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Intergénération
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Colloque Mornay
Vivre plus longtemps : le jeune est l'avenir du vieux

Mis en ligne le 19/11/2007

Le régime de retraite est né en France il y a 60 ans, et avec lui, le Groupe Mornay. L'espérance de vie en 1947 était alors de 61 ans pour les hommes et de 67 ans pour les femmes. Aujourd'hui, elle est respectivement de 77 et 84 ans. Pour son 60e anniversaire, Mornay organisait le 6 novembre dernier un colloque sur le thème "Vivre plus longtemps, quel impact sur nos sociétés ?". L'occasion de faire le point sur les défis, nouveaux et à venir, auxquels nous confronte cet allongement de la durée de la vie. N'oublions pas que la jeunesse tient la clé de l'avenir des vieux.

Comment réconcilier l'aspiration de la société au temps libre après la vie active avec l'allongement de la durée de vie ? Comment maîtriser dans ce contexte la dépense publique ? Comment répondre aux besoins des seniors en pleine activité et de ceux, plus âgés, touchés par la dépendance ? Comment réussir à motiver les salariés expérimentés dans l'entreprise tout en faisant leur place aux jeunes ? Comment maintenir notre système de protection sociale sans desservir le développement des performances de l'entreprise ? La société française n'a pas fini de se poser ces questions récurrentes et désormais incontournables auxquelles ont réfléchi les différents intervenants de ce colloque. Le point sur leurs opinions avec quelques pistes de solutions.

Prendre en compte la diversité de la population "senior"
Claude Vimont, économiste et démographe : "On analyse mal aujourd'hui les comportements des baby-boomers. On ne les considère que du point de vue de leur situation "à la retraite" ou "en activité". Or, il existera une infinité de modèles des 60-76 ans : ceux qui continueront de travailler parce qu'ils auront besoin d'argent ; ceux qui le souhaiteront quoi qu'il en soit ; ceux qui désireront travailler sous certaines conditions, à temps partiel, ou dans le domaine associatif ; ceux qui voudront rester chez eux pour s'occuper de leurs petits-enfants ou d'un parent âgé.

Pas tous égaux face au vieillissement
Robert Rochefort, directeur du Crédoc : "Autrefois on vivait tous un peu pareil, bon an mal an, les guerres, les épidémies, les métiers pénibles, créaient un certain alignement. Désormais, à l'inverse, la diversité des conditions de vie, des potentiels génétiques font aujourd'hui la différence. Un exemple : on verra des divorces de plus en plus tardifs, à 70 ans. Or un veuf septuagénaire isolé n'aura pas le même ressort face au vieillissement qu'un individu du même âge remarié avec une personne de 20 ans sa cadette."

Anticiper l'émergence de seniors pauvres
Bruno Palier, chargé de recherche du CNRS au Cevipof : "Les nouvelles inégalités sont à venir. Nous sommes déjà en train de les créer : pour s'assurer une retraite convenable, il faudra de plus en plus épargner, or les plus démunis n'en auront pas les moyens. Nous devrons faire face demain à une population de seniors pauvres."

Concevoir autrement le travail et l'organisation de son temps
Robert Rochefort, directeur du Crédoc : "Il faudra envisager plus sérieusement le temps partiel à partir d'un certain âge, la validation du temps associatif des bénévoles. Reconsidérer également le problème de la pénibilité au travail : pourquoi maintenir toute leur carrière les collaborateurs sur des postes pénibles au lieu de les faire "tourner" ? Il est aussi vraisemblable qu'un individu devra se préparer à changer de métier plusieurs fois dans sa vie professionnelle."

Evaluer autrement la productivité des salariés
Bruno Palier (CNRS/Cevipof) : "Une nouvelle approche de la productivité permettrait d'évaluer la productivité tout au long de la vie d'un salarié et non pas, comme c'est le cas en France aujourd'hui, au niveau horaire. La France se targue d'être un leader mondial en matière de productivité horaire, alors que l'important serait d'être bien meilleur sur la productivité par tête."

Changer les mentalités des RH
Gérard Bardier, responsable de la gestion des âges, groupe BPI : "En France, les responsables des ressources humaines pensent que les plus de 55 ans ne sont plus dans le coup : pour 58% ils savent prendre du recul, pour 1% ils sont mobiles. Plus un quinquagénaire insiste sur son expérience, plus on considère qu'il est tourné vers le passé ! Par ailleurs, c'est aussi à l'entreprise qu'il incombera de former ses collaborateurs pour qu'ils puissent tout au long de leur carrière, s'adapter à de nouvelles tâches tout en restant motivés."

Changer les mentalités... tout court
Gérard Bardier, responsable de la gestion des âges, groupe BPI : "Depuis trente ans, on a pensé que l'emploi pour tous n'existait pas. D'où, le développement des diverses formes de congés, de la pré-retraite, des 35 heures... au lieu de se préoccuper des emplois pour l'avenir. Les départs à la retraite anticipée sont même devenus une solution privilégiée dans les plans de réduction du personnel. On a forgé toute une culture qu'il va falloir maintenant défaire puisque l'on sait qu'il faudra travailler jusqu'à 65 ans d'ici peu voire 70 ans dans une quinzaine d'années."

Investir sur les jeunes
Bruno Palier (CNRS/Cevipof) : "Le vieillissement de la population induira un vieillissement de l'électorat plus enclin alors à voter pour ses propres intérêts que pour ceux des plus jeunes. Or s'il n'y a pas assez de jeunes nos sociétés s'appauvriront. A trop se préoccuper des vieux, il y a risque d'oublier les plus jeunes."

Créer un organisme de réflexion sur la question
Une idée avancée par Robert Rochefort et plébiscitée par les autres intervenants : "Face à notre manque de clés pour trouver des solutions au phénomène de l'allongement de la durée de vie, il y a urgente nécessité de créer en France un organisme d'échange de connaissances, savoirs et réflexions sur ses conséquences qui doivent être traitées au niveau de l'Etat de manière transversale, tant cette évolution impacte tous les domaines d'activités de tous les ministères."

Pour en savoir plus :

Laurence Valentini

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