|
Le Rendez-vous des âges, un rendez-vous didactique à Besançon
Mis en ligne le 02/12/2008
La ville de Besançon propose chaque année des conférences-débats avec ses retraités. Le thème de l'an dernier était "le plaisir", celui du 25 novembre à Micropolis était "entre générations". Un thème bien à la mode. Il permet de retracer le rôle des grands-parents au sein de la famille, la place des liens intergénérationnels face à l'isolement mais également le dessin des solidarités, notamment à travers la retraite par répartition. De nombreuses associations se développent pour tisser du lien social, Le pari solidaire permet la cohabitation entre étudiants et retraités. Le réseau Assemblage donne l'opportunité aux collégiens de visualiser concrètement un métier par le biais d'un artisan retraité.
|
|
|
|
Sommaire de l'article
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Chaque année, à Besançon, une invitation est adressée à toutes les personnes de plus de 60 ans par le maire. C'est une journée pour débattre avec les retraités, connaître leurs attentes. Des sociologues, psychologues, anthropologues, présidents d'associations... sont présents pour une journée de réflexion, d'échanges, de rencontres. Cette année le thème de la rencontre s'intitule Entre générations. A chaque Rendez-vous un questionnaire est remis aux participants pour savoir si le thème était intéressant, ce qui leur a plu et déplu... La ville de Besançon compte 17 000 personnes âgées de plus de 60 ans. Plus de 10%, soit 2 053 cette année, viennent aux Rendez-vous de l'âge contre 1 300 retraités il y a sept ans. La moitié d'entre eux viennent annuellement. A chaque fin d'atelier, les retraités sont invités à poser des questions ou à apporter des commentaires. Pascale Vincent, la responsable de la mission inter âges confie qu'elle ne connaît pas d'autres villes qui proposent ce genre de rendez-vous à leurs retraités. Les grands-parents au sein de la famille Ce premier atelier regroupe trois intervenants : deux maîtres de conférence en psychologie et en droit de la famille, Magalie Bonnet et Catherine Philippe ainsi qu'un professeur de sociologie, spécialisé en transmission des savoirs professionnels et familiaux, Dominique Jacques-Jouvenot. Ils évoquent combien la solidarité est importante dans une société où les familles sont recomposées, le célibat augmente et les divorces de plus en plus nombreux. Les grands-parents sont un vecteur substantiel pour solidifier les liens familiaux. Cette génération transmet l'art de prendre son temps aux petits-enfants qui sont dans un monde à vitesse supérieure. Catherine Philippe précise qu'un texte rappelle que les grands-parents ont des droits vis à vis de leurs petits enfants. Des personnes âgées peu considérées La journée débute avec une anthropologue, Bernadette Puijalon. Elle évoque la transmission entre les générations, que "les vieux donnent le passé mais aussi l'avenir aux plus jeunes". L'anthropologue a nommé sa conférence d'ouverture La septième génération, il s'agit d'une pratique indienne. "A chaque décision importante, le Conseil des sages s'interrogeait sur les effets qu'elle aurait sur la septième génération à venir". Avant, les différentes générations se rencontraient naturellement. Actuellement, on est obligé de recréer "artificiellement ces rencontres". Excepté dans le cadre familiale, enfants et vieux ne se connaissent pas. La parole est donnée aux anciens. Un homme se lève, prend le micro et raconte "aujourd'hui il n'est plus possible de se soigner, on est obligé de mettre des dessous de table de 600 à 900€ pour être opéré. Je ne me fais plus soigner contre le diabète, cela est trop cher. Mes médicaments pour la tension ne sont plus remboursés, je devais débourser 164€ par mois pour ma mutuelle. Je ne peux plus. On nous laisse tomber". Le sentiment est que la société délaisse les plus âgés. Mme Puijalon intervient sans avoir de réponse concrète face à ce problème qu'elle intitule "un modèle de société, une société sacrificielle". Elle pointe du doigt un paradoxe "on désire un allongement de la vie et en même temps on souhaite qu'il y ait moins de vieux !" incohérence... Historique de la retraite Le directeur des activités sociales du groupe Réunica, Joël-Robert Hansconrad retrace l'historique des régimes de protection sociale. Notre histoire économique et sociale est substantielle pour mieux comprendre le présent. Le premier régime de retraite date de 1673, c'est Colbert qui l'avait institué pour les officiers de marine. En 1945, le premier régime interprofessionnel de retraites ouvrières et paysannes voit le jour. En parallèle, advient la création de l'assurance maladie avec le ticket modérateur. Elle est la petite sœur de la complémentaire santé. En 1947 apparaît le régime complémentaire des salariés cadres. L'année 1973 généralise la retraite complémentaire à la totalité des salariés. Le débat sur les futures pensions de retraite Luis Simon est président du conseil de la CPAM (Caisse primaire d'assurance maladie). "Nous sommes à un moment crucial" déclare-t-il. C'est la crise financière. La deuxième phase de cette crise sera économique, celle de l'automobile le laisse deviner. La troisième sera sociale. "La Sécurité sociale était porteuse de l'espoir d' un monde meilleur". 60 ans après, l'ambition est désuète. Il ne faut pas oublier que la sécurité sociale atténue l'effet social de la crise. Ce n'est pas un problème de payer les retraites puisque le travail se développe exponentiellement selon Jean-Philippe Durandal, maître de conférence en sociologie à l'université de Franche-Comté. On produit plus de richesses. "Il y a sept ans, un meilleur système social s'offrait à nous, désormais les inégalités se creusent". En 1900, l'espérance de vie était de 43,4 ans, en 1946 de 67 ans et en 2008 elle est de 82 ans. C'est une bonne nouvelle ! Certains pensent que ce n'est pas une bonne chose. Selon un sondage Ipsos 85% des Français redoutent que leurs enfants soient pauvres un jour. Il ne faut pas oublier que le trou de la Sécurité sociale est de 9 milliards mais qu'on a réussi a trouver 660 milliards pour sauver le secteur bancaire ! De plus la Sécurité sociale génère des emplois, elle rapporte de l'argent, transforme les retraités en consommateurs. Sans oublier que les laboratoires pharmaceutiques résistent à la délocalisation. Pour cet intervenant, la retraite par répartition perdurera et elle le doit. Assemblage de collégiens et de retraités pour éclaircir leur avenir Olivier Sarrazin est responsable de l'animation auprès des personnes âgées en milieu ouvert pour l'agglomération de Blois. De plus, il est membre du comité de pilotage du réseau intergénérationel Assemblage. Ce réseau, qui existe depuis dix ans, est en partenariat avec la Chambre des métiers et est soutenu par la fondation de France. Assemblage se développe peu à peu en réunissant des institutions publiques avec notamment les CCAS de Besançon, Dijon, d'Angers, l'association Grandparenfant... Il consiste à lier des aspects universitaires avec les pratiques de terrain. Par exemple, le projet "apprends moi ton métier" réunit des retraités avec de jeunes adolescents dans le but de faire valoir les métiers de l'artisanat. "Les jeunes de douze-treize ans ne visualisent pas concrètement ce qu'est le métier de maçon, charpentier... dans une salle de classe". M Sarrazin désirait compléter les forums d'orientation qui restent trop théoriques pour certains métiers. Le retraité qui a exercé un métier artisanal remet la main à la pâte avec plaisir. "Certains rachètent même du matériel et sont ravis de remettre la cotte". Les jeunes découvrent un métier et les plus âgés transmettent leur savoir. Olivier Sarrazin est animateur auprès de personnes âgées pour leurs loisirs, voyages... C'est aussi grâce à son activité qu'il se crée un réseau. Pour trouver des adolescents, Assemblage démarche les collèges. Par ailleurs, ces activités permettent de rassembler deux générations qui se côtoient rarement. Elles mettent en valeur la personne retraitée et les rapprochent. "Au bout de quinze minutes, les ados tutoient leur nouvel enseignant" souligne M Sarrazin. Une proximité se créée très rapidement. Les liens intergénérationnels : une force contre l'isolement Si je rencontre moins de quatre fois par semaine une personne avec qui je parle 5 minutes, je suis isolé. Selon le Credoc, 37% des Français de plus de 60 ans déclarent "vivre seuls, sans conjoint ni personne d'autre". A noter que ce phénomène à doublé depuis 1962. Certains sont isolés socialement, d'autres géographiquement. A savoir que 17% des Français ont renoncé à un soin à cause de l'éloignement géographique. Corinne Belot est chef de projet à l'association Le pari solidaire à Lyon. Elle met en relation des étudiants et des seniors pour cohabiter. L'avantage pour la personne âgée est d'avoir une présence, une compagnie. Pour l'étudiant c'est une économie, voire une possibilité de faire des études puisque soit il n'y a pas de participation financière soit elle est modeste. Le Rendez-vous de l'âge est l'occasion de montrer aux retraités combien cette action peut être une grande aide pour eux et l'étudiant. Une femme se lève dans la salle pour témoigner : "je pratique la cohabitation intergénérationnelle depuis plus de dix ans, je n'ai eu qu'un seul problème". Au passage elle encourage les retraités présents à vivre cette expérience constructive car ils sont souvent réticents à l'idée d'héberger un inconnu. Le pari solidaire propose également un suivi pour rassurer les co-habitants. Pour la première fois une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer cohabite avec un étudiant. Le malade est encore peu atteint. C'est une situation délicate où il y a eu l'accord de la famille et des médecins. Pour le moment la cohabitation se passe bien, à l'avenir, lors de la progression de la maladie il deviendra difficile de maintenir une pareille organisation. Urbanisme et logements sociaux L'urbanisme est un élément qui est revenu plusieurs fois tout au long de journée. Tout d'abord, un participant est intervenu pour souligner la place des maisons de retraite qui étaient souvent à l'autre bout de la ville, plutôt excentrées. Ensuite on a aussi parlé de la desserte des bus, souvent absente au pied des immeubles ce qui favorise l'isolement. L'urbanisme est en fait une clef pour tous les citoyens car les jeunes mamans accompagnées de poussettes sont également au cœur du débat. L'aménagement est bénéfique pour un lieu de rencontre. Depuis six ans, la commune de Saint-Apollinaire, qui fait partie de l'agglomération dijonnaise, a créé des logements sociaux moitié pour des retraités et moitié pour des couples avec au moins un enfant de moins de cinq ans. Des services petite enfance, des équipements municipaux, des petites unités de vie et un accueil de jour pour personnes âgées dépendantes sont proposés. Il y a également des animations chaque semaine pour tisser du lien social.
Céline Chapdelaine
|