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Intergénération
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"Le dialogue des âges, histoires de bien-vieillir" de Pierre Guillet
Vieillir, c'est ne pas cesser de vivre

Mis en ligne le 12/11/2007

Dialogue entre les âges de notre vie, dialogue entre les générations... Le vieux n'est pas un malheureux "objet de soin". Le vieux, c'est moi, c'est toi, c'est lui, à une étape donnée de la vie. L'enfant est trop vieux pour jouer à ce jeu, l'adulte est trop vieux pour faire des "trucs de jeunes", le vieillard est trop vieux pour courir partout. Mais cela veut-il dire que l'on ne vaut rien ? N'a-t-on pas d'autres capacités, d'autres ressources qui font que l'on existe ? Le médecin généraliste et gérontologue, Pierre Guillet, dans "Le dialogue des âges, histoires de bien-vieillir" (Gallimard), choisit de parler, avec la voix de personnes âgées, gérontologues, aides-soignants, de notre vieillissement pour éclairer cette idée : être vieux, c'est ne pas cesser de vivre...

Pierre Guillet, médecin généraliste et gérontologue, est un des pionniers de la réflexion dans le domaine de la gériatrie et de la gérontologie. Il a été pendant vingt ans médecin-chef de l'Association de gérontologie du XIIIe arrondissement, à Paris.
Son dernier ouvrage, "Le dialogue des âges" (Gallimard, collection Sur le champ dirigée par Catherine Dolto), qui fourmille d'histoires, de témoignages, de conseils, propose une nouvelle vision du vieillissement, un "apprentissage de l'âge vécu de l'intérieur".
Ce n'est pas un de ces ouvrages qui envisagent la vieillesse comme étant un état après la vraie vie, pas un de ceux qui voient la vieillesse comme étant un état qui touche les autres, pas un de ceux qui pensent que les personnes âgées sont nécessairement malades, pas un de ceux qui croient que l'on vieillit forcément mal.
Pierre Guillet s'interroge sur le déroulement de la vie, sur les conditions de vie des personnes, y compris celles des personnes âgées. Les progrès médicaux permettent aujourd'hui de guérir beaucoup et l'espérance de vie en bonne santé croît sans cesse. Alors pourquoi considère-t-on encore que "personne âgée égale personne malade" ? Pourquoi ne pas voir plutôt la "personne" dans "personne âgée" ? Il est facile de perdre de vue cette idée d'humanité de la personne, surtout si l'on parle du vieillissement des autres. Alors Pierre Guillet, persuadé que l'on peut bien vieillir si on y croit et si on le voit dans le regard des autres et des médecins, parle de notre propre vieillissement.

"Voir la vie comme un livre dans lequel il y a chaque jour une histoire à écrire"
Pierre Guillet pense que l'individu traverse sept âges au cours de sa vie : de la conception à la naissance, la petite enfance, l'adolescence, le début de l'autonomie sociale, un âge à construire grâce à la longévité, la maturité, la fin de vie. "Bien vieillir, c'est s'adapter aux changements et cultiver ce que l'on devient à mesure que l'on change."
Dès notre naissance, on ne cesse de vieillir. Etre vieux à cause d'un cheveu blanc a-t-il alors un sens ? L'enfant veut être plus vieux, l'adulte plus jeune... Et quand est-on heureux ?
Pierre Guillet va plus loin, rappelant qu'on ne peut pas aujourd'hui se contenter d'évoquer trois étapes de la vie qui seraient apprentissage, travail et retraite. "Tout au long de la vie, nous devons alterner et mêler les grandes fonctions que sont l'apprentissage, le travail, le loisir et la vie relationnelle, sociale et affective. Chacune évolue au gré des âges."
Changements du corps (dès la naissance), vieillissement des organes mais aussi image de la vieillesse, impact de la médecine, perception de la vieillesse sont aussi des questions abordées par le médecin.
"Bien vieillir suppose de savoir s'adapter aux changements de son corps et de ses capacités, d'apprendre à faire des deuils, de préserver des liens avec les autres, d'être créatif et d'utiliser sa mémoire, d'entretenir sa santé. (...) Cela dépend aussi de la société, qui ne semble plus savoir quoi faire de ses vieux, qui parle d'eux mais ne leur parle plus et maintient l'idée qui, pour être répandue, n'en est pas moins absurde : la jeunesse, c'est la bonne santé, et la vieillesse, une maladie."
Pourtant, on peut apprendre à chaque moment de sa vie, même si le corps change, se transforme. N'apprend-on pas lorsque l'on est un enfant ? Notre corps ne change-t-il pas ? Pourquoi serait-ce différent avec l'âge ? Notre personnalité arrêterait-elle de se construire à partir d'un certain âge ?

Eviter un mauvais vieillissement
Mort sociale ? Loisirs ? Utilité sociale ? Comment vivre sa retraite ? Pierre Guillet entre dans le vif du sujet. Il ne s'agit pas pour lui d'évoquer le vieillissement de loin... Mais plutôt d'aborder des questions réelles... "Comment continuer à vivre avec son temps ? Accepter le nouveau personnage que l'on est devenu ? Continuer à séduire et rester en forme ?"
La gérontologie est la science qui a pour fonction de préparer l'avenir "en s'appuyant sur l'histoire du passé et les réalités du jour". Suivi médical, aménagement de l'habitat, stimulations intellectuelles, exercices mémoire, activité physique, bonne alimentation, etc., doivent permettre d'éviter des souffrances qui peuvent l'être. La prévention, à tout âge de la vie, devrait exister : n'y a-t-il pas de suivi médical auprès des bébés ? Non pas que la personne âgée est un bébé mais parce qu'à tout âge, on devrait penser à ce qui est bon et ce qui est mauvais pour soi.
"Nombreux sont les couples de retraités qui n'ont aucune préparation à cette période de vie de plus en plus importante. Leur désarroi survient lors d'un accident de santé de l'un d'eux ou d'un parent. Ils découvrent alors brusquement qu'une bonne information aurait eu une valeur préventive, et aurait entraîné moins de douleur face à des situations de handicap, peut-être évitables."

"Vieillir, c'est vivre"
Mais Pierre Guillet avait promis : on ne parle pas seulement de problèmes dans ce livre parce que, comme dans la vie, il n'y a pas que des problèmes. On parle alors d'affection, de tendresse, de sexualité aussi : pourquoi cela s'arrêterait-il ? Levée des tabous : "Il semble y avoir un âge où l'on perd toute identité sexuée, où l'on n'est plus vu par les autres comme un homme ou une femme mais comme une personne âgée, sorte d'humain asexué. Pourtant, la sexualité est toujours présente dans la vie et son évolution est continue, comme les autres aspects de notre personne".
On parle aussi du rôle des aînés dans la société : transmission des savoirs, héritage affectif, échange et partage, intergénération, grand-parentalité... Sans oublier bien évidemment la fin de vie, le départ de la maison, la dépendance, la vie communautaire... Les interrogations qu'elle suscite : "faut-il médicaliser le social et socialiser le médical ?".
Personnes âgées, gérontologues, aides-soignants, médecins et psychologues témoignent tout au long de l'ouvrage pour apporter conseils et réponses pour bien vieillir. Ils interrogent aussi les conceptions et les réponses actuelles données au vieillissement. Catherine Dolto, qui dirige la collection Sur le champ, insiste : "Le vieillissement de la population, la modification de la pyramide des âges nous concernent tous. Chacun d'entre nous aura à y faire face, pour lui-même ou pour ses proches".

Nolwenn Neveu

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