France
Une rallonge de 18 milliards d'euros sera nécessaire dès 2020 pour financer les retraites
Mis en ligne le 03/04/2006
Dominique de Villepin recevait jeudi 30 mars dernier un rapport sur les projections et les perspectives du système de retraite à l'horizon 2050 des mains de la présidente du Conseil d'Orientation des retraites Yannick Moreau (Ben
La présidente du Conseil d'orientation des retraites‚ Yannick Moreau‚ a rendu jeudi 30 mars au Premier ministre‚ Dominique de Villepin‚ un rapport sur les projections et les perspectives du système de retraite à l'horizon 2050. En 2003‚ les dépenses de retraite représentent 200 millions d'euros‚ soit 12‚8% du PIB. En 2020‚ elles pourraient atteindre 310 millions d'euros et même 570 millions en 2050. Pour maintenir les régimes à l'équilibre‚ les cotisations des actifs ne seront plus suffisantes. La réforme Fillon ne limite qu'en partie les dépenses du système liées au vieillissement. Ce rapport adopté par l'ensemble des membres du COR constituera un élément d'analyse important lors du débat qui aura lieu en 2008‚ à l'occasion du rendez-vous prévu pour ajuster la loi.
Cinq ans après son premier rapport sur les projections et les perspectives du système de retraite‚ le Conseil d'orientation s'est plié une nouvelle fois à l'exercice. Jeudi 30 mars‚ Yannick Moreau‚ présidente du Cor s'est rendue à Matignon pour remettre sa copie au Premier ministre Dominique de Villepin. Sans surprise‚ le document (adopté par l'ensemble des membres du COR) relève que les régimes de retraite nécessiteront des financements supplémentaires à l'horizon 2020. Et ce‚ malgré la réforme des retraites de 2003. Un tel exercice de prospective permet d'observer le chemin parcouru depuis la dernière refonte de 2003‚ mais aussi celui qui reste encore à parcourir. Et la tâche risque de s'avérer utile face à l'échéance 2008 : les partenaires sociaux devront alors se retrouver pour tirer un bilan de la réforme Fillon et procéder aux ajustements nécessaires.
112 milliards d'euros de besoins de financement en 2050 En 2003‚ point de départ de la projection‚ les dépenses de retraite représentent 200 millions d'euros‚ soit 12‚8% du PIB. En 2020‚ elles pourraient atteindre 310 millions d'euros (13‚7% du PIB) et 570 en 2050 (16% du PIB). A législation inchangée depuis la réforme Fillon‚ un besoin supplémentaire de financement (autre que les cotisations) "apparaît dès les premières années de la projection"‚ poursuit le Cor. "Celui-ci s'élèverait à 18 milliards d'euros (…) en 2020 et 112 milliards d'euros (…) en 2050"‚ soit respectivement 0‚8% et 3‚1% du PIB. Pour établir ces projections‚ le Conseil s'est penché sur un scénario "de base"‚ calé notamment sur l'hypothèse pour le moins "volontariste" d'un retour au plein emploi d'ici 2015. Ce scénario retient une baisse du chômage à 4‚5% à partir de 2015 (contre 9‚6% à la fin du mois de février 2006). Dans cette même hypothèse‚ la population active continuerait de croître jusqu'en 2015 alors que la population en âge de travailler (20-64 ans) cesserait d'augmenter dès 2010. Ce scénario suppose cependant que la réforme des retraites ait porté ses fruits et que les actifs repoussent le moment de leur cessation d'activité. Ceci gonflerait annuellement les rangs des actifs de quelques 300 000 personnes à partir de 2015 et de 400 000 personnes dès 2025.
2050 : 91 retraités pour 100 cotisants Quel résultat ? Grâce à la baisse – supposée – du chômage‚ le nombre de cotisants connaîtra une forte progression jusqu'en 2015. A partir de 2015 et jusqu'en 2050‚ le nombre de cotisants diminuera au rythme de la population active. En 2050‚ les cotisants seraient ainsi moins nombreux qu'en 2003 (24‚2 millions). Papy-boom oblige‚ le nombre de retraités augmentera rapidement en parallèle jusqu'en 2050‚ passant de 12‚9 millions en 2003 à 21‚8 millions en 2050. L'arrivée des cohortes des générations du baby-boom provoquerait notamment une hausse du nombre de retraités "particulièrement rapide" jusqu'au milieu des années 2030. Alors qu'en 2003 on compte 53 retraités pour 100 actifs‚ ce ratio passera en 2050 à 91 pour 100. En parallèle‚ la pension moyenne augmenterait‚ comme les prix‚ de 1‚1% par an entre 2003 et 2050. Il apparaît dès lors difficile‚ pour financer ces pensions‚ de compter sur les seules cotisations versées par les actifs. La masse des cotisations augmentera vivement d'ici 2015‚ suivant l'évolution de l'emploi et des salaires. Mais la masse des pensions devrait progresser "plus rapidement" que celle des cotisations‚ avec l'augmentation du nombre de retraités. "La masse des pensions passerait ainsi de 200 milliards d'euros en 2003 à 309 milliards en 2020 et 572 milliards en 2050"‚ note le rapport.
La loi Fillon permettrait de financer la moitié du déficit en 2020 Concrètement‚ la loi de 2003 aurait pour effet de "retarder de cinq ans le début du repli de la population active"‚ qui‚ sans réforme serait survenue dès 2010. La population active augmenterait de 0‚15% par an de 2003 à 2015 et se réduirait annuellement de 0‚25% de 2015 à 2050. En 2003‚ la France compte 26‚8 millions d'actifs. Il y en aurait 500 000 de plus en 2015‚ soit 27‚3 millions de personnes. En 2050‚ le nombre d'actifs aura finalement chuté de 1‚7 million de personnes par rapport à 2003‚ ramenant leur nombre à 25‚1 millions de personnes. Selon les projections de la DREES‚ citées par le Cor‚ la part des dépenses de retraite dans le PIB "aurait été de 14‚5% en 2020 et de 17‚1% en 2050 en l'absence de réforme‚ ce qui correspond à un besoin de financement de 1‚7% en 2020 et 4‚3% en 2050. La réforme de 2003 conduirait ainsi à des économies de dépenses correspondant à 0‚9 point en 2020 et 1‚2 point en 2050. Elle permettrait ainsi de financer un peu plus de la moitié du déficit ex ante(cad : sans réforme) en 2020 et un peu plus du quart en 2050 avant mesures éventuelles de redéploiement des cotisations chômage et d'augmentation des ressources des régimes de la fonction publique."
L'emploi des seniors : question stratégique Cette projection recouvre deux hypothèses fortes concernant le marché du travail des seniors : d'une part "les préretraites et les dispenses de recherche d'emploi disparaîtraient presque complètement‚ ce qui se traduirait par une hausse de l'activité des personnes de 55 à 59 ans". D'autre part‚ "la réforme de 2003‚ dans la suite de la réforme de 1993‚ aurait pour effet de relever sensiblement le taux d'activité des personnes de 60 à 64 ans. Ces hypothèses‚ très volontaristes‚ reposent sur le pari d'un réel changement du fonctionnement du marché du travail des seniors"‚ note le rapport du Cor. Bref‚ sans un changement de comportement des salariés et des entreprises vis-à-vis des fins de carrière‚ les projections du Cor (et les objectifs de la réforme Fillon) pourraient en partie tomber à l'eau. "La question de l'emploi et‚ plus particulièrement‚ de l'emploi des seniors‚ demeure ainsi‚ comme le Conseil l'a souligné à de nombreuses reprises‚ une question stratégique pour l'avenir des régimes de retraite"‚ conclut le Cor‚ rappelant‚ s'il en était besoin‚ qu'une réforme des retraites ne saurait se dissocier d'une réforme du monde du travail. Sur ce point‚ il faudra attendre la présentation du Plan national en faveur de l'emploi des seniors‚ qui devrait intervenir durant le mois d'avril.
Benoît Méli
[1] Les projections ne simulent pas les cycles économiques.
Abattement,
capitalisation, Préfon, répartition, taux de remplacement... ne
sont pas encore devenus des noms communs, mais des termes-clés,
pas toujours explicités, du débat sur la réforme des retraites
qui va animer la France et sa vie politique durant les six prochains
mois. En 70 mots, le lexique Seniorscopie des notions et des enjeux.