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Les boomers, génération-pivot de la consommation et des modes de vie
Mis en ligne le 10/06/2008
Les boomers représentent la génération-pivot de la consommation et des modes de vies, selon Jean-Yves Ruaux, rédacteur en chef de Seniorscopie.com. Ceci fait qu'ils ne vieilliront pas comme leurs aînés. Ils inventent un mode de vieillissement où les rôles de la consommation, du relationnel et de la redistribution sont accrus.
Depuis les années soixante-dix, l'augmentation de l'espérance de vie a déplacé le curseur de la mi-vie adulte de la quarantaine vers la cinquantaine. La mi-vie est même devenue un moment où parfois l'on recommence à aimer, un métier, une histoire. La confrontation d'un couple, engagé dans la vie professionnelle, après le départ des enfants du domicile, peut conduire à l'écriture d'une nouvelle histoire conjugale ou de nouvelles histoires personnelles distinctes. C'est pourquoi les mots adolescence, amour, résilience sont des mots de sens plein pour les boomers qui veulent compenser une jeunesse morose, vivre les expériences dont ils ont alors été privés, vérifier s'ils ont gardé vitalité et séduction. Grand-mère à temps partiel Les boomers se différencient donc fortement de leurs aînés (génération du miroir contre génération du devoir). Ils ont en bonne partie perdu le sens de la sujétion qui les reliait à un appareil social fort : Eglise, parti, patronage... Ils lui ont substitué le culte de soi (génération Narcisse) et du refus de vieillir (génération Peter Pan). Ceci les rapproche davantage de leurs cadets qui vivent de plus en plus dans l'instant, compte tenu du caractère anxiogène de l'avenir. Ils redéfinissent aussi la famille, de plus en plus souvent recomposée (divorces, remariages) ou "crumble" (unions précaires, personnes seules) et la grand-parentalité. Le statut de grand-mère peut entrer en concurrence avec le travail, la vie sentimentale, l'engagement associatif. Fini le temps des grands-parents baby-sitters corvéables sans contrepartie. Leur âge est celui des remises en question de l'aménagement de la maison, de leur rôle, de leurs envies. C'est aussi l'âge des changements physiques, tels que la ménopause dont le cortège de fatalités n'est plus accepté. Trois générations de seniors coexistent donc aujourd'hui, celle des "grands anciens" (génération Line Renaud/Michèle Morgan), celle des "matures" ou génération de la guerre d'Algérie, celle enfin des boomers qui sont les enfants de la génération Renaud/Morgan. Ainsi s'autorisent-ils à vouloir échapper à leur âge, alors que les deux autres générations aînées l'ont accepté. Chacune de ces générations a les références culturelles qui tissent son identité. Les boomers, eux, se situent à la charnière entre leurs ascendants et les vingtenaires ou trentenaires, leurs enfants et collègues de travail. Ils sont souvent décriés pour leur goût effréné de la consommation ou leur hédonisme de jeunes retraités voyageurs, leur pouvoir d'achat qui en fait les premiers acheteurs de voitures, d'immobilier, les premiers consommateurs de cosmétiques. Ils sont cependant les acteurs de la redistribution de temps et d'argent vers leurs enfants peinant à entrer dans la carrière et leurs parents devant être accompagnés dans l'avancée en âge. Les boomers sont les initiateurs de nouvelles mœurs, comme de nouvelles stratégies de partenaires amoureux sur Internet. Tout ceci fait partie de leur paysage mental et relationnel dans un monde où leurs années les plus glorieuses sont passées. Adulés des marketeurs, ciblés par les publicitaires, ils sont aussi à la merci des surcoûts de leur santé et de leur autonomie face à un inéluctable déclin de leurs ressources-retraite s'ils ne prolongent pas leur activité professionnelle.
Jean-Yves Ruaux
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