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Sociologie : la "déprise", un indice pour observer la "sénioritude"

Mis en ligne le 10/06/2008

Senior est un mot flou pour désigner les aînés. Ceux-ci se caractérisent surtout par leur comportement et les atteintes du vieillissement. Il est marqué par la déprise, l'abandon progressif des activités.

Il est difficile de définir la réalité que le mot senior recouvre puisque, dans l'entreprise, il s'agit des plus de 45 ans, en marketing, des 50 ans et plus. L'Insee et la SNCF les saisissent à partir de 60 ans. Le mot entretient des rapports fluctuants avec la locution "personne âgée" qui lui est donnée comme antonyme. De même, on parle de "jeunes seniors" par opposition aux "vrais vieux". Le mot traduit une évolution sociale. Elle résulte de l'augmentation de l'espérance de vie et de la baisse de l'âge de cessation d'activité. Ceci fait qu'il n'y avait quasiment pas de seniors dans les années 50. La durée de la retraite a augmenté en moyenne de dix ans, pour moitié en raison de l'instauration d'une culture précoce de sortie du travail, pour moitié du fait de l'élévation de l'espérance de vie. Conséquence : la retraite n'est plus un horizon temporel fini, l'antichambre de la mort. Elle est devenue une nouvelle étape dans l'existence. Elle est attendue, valorisée comme un moment d'épanouissement de soi, permettant de faire ce qu'on a pas réussi à accomplir auparavant.

Société "rajeunissante" ou "vieillissante" ?
Les attitudes des retraités des années 2000 sont différentes de celles des années 70. Ils sont en meilleure santé, plus actifs. Dans certains domaines, ils ont perdu de leur singularité par rapport aux plus jeunes. Le taux des départs en vacances des 60-64 ans a dépassé, en 2004, le taux moyen de départ de la population. A se demander s'il ne faudrait pas parler de société "rajeunissante" plutôt que vieillissante.
Le vieillissement, lui, se caractérise par la déprise progressive d'activités. Par exemple, une personne cesse d'aller à la messe et la regarde sur l'écran du fait qu'elle se déplace avec davantage de difficultés. La déprise n'est ni homogène ni inéluctable mais elle intervient sous l'effet de déclencheurs qui provoquent un amoindrissement de la pulsion vitale. Ainsi, la disparition des proches, la maladie... Elles amènent une baisse de motivation dans l'engagement social. Mais des personnes très âgées peuvent échapper à cette déprise, comme le cinéaste portugais Oliveira, bientôt centenaire.
Les plus âgés peuvent exprimer un sentiment d'étrangeté au monde qui les entoure et à ses évolutions. Face aux innovations technologiques, les personnes peuvent lutter afin de se maintenir dans la course ou prendre acte de leur éloignement. Les nouvelles technologies peuvent constituer un élément évitant la déprise puisqu'elles permettent de rester relié au monde.

Jean-Yves Ruaux

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