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Particularités
Mis en ligne le 02/02/2010
A chacun sa focale. Le public a les soldes de janvier, les politiques, les élections de mars. Donc, que Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, requière une loi et des sanctions aggravées contre les agresseurs de personnes âgées est un article de saison (AFP, 30/01/2010). Avec la perspective des régionales, on rase gratis et on rassure à tous les rayons. Que M. Hortefeux ait proposé que des réservistes, c'est à dire des non-professionnels, non assermentés, patrouillent aux abords des maisons des seniors (et les autres alors ?) risque de le rendre très populaire car en chaque citoyen sommeille un justicier soucieux de voir le voisin couper sa haie qu'il juge trop haute, de son point de vue, et prêt à prendre les armes pour faire respecter ce qu'il pense être son bon droit. Que Michèle Alliot-Marie, Garde des sceaux, ait voulu tempérer les promesses de son collègue en rappelant que rendre la justice relevait de ses prérogatives est une manière de marquer son territoire (menacé ?). C'est aussi une façon de lutter contre l'inflation juridique car elle conduirait à inventer en permanence de nouveaux textes de lois pour chaque catégorie d'électeurs alors que le droit français est déjà très riche. Les tribunaux n'ont pas attendu les déclarations du ministre pour sévir comme le rappelle la presse régionale : "Elle emprunte 28 000 euros à sa voisine de 84 ans... Elle est condamnée à de la prison ferme" (Ouest France, 28/01/2010). Mais, loi ou pas, les décisions continueront à varier jusqu'à en être contradictoires du fait des jurisprudences qui varient entre les différentes cours d'appel. "Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà" affirmait le Pascal qui était un optimiste naturel. C'était surtout un philosophe universel au pays des particularités où les crimes commis lèsent une variété infinie de victimes qui pourraient revendiquer une attention ministérielle particulière en raison de leur vulnérabilité spécifique : nouveaux-nés, enfants, jeunes filles, aveugles, handicapés, sourds, tétraplégiques... Tous pourraient relever d'un traitement particulier en raison de leur handicap ou de l'horreur des forfaits perpétrés. A ce titre, être une personne âgée est une des particularités visées par des malfaiteurs spécifiquement lâches, comme le sont les pédophiles, les violeurs, les agresseurs d'aveugles ou les escrocs se rendant coupables d'un "abus de faiblesse" ou d'un "abus de confiance". Mieux vaudrait donc considérer que chaque individu possède une particularité qui l'autorise à bénéficier d'une police et d'une justice équitable et bienveillante. Voici une suggestion qui simplifierait tout : si l'on faisait de la particularité de chacun une norme qui convienne à tous, on aurait des chances de satisfaire la plus grande partie de nos concitoyens, sans avoir à légiférer à chaque fois qu'un fait divers atroce, mais électoralement payant, fait la Une de la presse populaire. Pour les Japonais, le peuple le plus vieux de la planète, la particularité de chacun est déjà la norme pour tous en matière d'accessibilité aux services, transports et commerces. La voie est ouverte. Et la France, qui a fait bien des progrès dans les métropoles provinciales, (moins à Paris) pourrait par exemple s'attaquer au dossier le plus brûlant du moment avec un million de chômeurs en fin de droits : rendre le travail accessible et accueillant à tous quel que soit sa situation, quel que soit sa génération. Voici encore un beau sujet pour les joutes électorales.
Jean-Yves Ruaux
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