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Les régimes et la veuve

Mis en ligne le 27/01/2010

Quels sont les points communs entre Danièle Mitterrand, veuve de l'ancien président de la République et le régime français des retraites : leur émergence dans l'actualité, le livre-bilan de Mme Mitterrand (Mot à mot, Le Cherche-Midi), l'abondante littérature-bilan sur les retraites, l'inscription du cours de l' existence de l'ex-première dame et de la saga des pensions dans l'histoire contemporaine, les sinuosités d'une vie et la complexité alambiquée des lois sur les pensions.
Il faut, aujourd'hui encore, plusieurs dizaines de pages aux rédacteurs de "Retraites : annuités, points ou comptes notionnels", que le Conseil d'orientation des retraites discutait mercredi 27, afin d'expliquer les divers régimes français. Ce texte montre que "la multiplicité des régimes de base et complémentaires demeure une source de complexité, en particulier pour les assurés ayant relevé de plusieurs régimes au cours de leur carrière professionnelle."
On compte même une vingtaine de régimes de base, dont des régimes spéciaux, que la réforme de 2008 a laissé subsister avec "un certain nombre de spécificités et de règles propres".
On imagine mal les ci-devant réformateurs des retraites Balladur, Fillon et Raffarin en brocanteurs, mais on découvre au fil des pages, une véritable capharnaüm de règlements et de législations. La baroque illustration ethnologique de la contradiction entre l'aspiration française à l'égalité jacobine et la réalité d'un culte persistant des particularismes ou des corporatismes. Analyser les régimes de retraite français renvoie plus au tribalisme qu'à l'équitable logique actuarielle qui devrait prévaloir.
La complexité de ce maquis aura été l'un des meilleurs obstacles aux volontés affichées ou réelles des gouvernants et des syndicats de réformer. Maquis des retraites, maquis de l'esprit français moins systémique qu'analytique. Esprit empilant les lois et réformes qui se chevauchent. Esprit faisant de chaque statut une exception au lieu de trouver une règle commune.
Lettré, grand connaisseur de l'histoire et des méandres de la Constitution, François Mitterrand aura su jouer de cet appétit national pour l' opacité afin de développer son pouvoir et s'y maintenir, indéchiffrable.
Depuis son décès, sa veuve s'est séparée de ses meubles, de ses chapeaux, de ses objets personnels et de ses écharpes pour tendre au dépouillement
. Lorsqu'elle évoque son inhumation, c'est pour confier (Paris Match, 21-27/01/2010, "Danielle Mitterrand, rendez-vous rue de Bièvre") : "Je veux une caisse en bois blanc, une robe de coton blanc, un linceul en lin, un point c'est tout". Le régime de la veuve est une ascèse favorisant simplicité et légèreté, affranchissement des contraintes. Au sémiologue, elle offre désormais le visage d'une personnalité lisible, parce que dégagée de tout l'enchevêtrement où elle s'était mue, une visibilité nette, la lisibilité incarnée.
Quel point commun entre le parcours de Danielle Mitterrand et les régimes de retraite - sinon une laborieuse recherche d'analogies et le fait qu'elle doit être affiliée à un ou plusieurs d'entre eux. Quelle leçon, alors ? Juste cette suggestion de clarté, de lisibilité qui aiderait les Français à mieux comprendre le rapport entre leurs cotisations et leurs pensions.
Le recours aux retraites par points ou à compte notionnels prenant en compte l'espérance de vie n'en diminuera pas le coût. Mais, même si une présentation plus arithmétique des retraites n'améliorait que la visibilité des mécanismes de la répartition, ce ne serait déjà pas si mal.
Et Danielle Mitterrand, dans tout cela ?
Avec sa belle longévité et son ardeur militante intacte, elle est l'expression de l'amélioration de l'espérance de vie. Celle-ci a gagné quatre-vingt trimestres depuis que la retraite à la française a été conçue le 19 octobre 1945. Danielle Gouze-Mitterrand avait vingt ans. Elle en a 85 !

Jean-Yves Ruaux

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