Seniorscopie.com, la lettre d'informations professionnelles de Notre Temps
Inscrivez-vous à la
Newsletter Seniorscopie:

Médias
Back Retour | Send  Envoyer à un ami | Print Imprimer cet article

France
Les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique
Les boomers, piliers du livre, de la presse et public de conquête du cinéma

Mis en ligne le 27/10/2009

Les boomers lisent et vont au cinéma mais ils délaissent de plus en plus la musique classique. Ici, les grandes orgues de Hallgrímskirkja, la plus vaste église luthérienne de Reykjavik. Photo Jean-Yves Ruaux

L'enquête 2008 intitulée "Les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique" (La Découverte/ministère de la Culture et de la Communication, 2009) montre que les boomers et les aînés contrairement à leurs homologues des époques précédentes maintiennent et développent leurs pratiques culturelles, lisent, vont au cinéma et au concert. Ils constituent même l'un des rares points de repère constants alors que le numérique chamboule les attitudes depuis la précédente enquête datant de 1997.

Sommaire Sommaire de l'article
Plus Les boomers s'approprient le numérique
Plus Le début de la guerre des écrans
Plus Les boomers sortent plus
Plus Plus de 8 appareils électroniques par foyer de jeunes seniors
Plus Désaffection des loisirs populaires traditionnels
Plus Doublement du nombre de noctambules seniors
Plus Pratique de l'Internet multipliée par six chez les 45-54 ans.
Plus Forte corrélation entre culture, génération et ordinateur
Plus 27 heures de TV hebdomadaires pour les 65+
Plus Les anciens cadres proches des actifs cultivés
Plus L'usage d'Arte augmente avec l'âge
Plus Le retour des seniors au cinéma
Plus Les sorties n'ont pas souffert du numérique
Plus La radio en recul sauf chez les seniors
Plus La musique classique malmenée
Plus Les boomers, les plus forts lecteurs de presse et de livres
Plus On lit plus avec l'âge
Plus Jean d'Ormesson, le favori des aînés
Plus Le jazz culmine chez les 55-64 ans
Plus L'écriture passe du papier à l'écran
Plus Une typologie générationnelle contrastée

Les boomers s'approprient le numérique
Bonne nouvelle, "la généralisation de l'écoute musicale, des sorties au cinéma et désormais du jeu vidéo, de culture juvénile en culture juvénile, finit par gagner une large part de la pyramide". Autrement dit, même si les boomers et les aînés gardent intactes leurs pratiques culturelles traditionnelles, ils s'approprient les nouveaux écrans et le numérique avec profit. Mais, selon Olivier Donnat, son coordinateur, l'enquête révèle une "rupture anthropologique" due à l'arrivée, depuis la fin du XX° siècle, d'écrans d'ordinateurs et de mobiles, de la massification de l'usage de l'Internet qui mélange les médias publics et les flux personnels. Pourtant, ils est à noter que les sorties et la lecture résistent ou plutôt se cumulent avec les nouvelles consommations culturelles. Les écrans sont devenus l'un des modes d'accès au culturel. La culture française de consommation se rapproche de plus en plus de l'entertainment-loisir anglo- saxon.

Le début de la guerre des écrans
La prédominance de la culture électronique est marquante avec les 15-24 ans chez qui elle s'accompagne d'une baisse de la lecture. Mais celle-ci est en diminution à chaque génération depuis des décennies.
L'enquête 2008, qui a porté sur un échantillon représentatif de 5000 personnes, montre que le lien longtemps indissoluble entre un lieu et un support culturel est rompu du fait même des nouveaux outils nomades de connexion.
La révolution en cours n'est pas à son terme car la guerre des écrans (TV, ordinateur, téléphone...) ne fait que commencer entre la télévision média hégémonique chez des Français âgés, peu cultivés et de faibles ressources et la multiplicité des supports interactifs à disposition des jeunes générations. L'audience collective des programmes de télévision diminue et se fragmente. Même les visites de musées, qui au physique sont en diminution, se sont dématérialisées. La consommation et le stockage de biens culturels sont désormais dématérialisés.

Les boomers sortent plus
Quoi de neuf depuis 1997? La France compte trois millions d'individus de plus. L'équipement audiovisuel des ménages s'est accru. Aujourd'hui un sur cinq possède un home cinéma. Un quart des ménages a au moins deux ordinateurs, un fixe et un portable, ce qui est fréquent chez les cadres. Les seniors, aujourd'hui boomers, sont plus cultivés que leurs devanciers.
Leur pouvoir d'achat est plus important que celui de leurs aînés. Ils ont des maisons mieux équipées et sortent davantage. A tous les âges, on sort plus que par le passé et que les aînés au même âge.
Le pourcentage de 35/44 ans, sortant au moins une fois par mois, est passé de 73 à 76 %, celui des 45-54 ans de 65 à 71 %. Pour les 55-64 ans on est passé de 53 à 65 % et de 26 à 36% pour les 65 ans +. L'amélioration de l'espérance de vie y ajoute un effet de masse qui décentre l'administration de certaines consommations culturelles (bibliothèque, concerts classiques, cinéma, lecture...)

Plus de 8 appareils électroniques par foyer de jeunes seniors
97% des Français ont au moins un récepteur TV, 90% la radio, 85 % un lecteur DVD, un magnétoscope et un téléphone portable. Ils ont aussi (76%) un lecteur de CD et un appareil photo numérique (57%) ainsi qu'un ordinateur fixe (56%). L'éventail du numérique inclut désormais une console de jeux fixe (37%), une platine vinyle (30%), un ordinateur portable (27%), sans compter les graveurs de DVD (19%) les assistants personnels...Les ménages comptent en moyenne cinq appareils fixes et deux mobiles.
Les 35-44 ans en ont 9,3, dont 5,7 fixes et 3,7 mobiles. Les 45-54 ans, les jeunes seniors, en ont 8,4, dont 5,3 fixes et 3,1 mobiles. Les 55-64 ans en possèdent 7,2 dont 4,9 fixes et 2,3 mobiles. Le décrochage se fait avec les 65+ qui en détiennent 4,7 dont 3, 8 fixes et 1 mobile.

Désaffection des loisirs populaires traditionnels
Les Parisiens de l'intra-muros sont plus équipés en engins nomades que la moyenne. Ceci est en partie dû à leur jeunesse, leur haut niveau financier, leurs logements exigus. Mais la règle veut que plus on sort, plus on possède aussi de matériel dernier cri.
Plus on fréquente les équipements culturels et mieux on est doté. L'essentiel des motivations de sorties sont en hausse, exception faite des discothèques, karaoké, bals et fêtes foraines, de la pêche et de la chasse, marquant la désaffection et le vieillissement de certaines formes de loisirs populaires traditionnels.

Doublement du nombre de noctambules seniors
Parallèlement, la proportion de noctambules augmente. Elle double même pour les 55-64 ans et les 65+. La traditionnelle loi sociologique selon laquelle les sorties étaient l'apanage de la jeunesse est tempérée par ce fait et par une limite désormais repoussée de plus en plus au grand âge. Certains loisirs sont en forte hausse comme les mots croisés, les jeux vidéos mais aussi la randonnée. La pratique des jeux vidéos était courante chez les 15-19 ans. Elle l'est devenue chez les adultes et a cessé d'être marginale pour les 55-64 ans, passant de 5 à 11%. Elle reste néanmoins une pratique plus masculine que féminine. Il s'agit en effet d'un usage quotidien pour un tiers des hommes mais seulement 9% des femmes. Celles-ci pratiquent davantage les jeux de patience ou de stratégie, les hommes, les jeux d'action. Les cadres et intellectuels déclarent souvent manquer de temps pour s'adonner à la pratique de leurs loisirs de prédilection. Ce sentiment est le même à la retraite où il différencie les comportements des anciens cadres et des ouvriers, même si la notion de temps disponible évolue alors.

Pratique de l'Internet multipliée par six chez les 45-54 ans.
L'Internet a fait un énorme saut quantitatif dans les pratiques. En effet, en 1997, 11% des personnes l'utilisaient pour des usages autres que le travail. Elles sont 56 % aujourd'hui dont 1/3 quotidiennement. Cette pratique de la toile a connu une hausse exponentielle chez toutes les catégories d'utilisateurs. Elle est passée de15 à 69 % chez 35-44 ans. Elle a sextuplé chez les 45-54 ans, les jeunes seniors, en passant de 9% à 56%. Elle est aussi passée de 3 à 43 % chez 55-64 ans et de 1 à 13 % chez 65+. Etre un homme jeune et éduqué est un facteur de forte utilisation. La pratique en demeure sexuée puisqu'elle est le fait de 60% des hommes et de 40% des femmes chez les 46-62 ans. 42% des 35-44 ans utilisent Internet tous les jours ou presque contre 34 % des 45-54 ans, 27% des 55-64 ans, 10% des 65-74 ans, 4% 75 ans+. Le niveau de diplôme est également un fort discriminant car, à 63 ans, le nombre d'utilisateurs est triple chez les diplômés du supérieur comparés aux titulaires d'un BEPC. La pratique tient aussi à la possession ou non possession d'ordinateurs à domicile. La non possession est le fait des personnes âgées défavorisées mais aussi des étudiants utilisant les services de leur université.

Forte corrélation entre culture, génération et ordinateur
La corrélation est forte entre les pratiques culturelles et l'usage de l'ordinateur. La pratique de l'outil est finalement cantonnée par le loisir extérieur. Mais, on trouve de gros utilisateurs parmi les plus de 65 ans. Les gens d'âge intermédiaire utilisent l'Internet pour leur courrier 47%, la recherche documentaire, 45%, les informations pratiques, 43%, la messagerie instantanée, 32%, la gestion des affaires personnelles, 30%, la commande et l'achat en ligne, 28%. Ces pratiques décroissent avec l'âge à l'exception de la visite de musées ou d'expositions en ligne. 23% des 55-64 ans ont déjà visité une exposition en ligne contre 7% des 20-24 ans. L'usage créatif des ordinateurs diminue avec l'âge, passant de 74% pour les 15/24 ans à 31% des 65+.
Les internautes âgés vont moins que les autres sur la toile dans une perspective de cumul des usages. Leur recherche se situe en relation avec des centres d'intérêt ou hobbies bien précis. Les hommes de plus de 45 ans sont très présents sur les écrans pour de l'auto-production (albums photo...).
Globalement, au regard du net on observe aujourd'hui que l'inégalité sociale relève de plus en plus de la variété des usages non de l'accès lui même. Le degré de sophistication de l'éducation joue.

27 heures de TV hebdomadaires pour les 65+
87 % des personnes regardent tous les jours la télévision en 2008 contre 77% en 1997. La multiplication des chaînes thématiques et l'accès à l'Internet haut débit ont diminué le nombre de réfractaires qui se recrutent en particulier dans un public de célibataires jeunes et urbains, cultivés.
La consommation quotidienne de télévision des 45-54 ans, analogue à celle des 35-44 ans, concernait 73 % de l'effectif et désormais 88 %. L'audience des 55-64 ans a grimpé de 86 à 92 %, celle des 65+ de 88 à 96 %.
La durée moyenne de présence face à l'écran croît avec l'âge mais elle s'est tassée. Elle est de 19 heures pour les 25-44 ans. Elles est passée de 19 à 21 heures pour les 45-54 ans. Elle est stable à 23 heures hebdomadaires pour les 55-64 ans et a légèrement progressé de 26 à 27 heures pour les 65+.

Les anciens cadres proches des actifs cultivés
Le temps accordé à la télévision a peu augmenté en raison de la concurrence des autres écrans. Il ne se renforce désormais plus que dans la dernière partie de la vie. Les modes de consommation de la télévision varient avec les situations et les âges. On regarde la télévision à 49% en compagnie de quelqu'un chez les 35-44 ans et à 60% chez les couples de 62 ans et plus. Une importante minorité augmente avec l'usage de consommations différenciées et différées en raison de la possession de plusieurs récepteurs au domicile et de la possibilité de stockage d'émissions.
La consommation de télévision la plus forte se situe avec plus de 30 heures chez les plus de 65 ans (35%), les anciens ouvriers (45%) et employés (42%). Les anciens cadres, en revanche, regardant la télévision plus de 30 heures hebdomadaires sont seulement 17%. Leurs pratiques se rapprochent le plus de celles des actifs cultivés. La consommation de TV augmente avec l'âge. Mais, elle diminue avec la croissance du niveau d'études. Elle est de plus de 20 heures hebdomadaires pour des moins de 40 ans sans diplôme et de 15 heures pour des bac+4.

L'usage d'Arte augmente avec l'âge
Plus on est un gros consommateur de télévision, plus on regarde TF1 (31%). La grande chaîne privée vient loin devant France 2 qui est passé de 18 a 12 % au profit d'Arte et des chaînes thématiques. L'audience de France 2 et France 3 est largement corrélée avec l'âge. 38 % des personnes de 65 + citent l'une ou l'autre de ces deux chaînes contre 13% des 35-44 ans et seulement 4% des 15-19 ans.
A l'inverse, M6 est citée par 34% des 15-19 ans et 29% des 20-24 ans. L'usage d'Arte augmente avec l'âge (50% des anciens cadres) et des diplômes. Mais son audience est faible chez les lycéens et étudiants. Certaines émissions, telles que Capital et Thalassa ont un caractère consensuel et sont regardées aussi bien par les cadres que par les ouvriers. Mais, elles sont précédées par les feuilletons. Cadres et intellectuels de tous âges ont peu d'intérêt pour les émissions au spectre purement distractif. Plus belle la vie fédère quels que soient les âges. Mais Les Experts et NCIS sont moins regardés par les aînés dont les préférences vont toujours à Dallas. Sept des huit séries préférées sont le fait de femmes. Les Feux de l'amour et Plus belle la vie sont regardés par des gros consommateurs de télévision. Mais Desperate Housewives y a ramené un public de gens distanciés à l'égard des fictions traditionnelles du petit écran.

Le retour des seniors au cinéma
Quid du cinéma et des DVD ? En 1997, 72% des Français disposaient d'un magnétoscope. Aujourd'hui, ils sont 90% à avoir un magnétoscope ou un lecteur de DVD. 65% regardaient alors des films sur leur engin. Ils sont 74% aujourd'hui. 49% étaient allés au cinéma. Ils sont 57% désormais. 18% des Français regardent des films qu'ils téléchargent. La croissance de la fréquentation des salles de cinéma a été particulièrement remarquable à tous les âges, mais entre autres aux âges moyens et élevés, puisque 45% des 45-54 ans allaient au cinéma contre 56% aujourd'hui. C'était le cas de 34% des 55-64 ans contre 44 % aujourd'hui. Les 65+ qui allaient au cinéma pour 18 % d'entre eux sont désormais 26% à le fréquenter. Cette proportion diminue chez les moins de 35 ans mais les seniors compensent. Aller au cinéma plus d'une fois par mois devient rare chez les moins de 35 ans et fréquent chez les seniors qui retrouvent le chemin des salles au départ des enfants du domicile. Ce phénomène est nouveau au regard des générations précédentes.
Les ménages détiennent en moyenne 40 DVD mais 62 lorsqu'ils ont des enfants. Ce nombre descend, passé 65 ans. Regarder des DVD dépend plus de l'âge et de la situation familiale que du milieu social. 57% des Français en regardent chaque mois, 25% chaque semaine, 27% épisodiquement. L'achat est massif (63% contre 30 % pour la location) chez les moins de 45 ans surtout s'il y a des enfants au foyer. L'enregistrement est une activité d'homme retraité.

Les sorties n'ont pas souffert du numérique
Ce sont la TV et la radio, la lecture, pas les sorties qui ont souffert du numérique. Le cinéma a étendu sa clientèle vers les plus âgés. On assiste donc au vieillissement du public des spectacles, des concerts notamment. Le cinéma en tire une valeur positive: "Quant aux retraités, qui sont, dans l'ensemble, moins nombreux à fréquenter les salles, une minorité d'entre eux se montrent des spectateurs assidus dont le rythme de fréquentation est même supérieur à la moyenne nationale "(p 105). Les westerns sont appréciés des hommes âgés mais rejetés jeunes femmes "On peut dire que les moins de 35 ans préfèrent les films américains tandis que les 45 ans+ penchent nettement du côté des films français, les 35-44 ans étant pour leur part dans une position intermédiaire"(p 111).

La radio en recul sauf chez les seniors
Le recul de la radio est très marqué chez les 15-24 ans (56% en 2008 contre 71% en 1997). Elle a aussi diminué sa part dans les autres catégories sauf chez les 55-64 ans et les 65 + chez qui elle s'est accrue.
L'écoute quotidienne de musique a progressé de 50% chez les 45-54 ans , passant de 15 à 23 à 23 % et doublé chez les 55-64 ans passant de 8 à 15 %. Elle est aussi passée de 4 à 10 % chez les 65+.
"Le boom musical amorcé dans les années 70 n'est donc pas achevé : ses ondes de choc continuent de se propager dans la société française à mesure que les générations qui l'ont porté avancent en âge. Ce mouvement de fond, qui alimente la progression de l'écoute fréquente de la musique se traduit aussi par un profond renouvellement des préférences musicales du fait de l'émergence régulière de modes d'expression jeunes que les générations n'abandonnent pas en vieillissant." (p 121). L'écoute de la musique française croît avec l'âge au détriment de la musique anglo-saxonne. Elle se situe à 22% à 15-19 ans et à 56% au delà de 55 ans.

La musique classique malmenée
Mais, "les musiques étiquetées comme jeunes comptent de plus en plus d'amateurs parmi les adultes" (p 122). On mesure aussi sur les seniors les premiers effets du boom musical des seventies. Mais, "plus les adultes restent fidèles en vieillissant aux genres musicaux de leur jeunesse, plus la musique classique peine à renouveler son public." (p122)
L'usage des radios diffère fondamentalement entre les très jeunes et les publics de la maturité.
"Les radios généralistes ( Rtl, Europe I, France Inter) ou d'information en continu comme France Info sont plus écoutées par les auditeurs âgés, avec des nuances qui tiennent au niveau de diplôme et au milieu social : France Info, France Inter, et dans une moindre mesure Europe I, sont privilégiées par les milieux diplômés, alors que RTL est plus fréquemment cité par les indépendants et les retraités de milieu populaire." (p 125)
Ecouter quotidiennement de la musique demeure le fait de la jeunesse même si les adultes en écoutent plus qu'avant . On connaît l'hostilité des plus de 45 ans aux musiques électroniques et rap mais
" La musique rock et pop a cessé depuis longtemps d'être l'apanage de la population juvénile : elle est aujourd'hui autant écoutée par les 35-44 ans que par les 15-19 ans et ce n'est qu'à partir de 55 ans que ses amateurs deviennent plus rares, au moment ou ceux de la musique classique augmentent"
(p135)

Les boomers, les plus forts lecteurs de presse et de livres
La gratuité est venue épouser un mouvement déjà ancien, celui du reflux de la lecture, de presse, en particulier.
"Depuis plusieurs décennies, chaque nouvelle génération arrive à l'âge adulte avec un niveau d'engagement dans la lecture inférieur à la précédente, si bien que l'érosion des lecteurs de quotidiens et des forts lecteurs de livres s'accompagne d'un vieillissement du lectorat " (p142). Les 15-24 ans, forts lecteurs de plus de 20 livres par an en 1997 étaient alors 20 %. Ils ne sont plus que 15%. En revanche, le pourcentage de gros lecteurs est passé de 18 à 20 % chez les 55-64 ans.
La lecture du quotidien payant est restée une constante chez les 55-64 ans. En revanche, elle est passée de 51 %, tous les jours, à 41 %. Elle demeure stable chez les 65+ passant de 53 à 50 %. Mais elle est tombée de 20 à 10 % chez les 15-24 ans
"Les Français, qui lisaient un quotidien, ont continué dans la plupart des cas à le faire mais, comme ils sont de moins en moins nombreux dans chaque génération qui arrive à l'âge adulte, le lectorat se rétracte au fil du temps tout en vieillissant. "
(p144)

On lit plus avec l'âge
A quoi tient cette évolution, quelles sont ses caractéristiques ?
"Les principales différences en matière de lecture de presse tiennent à l'âge : la proportion de lecteurs quotidiens en matière de presse payante croît régulièrement avec l'âge tant chez les hommes que chez les femmes, alors que la presse gratuite et la presse en ligne sont plus lues par les moins de 35 ans." (p149).
Ajoutons qu'à la maturité, les hommes sont lecteurs de quotidiens et les femmes de magazines. Les magazines d'actualité sont lus par les cadres en activité et le tiers des cadres à la retraite. 7% des femmes lisent régulièrement des magazine people comme Voici ou Closer, ce qui n'est le fait que de 1% des hommes.
Quoiqu'il arrive, chaque génération se cultive plus que celle qui la précède. La proportion de retraités vivant dans un monde dépourvu de livres est tombée de 15% à 7%. En revanche, la taille des bibliothèques personnelles est passée de 164 à 138 livres en moyenne à cause des DVDthèques et ordinateurs. Le pourcentage de Français ayant acheté un livre au cours des douze derniers mois est tombé de 63% à 57%. En bibliothèque, la baisse des inscriptions des 15-19 ans est compensée par la progression des 55 ans et plus et le vieillissement de la fréquentation.
"Les jeunes d'aujourd'hui lisent moins que leurs aînés au même âge tandis que les baby boomers manifestent un intérêt pour les livres supérieur à celui de générations nées avant guerre" (p153)

Jean d'Ormesson, le favori des aînés
Les femmes lisent en moyenne 17 livres par an par opposition aux hommes qui n'en lisent que 14. Elles sont en particulier adeptes de la fiction.
"Les lectrices sont presque trois fois plus nombreuses que leurs homologues masculins à en faire leur genre préféré quel que soit leur âge ou leur milieu social" (p157)
La lecture des livres d'histoire augmente régulièrement avec l'âge et culmine au dessus de 65 ans. Cette lecture touche 8 % des 35-44 ans et 24 % des 65+
La bande dessinée est citée par les jeunes comme leur préféré pour la moitié des lycéens garçons. Et, avec la manga, son taux de pénétration progresse.
"Un quart des lecteurs de 45-54 ans en lisent, même si seulement 4% d'entre eux en font leur genre de lecture préférée" (p158). De forts clivages d'âges marquent la lecture : Amélie Nothomb triomphe chez les femmes de moins de 30 ans, tandis que 25% des plus de 65 ont lu au moins un des ouvrages de Jean d'Ormesson.
Stephen King a été lu par le tiers des 25-45 ans alors que c'est seulement le cas d'un quart des 15-19 ans. Un tome, au moins d' Harry Potter, a été lu par 22% des femmes et 14% des 35-44 ans. Zep et Goscinny sont des portes d'entrée dans la lecture car certains lecteurs n'ont pas eu d'autres contacts avec la lecture qu'à travers leur œuvre.

Le jazz culmine chez les 55-64 ans
La fréquentation des équipements culturels est marquée par l'élargissement de celle des cinémas aux seniors. Ceux-ci sont en passe de devenir un fort vecteur du fonctionnement des équipements culturels. En effet, "si les 55 ans et plus représentent désormais 23% des personnes ayant une fréquentation régulière ou habituelle contre 15% onze ans plus tôt, c'est en raison de leur poids croissant dans la société française mais aussi d'une atténuation des effets du vieillissement sur les sorties à l'âge de la retraite" (pp167-168).
La fréquentation varie selon les âges et les configurations géographiques. Le jeune urbain solitaire est un bon gibier de spectacle contrairement au vieux rural isolé qui peut toutefois être rattrapé par l'un des nombreux festivals dont la création est très décentralisée. On a observé au cours de l'enquête que la fréquentation des spectacles de rue était nettement à la hausse par rapport à 1997.
En revanche, la fréquentation des concerts de musique classique diminue de façon spectaculaire chez les 35-44 ans, passant de 38 à 24 %. Elle se tasse chez les 55-64 ans (33 contre 31 %) mais elle augmente chez les 65+. Chez eux, elle passe même de 28 à 34%. Le jazz culmine chez les 55/64 ans avec un passage de 15 à 25 % en douze ans et augmente d'un point chez les 65 +. Le rock culmine chez les 35- 44 ans, passant de 38 à 44 %% mais il progresse chez les 45-54 ans avec un passage de 23 à 35 % , de 19 à 20 % chez les 55-64 ans. Son attrait double passant de 3 à 6 % pour les plus de 65 ans. La fréquentation des théâtres s'est développée chez les 55+ dont la propension croissante à sortir le soir a été soulignée.

L'écriture passe du papier à l'écran
Les pratiques en amateur sont marquées par l'électronique et le numérique, moins pour la musique ou le dessin que pour la photo ou l'écriture. Exception faite des journaux intimes de femmes âgées, un basculement massif de l'écriture s'est fait en direction de l'écran. On est même passé de 13 à 26% si l'on inclut les blogs. Les plus de 65 ans ne se sont pas tous mis au numérique en matière de photo. Mais, globalement, la contamination technologique s'opère plus vite et de façon plus massive qu'attendue car les vieux d'aujourd'hui sont des anciens jeunes gardant leurs comportements de jeunesse à la différence de leurs aînés.

Une typologie générationnelle contrastée
"La génération, née avant la seconde guerre mondiale, a grandi dans un monde ou rien ne venait contester la suprématie de l'imprimé, a découvert la télévision à un âge déjà avancé et est resté assez largement à l'écart du boom musical et a fortiori de la culture numérique. La génération des baby boomers a été la première à profiter pleinement de l'ouverture scolaire et du développement des industries culturelles et conserve aujourd'hui encore certaines traces de l'émergence au cours des années 1960 d'une culture juvénile centrée sur la musique" (p208)
Le déterminant générationnel doit être croisé avec les données du milieu socio-culturel pour mieux cerner les typologies.
Les boomers de 45 -64 ans sont soumis à télévision, qui est leur média hégémonique, lorsqu'ils appartiennent à des milieux défavorisés tant en termes de fortune que d'éducation.
L'imprimé est central pour les femmes boomeuses en milieu socio-culturel moyen. Les hommes s'y sont approprié la culture de l'écran.
Enfin le segment le plus favorisé pratique le cumul des modes d'accès à la culture.
Le décrochage marque davantage les générations des 65+. Pour elles, la télévision est le média majeur des catégories défavorisées alors que l'imprimé demeure l'élément central pour les autres segments.
Ceci dit, mieux vaudrait accélérer le rythme des enquêtes sur les pratiques socio-culturelles, car les boomers auront encore fait complètement bouger le spectre de la retraite et du retraité dans moins de cinq ans.
www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr

 

Jean-Yves Ruaux

Back Retour

Haut de page  Retour en haut de page


Newsletter Envoyer cet article
Votre nom* :
Votre adresse e-mail* :
Adresse e-mail du destinataire* :
Votre message :
* = champs obligatoires