets de notaire province"‚ sa propension à bâtir sa légende sur des anecdotes complaisamment rapportées‚ plutôt que sur des réussites attestées‚ une image‚ déjà.

Une vision datée des cuisines étrangères
L'échec de Singapour peut résulter d'une sordide affaire de pots–de–vin. Mais le faible écart entre Grande–Bretagne (54 suffrages) et France (50)‚ après deux tours‚ où la France a toujours été devancée par Londres‚ attestent que la corruption alléguée n'a pas donné un avantage massif à la capitale du Royaume–Uni.
Les clichés datés proférés par Jacques Chirac à l'encontre des gastronomies britannique et finlandaise – une prévention culturelle négative typique de sa génération‚ élevée dans le culte de la suprématie culinaire française [1] – pourraient avoir suffi à attiser les susceptibilités et faire la différence.
L'omniprésent Sebastian Coe‚ ex–champion olympique devenu lord‚ et promoteur de la candidature de Londres‚ n'a manqué aucune occasion de stigmatiser la suffisance et le passéisme de Paris‚ s'incarnant dans la prestation du président vieillissant. Est–ce injuste ?

Bénéficiaire de la compassion française envers les perdants
Les "Guignols de l'info" avaient donné sa chance à Jacques Chirac‚ l'éternel second des scrutins‚ lors de sa troisième candidature aux présidentielles‚ en 1995. La compassion des Français va aux loosers qu'ils préfèrent aux vainqueurs‚ à l'humanité de Poulidor plutôt qu'au brillant d'Anquetil.
La confrontation des films britanniques et français de candidature aux JO (visibles sur le site internet d'Eurosport) accusent le trait générationnel et culturel séparant le président français du pétulant Premier ministre britannique‚ Tony Blair et leur différence d'approche de la communication.
Que le président français porte encore beau – 72 ans‚ visage martial‚ belle stature‚ bronzage permanent‚ rides travaillées – ne suffit plus à masquer sa difficulté à rendre un souffle de vitalité au pays. "La France va rebondir" titre Le Parisien (11/07/2005) de façon volontariste. Mais "seul un projet politique peut redonner le moral au pays"‚ précise le sociologue Gérard Mermet en pages intérieures‚ "un projet politique au sens noble du terme‚ incluant bien sûr des dimensions économiques et sociales. Mais attention : il ne saurait être le "plus petit commun dénominateur" de ce que les Français ont envie d'entendre‚ ni un bricolage à but consensuel comme celui auquel on assiste depuis des années. Cela fait trente ans‚ en France‚ qu'on refuse de voir le monde tel qu'il est‚ que l'on hésite à regarder hors de nos frontières‚ en préférant se replier sur nos singularités et nos "exceptions".
Chirac‚ "le Grand" comme l'appellent ses proches‚ paternaliste‚ pontifie et distribue‚ selon un mode très masculin‚ les claques dans le dos à ses interlocuteurs‚ traités en grognards. Blair préfère une approche plus pragmatique de pair à pair‚ apparemment dénuée de condescendance‚ malgré la qualité de son bilan (baisse du chômage‚ rénovation des services publics‚ troisième victoire électorale consécutive de son parti).
Luc Besson a réalisé une ode à la France éternelle‚ celle de ses grands monuments‚ de sa gastronomie et des ses gloires sexagénaires et septuagénaires (Jean–Paul Belmondo‚ Catherine Deneuve) même lorsqu'elles sont mal connues hors de l'Hexagone. Cliché senior pour cliché senior‚ pourquoi avoir choisi Johnny Halliday plutôt qu'Alain Delon‚ que les Asiatiques vénèrent toujours ? Que vante le film ? La France éternelle ou la France d'hier ? En tout cas un pays figé‚ monocolore‚ à l'opposé de la Grande–Bretagne revendiquant son multiculturalisme‚ une image de "melting pot" sur lequel les Etats–Unis avaient‚ par le passé‚ capitalisé la sympathie.
Le bavard film de Besson dure 50 minutes‚ contre huit pour le court métrage des publicitaires britanniques Goodrich et Rowland. Ouverture du court film britannique "Inspiration" : des plans de gamins asiatiques‚ latino‚ russes‚ rêvant devant les images de Londres 2012 qui les incitent à devenir eux–mêmes champions pour répondre à la très altruiste devise du film : "Ne te demande pas ce que l'olympisme peut pour toi‚ demande–toi ce que tu peux apporter à l'olympisme."

Une vision britannique intergénérationnelle
La génération actuelle des dirigeants anglais transmet symboliquement le flambeau et la confiance à ses cadets. A rapprocher du slogan français : "Paris a besoin des Jeux‚ Paris aime les Jeux". Une profession de foi sans métaphysique‚ ni générosité que le public international aura traduit sans difficulté par : "Donnez–nous les Jeux pour nous sortir de la crise !" Cocorico contre culture enrichie par le métissage !
Et c'est là où l'on retrouve le pouvoir d'image du président de la République française dont l'intervention ne pouvait qu'accentuer le passéisme et l'impression d'égoïsme national‚ voire l'idéologie du repli‚ que reflétait le film‚ face à l'offre londonienne qui convoquait la planète dans sa diversité.
On se gardera toutefois d'imputer à Jacques Chirac la totalité de la faillite de Singapour‚ de même qu'à l'ensemble des baby–boomers qui l'entouraient (Besson‚ Delanoë‚ Huchon‚ Lamour).
La superposition région/ville/Etat dans le protocole de candidature – manquait le département –reflète parfaitement le schéma vertical de l'action politique française‚ que les responsables en place n'ont pas fait évoluer. Avec 36 000 communes‚ le pays totalise plus de collectivités locales que l'Europe des Quinze tout entière. L'essor de la régionalisation‚ qui devait entraîner la disparition du département‚ a seulement abouti à un partage des compétences et à l'expansion des prébendes.

Mariette Vineau (Sciences–Po) : La classe politique roule pour elle–même
L'échec parfois attribué à Jacques Chirac peut donc apparaître comme la résultante du manque de lucidité et de modernité de la classe politique nationale. Elle se montre plus préoccupée par la conservation des postes (la droite) ou ses guerres intestines (la gauche)‚ en particulier le PS plus focalisé par son prochain congrès (Le Mans‚ novembre) que par le destin calamiteux du pays. Faut–il y lire une trace de l'égoïsme professionnel‚ de l'absence de vision prospective des baby–boomers qui constituent l'essentiel de la classe politique (moyenne d'âge de 54 ans chez les députés et maires de communes supérieures à 3500 habitants) ? Faudra–t–il interdire véritablement le cumul de mandats pour rajeunir la représentation politique‚ l'ouvrir aux femmes ? La moitié de nos députés quinquas ou sexagénaires – les autres aussi – sont des députés–maires. Un tiers d'entre eux sont des conseillers généraux. Ceux qui ne pouvaient cumuler l'un des ces mandats avec son élection parlementaire est devenu un maire–adjoint caché derrière un maire de paille. Ou alors‚ il est le président de la communauté urbaine ou du syndicat intercommunal‚ continuant à tirer les ficelles‚ à l'ombre d'une législation arrangeante.
"La classe politique est clôturée. Elle roule pour elle même. C'est un système oligarchique. Au moment de la désignation des candidats‚ les partis politiques accordent leur investiture à ceux qui sont les mieux placés‚ les plus enracinés. En clair aux notables"‚ constate cruellement‚ Mariette Sineau‚ directrice de recherches à Sciences–po (Le Parisien‚ 11/07/2005).

Professionnels de la chose publique contre société civile
Certains journalistes sportifs (Alain Léauthier‚ Libération‚ 8 juillet 2005‚ "Olympisme. CNOSF marginalisé‚ arrogance‚ film de Besson hors sujet…Après l'échec de Paris‚ les débats sur le casting se font jour") accusent franchement les politiques d'avoir relégué au deuxième rang les sportifs et en particulier‚ H. Sérandour‚ le président du Comité national olympique et sportif français.
Reste la question du degré de confiance accordé par les politiques aux équipes professionnelles‚ aux experts de la société civile. Elle se lit aussi dans le choix des hommes. Homologue du lord quadragénaire‚ député et double champion olympique britannique‚ Sebastian Coe‚ Henri Sérandour‚ 70 ans‚ est un ancien entraineur de natation‚ ex– directeur de piscine et conseiller municipal de Dinard (Ille–et–Vilaine). Un profil assurant les politiques de ne pas se laisser voler la vedette !
Faut–il attribuer au président Chirac ce souci de la prééminence du politique sur l'expertise ? Sans doute pas à l'individu‚ mais à la culture d'où il est issu. Mais ses échecs répétés dans des confrontations qui l'ont opposé au fringant gagneur Tony Blair nuisent profondément au représentations professionnelles et médiatiques de l'âge.

Le plus ancien dirigeant avec la Reine d'Angleterre
Jacques Chirac‚ élu en 1995‚ mais ministre depuis 1967‚ n'a pas cessé de se poser comme le président le plus expert de l'ensemble des dirigeants de grands pays dont il est le plus ancien avec la reine d'Angleterre (78 ans‚ couronnée en 1953).
L'expérience apparaît positive aussi longtemps que ses résultats compensent l'ancienneté de son titulaire. Elle est encore plus valorisée lorsqu'elle s'accompagne d'une perspicacité renforcée par les années de pratique. Longtemps le caractère de perdant de Jacques Chirac et le manque de pertinence de ses choix stratégiques (le rigide ministère Juppé‚ 1995–1997) sur le plan intérieur sont restés masqués. L'éclipse de la cohabitation (1997–2002) lui a permis de briller par le discours sur la scène internationale. Il n'avait pas alors à pâtir des choix de politique intérieure qui relevaient du premier ministre issu de l'opposition (Jospin).

Son aura‚ que le malentendu de l'élection présidentielle de 2002 a placé à son zénith‚ s'assimile depuis à une peau de chagrin. Elle est écornée et ne cesse de rétrécir du fait des échecs des gouvernements Raffarin‚ issus de ses choix.

De vains efforts pour garder une séduction juvénile
Les efforts de Jacques Chirac pour apparaître comme expérimenté mais non dépassé‚ doté d'une séduction mature‚ mais non désuète ou périmée‚ ont été progressivement réduits à néant. Son refus d'admettre qu'il portait une prothèse auditive révélée par sa ministre de l'environnement (2003) a bien marqué une volonté de tenir le spectre du vieillissement à distance. De même son engagement tardif dans la lutte contre les méfaits de la canicule (été 2003).
La réticence des Français à la réforme des retraites‚ l'envol du chômage à un taux supérieur à celui du temps où gouvernait le premier ministre socialiste Jospin‚ le marasme économique persistant en dépit de l'action d'un gouvernement d'inspiration libérale‚ le succès du "non"‚ le rejet des "élites" sont désormais imputés à son débit.
L'affectueux surnom qui l'accompagnait‚ le "vieux"‚ a désormais pris une connotation péjorative. Pour le baby–boomer‚ le vieux‚ c'est encore l'autre‚ sa mère‚ son père. Et c'est bien un parricide symbolique que Nicolas Sarkozy commet en raillant ce "lion devenu vieux".
Le premier ministre du Luxembourg envisageait de démissionner si le "non" au référendum sur la Constitution européenne‚ l'emportait ce dimanche soir 10 juillet dans son pays. Affaire d'honneur‚ de respect du suffrage universel instauré par le général de Gaulle en 1969.
Le désir de Jacques Chirac‚ de se maintenir à tout prix‚ en dépit des précédents (Clemenceau‚ De Gaulle… ) est réellement nuisible aux représentations professionnelles de l'âge.

Avec Giscard d'Estaing dans une logique d'accumulation
Cette volonté de maintien le situe dans la "logique d'accumulation" où l'on placera aussi Valéry Giscard d'Estaing‚ 79 ans. L'ex–président de la République (1974–1981) est chassé (2004) par le suffrage universel de la tête du conseil régional d'Auvergne plutôt que d'avoir su se détacher. Mais son entrée à l'Académie française en dépit d'une œuvre littéraire inégale lui apparaît comme une compensation s'ajoutant au regain d'attention que lui offre la rédaction du projet de Constitution européenne.
La presse britannique se montre plus libre que son homologue française‚ sur le dossier Chirac‚ sur le contentieux relatif à son passage à la mairie de Paris‚ les faux emplois politiques‚ sa longue proximité (Pasqua‚ ministre) avec les réseaux du gaullisme‚ et les officines souvent chargées des besognes de l'ombre du paysage politique‚ comme le montage de dossiers destinés à discréditer des concurrents. Nicolas Sarkozy évoquait encore récemment les "officines" de l'ombre. Les médias étrangers s'offusquent et il est bien difficile de leur expliquer qu'un homme politique conserve à vie durant la culture dans laquelle il a été éduqué. Les pratiques latines‚ dénuées de transparence‚ apparaissent scandaleuses aux Anglo–saxons. Mais‚ elles‚ ont‚ longtemps‚ appartenu à la normalité des pratiques pour un personnel politique (jusqu'à Mitterrand) ayant vécu la guerre et acquis dans la Résistance un goût du secret qui a perduré‚ à tort ou à raison‚ comme une commodité de gouvernement.
Le Canard Enchaîné doit une large part de ses succès (affaire Ben Barka‚ affaire des plombiers‚ feuille d'impôt de Chaban… ) à cette culture–héritage de périodes troublées.

Yvette Horner‚ l'exemple du détachement raisonné
Le souci chiraquien de se maintenir pourrait apparaître à la fois comme un désir d'échapper à ses responsabilités personnelles (argument développé par Le Pen et l'extrême–gauche durant la campagne présidentielle 2002)‚ et de conserver les avantages‚ le prestige‚ relatifs à la fonction présidentielle.
Sa démarche nuit–elle aux représentations de l'âge ? La question mériterait un sondage auprès des gestionnaires de ressources humaines. En effet‚ l'attitude de Jacques Chirac renforce les préjugés nourris par les GRH à l'encontre des travailleurs seniors. Ils les jugent routiniers‚ peu inventifs‚ crispés sur leurs avantages acquis. Pas de quoi les détromper.
En revanche‚ Yvette Horner‚ 80 ans‚ a su se détacher. Elle a mis en vente les nombreux trophées et souvenirs de soixante ans de carrière populaire. Elle s'est séparée de sa villa de Nogent–sur–Marne. Elle a élu domicile dans un deux–pièces d'une résidence–services. Elle est donc entrée dans le processus de détachement susceptible d'apporter un renouveau de la jouissance lorsque l'accumulation des biens et honneurs ne prodiguait plus de sensation nouvelle.

Elle a été l'un des supporters du président‚ malheureusement pas son mentor.

Jean–Yves Ruaux

[1] Voir Roland Barthes‚ "Mythologies"‚ Le Seuil‚ 1956.

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