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Quarante ans plus tard, l'esprit Mai 68 plane encore sur l'édition
Mis en ligne le 28/04/2008
Mai 68 n'a pas révolutionné l'édition. Pourtant, ce sont ses questionnements qui l'ont fait avancer quelques années plus tard. Portée par l'idéal de la culture et de l'information pour tous, elle a vu s'étoffer la production, se créer de nombreuses bibliothèques. Aujourd'hui, l'édition se penche vers la révolution du numérique. La Fondation pour l'innovation politique a cherché à apprécier l'héritage de Mai 68 dans ce secteur, avec l'aide de spécialistes comme Bernard de Fallois (directeur des Éditions de Fallois) et Michel Prigent (président du directoire des Presses Universitaires de France).
La Fondation pour l'innovation politique a entamé début mars son cycle de conférences autour du thème de "l'héritage de Mai 68". Quarante ans après les événements, il ne s'agit pas de procéder à une commémoration, mais de procéder à une "exploration méthodique de tous les secteurs de l'activité qui ont été touchés par les événements" grâce aux interventions de spécialistes et de chercheurs réunis autour du philosophe Dominique Lecourt, professeur à l'université Paris-VII-Diderot et membre du conseil de surveillance de la Fondation pour l'innovation politique. Ce mercredi 16 avril, Bernard de Fallois (directeur des Éditions de Fallois) et Michel Prigent (président du directoire des Presses Universitaires de France) étaient présents pour apporter leurs réflexions autour du thème de l'édition. Les années 1960-1970 : l'âge d'or de l'édition Mai 68 a-t-il révolutionné le monde de l'édition ? Difficile de donner une réponse précise, mais on pencherait plutôt vers la négative. "C'est un processus à saisir en amont des événements ; il faut remonter très loin dans l'histoire", explique Dominique Lacourt. Du début des années 1960 à la fin des années 1970, la production éditoriale est d'une très grande richesse, tant sur le plan des contenus politiques et sociologiques que sur le quantitatif. Selon Bernard de Fallois, Mai 68 ne constitue pas une date charnière dans ce processus mais représente davantage "l'apogée de son âge d'or". Tandis que le structuralisme remet en cause la critique littéraire traditionnelle, l'édition en sciences politiques et sociales bat son plein, l'édition de littérature générale aussi. Le 5 mai 1968, la foire du livre de poche à Nogent-sur-Marne a lieu pour la première fois. Un grand succès populaire avec près de 20 000 visiteurs et plus de 15 000 volumes vendus. Alors que le marché est particulièrement dynamique (tirage moyen en 1968 : 12 000 exemplaires, contre 8 000 exemplaires aujourd'hui) et intéresse de nombreux financiers, l'Allemand Bertelsmann crée France Loisirs en mars 1970. En cinq ans à peine, il dépassera le million d'adhérents. "Pas d'événements particulièrement novateurs" Le marché de l'édition ne semble pas avoir subi de bouleversements en 68, mais les revendications sociales et culturelles semblent avoir eu une influence sur le monde des livres. Régine Desforges, par exemple, crée une maison d'édition à la ligne éditoriale provocatrice. Avec ses ouvrages à tonalité érotique, elle relance la bataille contre la censure. L'Union des écrivains, qui voit le jour le 21 mai, se donne notamment pour objectif de révolutionner les relations entre éditeurs et auteurs. Elle sera notamment à l'origine de la loi relative à la Sécurité sociale des auteurs, entrée en vigueur le 1er janvier 1977. Un mois plus tard encore, après le "retour de l'ordre bourgeois", sort le premier numéro de Lutte ouvrière. Mais pour Michel Prigent, rien de très novateur. "Les seules conséquences directes que l'on peut imputer aux événements de Mai 68 sont les grèves qui ont affecté la distribution, condamnant alors les plus petites structures." L'esprit Mai 68 se matérialise encore aujourd'hui Si l'on jette un œil aux événements de Mai 68 sans prendre en compte la longue durée, on ne verra rien de très significatif au niveau de l'édition. Il faudra en effet attendre 1981 et la Loi Lang sur le prix unique du livre pour voir le gouvernement s'y intéresser. En 1988, François Mitterrand annoncera la création de la Bibliothèque nationale de France. Parallèlement, le taux de TVA sur le livre passera de 7% à 5,5%. Sont-ce là les conséquences d'une révolution ? À voir. Mais on peut penser qu'avec l'apparition de la norme SGML (langage normalisé de balisage généralisé) à la fin des années 1980 et l'ouverture des bibliothèques en ligne, gratuites et accessibles à tous les internautes, l'esprit Mai 68 se matérialise à travers de nouvelles formes de médias. Du livre de poche au libre accès Internet, le monde de l'édition s'est considérablement transformé et la culture s'est démocratisée pour que l'on puisse en "jouir sans entrave" de la lecture...aujourd'hui. Et ce n'est pas terminé ! Le prochain rendez-vous aura lieu le mardi 6 mai à 18h30 sur le thème de "Mai 68 et la famille" avec la présence de Yvonne Knibiehler et Évelyne Sullerot.
Patrick Idoux
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