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France
Evelyne Deret / Béatrice Planchais
Les conditions d'une implication raisonnée dans le bénévolat
Mis en ligne le 29/10/2007
Savoir à quel moment quitter son activité, s'y préparer, participer à des groupes de travail... facilite à la fois le bon "calage" d'une retraite et enrichit la connaissance que les responsables de ressources humaines ont du personnel et de ses attentes, notamment en fin de carrière. C'est sur cette base que peut s'inscrire une pratique raisonnée du bénévolat.
Enseignante à l'université Paris-Dauphine, oeuvrant au sein du département d'éducation permanente, Evelyne Deret évoque la construction des modules de préparation à la retraite au sein de son université. Celle-ci, lors de sa création en 1969 eût à organiser des systèmes de crèche et, 40 ans plus tard, doit aider ses maîtres de conférence ou professeurs arrivant à 65 ans à trouver une voie pour se détacher progressivement de l'enseignement. "Beaucoup d'enseignants âgés ne savent pas comment partir car on est avec eux dans un domaine qui ne mobilise pas seulement le travail mais leurs valeurs." De manière empirique au départ, des modules de préparation à la retraite ont été conçus d'abord en dissociant l'information pratique relative à la liquidation de la pension de l'analyse des perspectives que la retraite ouvrait. L'itinéraire a été élaboré sur trois niveaux : - La prise de parole;
- Le partage. Un psychanalyste accompagne le deuil du travail puis le groupe s'engage sur des projets associatifs;
- La mise en lien avec l'intergénérationnel.
Les rencontres s'inscrivent dans une période de plus de six mois, facilitant l'appropriation personnelle des contenus et problématiques développés. Les sessions ne sont pas réservées au seul personnel de l'université de Paris-Dauphine. Afin de favoriser le brassage d'expériences, elles sont également étendues aux salariés des autres universités. La durée de la démarche produit un phénomène d'appartenance au groupe qui en stimule la dynamique. En effet, les participants ne sont pas exclusivement des consommateurs, même s'il n'y a pas cooptation des groupes. Au cœur du questionnement développé figure la trilogie sens-utilité-plaisir, au cœur du questionnement aussi, les jeux de la temporalité. Celle-ci varie selon les individus, avec leur capacité à s'approprier les contenus proposés. Surmonter l'amertume du salarié Béatrice Planchais, responsable du service social, évoque le contexte post-fusion du Crédit foncier. Il amène à faire partir plus de 300 personnes en raison de doublons de postes. Les gens s'engagent à partir dans les deux ans. Le laps de temps donné permet une préparation positive de la retraite. Le constat initial est celui de l'amertume, de la rancœur, du sentiment d'un manque de respect à l'égard de l'implication du salarié. Cette amertume est partagée par plusieurs échelons de la hiérarchie et de la pyramide des âges. Un groupe de travail s'est constitué avec des jeunes de trente ans qui ne voulaient pas songer à une retraite se réduisant à une consultation de notaire. On a donc abordé toutes les questions qu'ouvrait une nouvelle période de la vie : le bénévolat et le "ne rien faire". La direction du groupe s'est ensuite approprié le projet. Des invitations ont été lancées au personnel concerné. Ces invitations ont aussi associé leurs conjoints. En parallèle, des entretiens individuels ont eu lieu dans de petites salles avec plus de 15% des participants. Cette initiative a cristallisé les inquiétudes, les demandes, car les salariés avaient rarement anticipé. Ils ont donc manifesté qu'ils souhaitaient être accompagnés afin de pouvoir s'organiser. Et, alors que les sessions pratiques de préparation à la retraite étaient des sessions du deuil de l'entreprise, ici, il était question de trouver du temps pour soi et pour se rendre socialement utile. Il a alors été envisagé d'introduire dans l'entreprise une démarche d'engagement bénévole, de jouer sur les droits individuels à la formation qui donneraient une compétence au salarié ou au futur retraité dans ce sens. Au total faire entrer discrètement le bénévolat dans la boîte. L'entreprise y a regagné en image. Les ressources humaines y ont acquis un outil pour mieux appréhender les évolutions et ruptures de carrière. La Caisse de retraite en a tiré la conviction qu'elle devait repenser qualitativement ses propositions en direction de ses ayant-droits. Daniel Croquette, ex-délégué général de l'Association nationale des chefs de personnel (ANDCP), fait observer que la meilleure préparation à la retraite réside dans une carrière marquée par les changements de postes et de missions. Ces changements ont permis de se construire sur la rupture et la capacité à les aborder plutôt que sur le longitudinal, la monotonie qui handicape. Les carrières uniformes font du vieux salarié ou du retraité un handicapé social. Michel Gourdel fait observer que quelques entreprises pratiquent la mise de salariés à disposition du secteur associatif pour des missions. Les imputations de ces journées sont prises pour moitié sur les RTT du salarié concerné, pour moitié sur un abondement que l'entreprise offre à l'association.
Jean-Yves Ruaux
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