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France
Pierre Khalfa (Sud, Attac...) au service des assureurs ?
Mis en ligne le 02/03/2010
La revendication, que Pierre Khalfa pose, d'une retraite à 60 ans pour tous calculée sur la base de 37,5 ans de cotisations et des six derniers mois de salaire, est suffisamment irréaliste pour ne pas s'interroger sur les objectifs réels de sa communication télévisuelle (France 2, France 3). A la veille des régionales, ses propos peuvent éloigner les désespérés de la crise de la gauche gestionnaire et lui faire perdre des suffrages décisifs au profit de son adversaire de droite. Ses propos, fondés sur des raisonnements lacunaires, peuvent aussi favoriser l'angoisse et susciter par contrecoup la vente de produits assuranciels. Ambiguïtés d'une stratégie.
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Sommaire de l'article
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Le retour à 37,5 ans de cotisations et une pension calculée sur les six derniers mois. Le syndicat Sud a-t-il pour objectif d'attiser la guerre des générations ? On pourrait le supposer à la vision du spot TV que l'émission Expression Directe - une tribune libre offerte sur les télévisions publiques aux partis et syndicats - a diffusé les 23, 26 et 27 février. L'émission était constituée d'un monologue de Pierre Khalfa ( Sud, Le Monde diplomatique, Attac...). Celui-ci suggérait que ne pas virer les vieux c'était empêcher les jeunes d'accéder au marché du travail. Son monologue de deux minutes était séquencé par des cartons remémorant les principaux mots d'ordre et slogans énoncés. Le message de Pierre Khalfa est simple. Il prône la retraite à 60 ans pour tous, calculée sur les six derniers mois d'activité et sur 37,5 annuités de carrière. En effet, pour lui, même si on vit plus longtemps, l'espérance de vie en bonne santé sans incapacité majeure est limitée à 63 ou 64 ans, selon qu'on est un homme ou une femme. Vouloir allonger les carrières serait donc une dangereuse hérésie, selon ce point de vue. Ce serait aussi une action contre la solidarité intergénérationnelle. Conséquence " le travail à 60 ans, ça suffit". Et demain, on rase gratis ? Pour que chacun puisse ainsi bénéficier d'avantageuses conditions de retraite, il suffirait d'augmenter les cotisations sociales, et notamment la part patronale, tout en prélevant le complément nécessaire sur les dividendes des actionnaires qui ont "augmenté de manière exponentielle". Les boursiers et financiers, n'en doutons pas, souscriront tous à l'appel de M Khalfa et déplaceront leurs capitaux vers des zones plus profitables ! Mais qu'à cela ne tienne, le locuteur appelle en fin de message à se "mobiliser afin de pouvoir imposer la société que nous voulons". Mais, s'il ne précise pas à quel type de société il fait référence, on peut penser qu'elle ne sera pas forcément d'essence capitaliste libérale ou sociale démocrate ! Le message de M Khalifa n'échappe guère au "on rase gratis" des poujadistes d'autrefois en suggérant d'aller prendre l'argent manquant dans la poche de l'autre. Le discours est donc madré. Le jeu des sept erreurs 1. M. Khalfa évoque une espérance de vie sans incapacité limitée à 63 ou 64 ans selon les sexes. En réalité, l'espérance de vie "sans handicap ou gêne dans la vie quotidienne" était déjà à 65 ans de 13,5 années pour les hommes et de 16,1 pour les femmes selon l'enquête 2002/2003 de la DREES (direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques du ministère des affaires sociales). Première inexactitude. On peut continuer ainsi à jouer au jeu des sept erreurs en analysant le propos de M. Khalifa. 2. Il est impossible d'affirmer que la mise à la retraite des seniors favoriserait l'entrée des jeunes sur le marché du travail. Le contraire a été très souvent vérifié depuis les premières grandes vagues de mesure d'âge dans les charbonnages et la sidérurgie pendant les années 70-80 qui n'ont fait qu'accompagner la croissance du chômage sans créer de nouvelles ouvertures d'emplois. 3. Il est discriminant d'affirmer que garder les aînés au travail relève d'une action contre la solidarité intergénérationnelle. Au contraire puisque le travail est le lieu par excellence d'échanges d'expérience entre les générations et même un garant de la continuité sociale. 4. Il est impossible de maintenir l'équilibre précaire des régimes de retraite sans le concours de toutes les générations à l'œuvre. 5. Il est spécieux d'assurer que la hausse des cotisations patronales est le remède pour le maintien des pensions puisque le financement des retraites publiques et des régimes spéciaux résulte déjà pour plus de la moitié d' un impôt prélevé notamment sur les salariés du privé. Ce dont M Khalfa ne parle pas. 6. Il est curieux d'assurer qu'un prélèvement sur les dividendes de l'économie suffirait à combler le trou des retraites puisque ces dividendes sont aléatoires, dépendent de l'activité, alors que le "trou" des retraites ira croissant avec la démographie et l'activité économique en déclinant. 7. Il est démagogique de promettre la retraite pour tous à 60 ans calculée sur les six derniers mois de salaires avec une carrière de 37,5 ans. Après le privé qui est passé progressivement à 40 ans de carrière et une pension calculée sur les vingt-cinq meilleures années de salaires depuis 1993, la retraite après 37,5 ans de carrière n'est déjà plus accessible aux fonctionnaires. L'allié clandestin de Nicolas Sarkozy et des assureurs ? Revenir aux 37,5 années de cotisations pour tous en dépit de la marée du papy boom, serait la meilleure manière d'accélérer la faillite des régimes de retraite, voire de précipiter le pays dans le chaos de la guerre des générations. A se demander si tel n'est pas l'objectif caché de Pierre Khalfa : provoquer le grand soir auquel léninistes et trotskystes n'ont jamais renoncé ! A moins que son but ne soit simplement de favoriser la position de l'UMP en cristallisant la contestation sur des bases qui la neutralisent dans le jeu politique ? On peut songer à un retour du "déjà vu" dans la stratégie. Le PS et Mitterrand se sont servis du Front national pour grignoter et affaiblir les positions de la droite classique dans les années 80. De la même façon, on peut être tenté de penser que Sud et le Nouveau parti anticapitaliste - qui ont une incidence sur les élections sans être à même d'accéder au pouvoir - ne soient des instruments pour enlever à la gauche gestionnaire les suffrages de ses franges d'extrême gauche et de lui faire perdre des sièges. En fait, Pierre Khalfa, en cristallisant les revendications des déçus de la gauche et des victimes de la crise sur un Eden social perdu, escamote leur vote. Maos et trotskystes, depuis Jospin et quelques uns de ses prédécesseurs infiltrés dans les "partis bourgeois", ont toujours joué coup double. Mais ici la donne est simple. Et comme dirait Agatha Christie, "cherchez à qui le crime profite et vous trouverez qui travaille pour qui". Denis Kessler, ex gauchiste devenu patron de la FFFSA et vice-président du Medef, montre que Khalfa ne serait pas le premier à travailler pour les assureurs. L'irréalisme de ses promesses de lendemains qui chantent peut en effet susciter l'angoisse et favoriser la vente de produits assuranciels destinés à sécuriser les retraites. Pas mal, non ? Informations: http://www.solidaires.org/article29456.html http://www.sante.gouv.fr/drees/dossier-solsa/pdf/dossier200602.pdf
Jean-Yves Ruaux
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