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Ella et Sacha

Barreiro Anne-Marie

Ella et Sacha

Le rôle des jeunes et des professionnels pour que le vieux vive mieux le fait d'être vieux

A l'heure où nous gagnons une espérance de vie d'un trimestre par an, Anne-Marie Barreiro s'interroge sur la vieillesse et ce recul incessant de notre mort. Faut-il aider les personnes âgées à mourir ou faut-il les garder en vie à n'importe quel prix ? Dans "Ella et Sacha", un livre auto-édité, l'auteur montre le rôle de l'intergénération et la remise en cause nécessaire des fonctionnements conventionnels.

Anne-Marie Barreiro étudie depuis près de vingt ans les relations humaines et exerce aujourd'hui la profession de coach. Dans "Ella et Sacha", elle a imaginé des personnages capables de remettre en cause les souffrances que l'homme s'inflige.
A l'heure où la science repousse sans cesse notre mort, l'auteur s'interroge en effet sur nos conditions de vie (à travers une histoire parfois légère et mal maîtrisée qui révèle l'amateurisme éditorial (autoédition sur Lulu.com)) : faut-il vivre vieux à n'importe quel prix ? N'importe quelle condition ? Dans n'importe quel état ?
Mais c'est d'abord l'histoire de deux femmes qui se rencontrent par les hasards de la vie... Ella, une aide-soignante à Clair Soleil, une maison de retraite, et Sacha, une grand-mère placée à Clair Soleil par sa fille. La première, désabusée, sans rêve et sans croyance, la seconde, qui vivra ses rêves même s'ils doivent impliquer sa mort.

Une réflexion sur la vie en établissement
Ella n'est pas devenue aide-soignante par hasard. C'est un épisode particulier qui l'a conduit à s'interroger sur la gérontologie et la maltraitance en établissement spécialisé. "J'étais passée à l'improviste, je l'avais trouvée attachée à son fauteuil, sangles aux poignets, telle une condamnée. Sa tête dodelinait vers son déjeuner qu'elle ne pouvait atteindre. La maison de retraite avait argué le manque de personnel, la protection physique et autres excuses."
"Certains hospices ressemblaient à des enfers. D'ailleurs, la plupart des collègues tombaient en dépression. Il fallait supporter la pénurie de personnel, le manque de matériel, les maigres salaires."
Ella se lance donc dans des études de droit et de sciences sociales avec l'objectif de diriger un établissement gériatrique. Sans expérience, elle finira par obtenir un poste d'assistante de soins, qui se révèle être un poste d'aide-soignante à Clair Soleil : "L'emploi qui consiste à laver les vieux et les malades, à leur faire des soins recommandés par l'infirmière, à les nourrir. (...) Les premières semaines, j'ai cru que je ne pourrais pas supporter les odeurs, les cris des douleurs, les caractères. Après les bancs de la fac où j'avais appris les lois et les théories, je me confrontais au monde de l'hospice."
Mais plus qu'un échec professionnel, c'est la désillusion et l'anéantissement de ses idéaux qui la gagne : "J'avais étudié la politique de soins en gérontologie avec multitude de conférences passionnantes, de projets palpitants et d'idéaux humanitaires. Et je me retrouvais dans un fonctionnement moyenâgeux". Même si Mme Lacour, directrice de Clair Soleil, tient à équiper l'établissement des meilleurs lits et appareils, même si le label qualité est recherché... Mais que fait-on des angoisses des pensionnaires ?

Comment faire face au désarroi des personnes âgées ?
On gagne un trimestre d'espérance de vie par an. Certains s'en réjouissent, d'autres comme le personnage d'Ella s'interrogent. Comment aider les personnes dépendantes ? "Il fallait faire face, coûte que coûte à la maladie, à la mort, au drame. A l'isolement, aux non-dits, aux craintes. Il était aisé d'appliquer la technique mais comment traiter le désarroi ? (...) Le désarroi n'était pas l'affaire du médecin. (...) Je suis médecin, pas psy !"
C'est donc dans cet univers qu'arrive le personnage de Sacha, qui comme les autres résidents, reproche à sa fille (qui n'a pas le temps de s'occuper d'elle) de la placer dans cette institution : "Comment peux-tu savoir si je vais être bien ici. Je suis malade, âgée, et bientôt emprisonnée".
Sacha est malade. Elle doit donc suivre un régime spécial dans cette maison de retraite aux règles strictes. Mais elle décide qu'il en sera autrement. Elle ne mange plus, continue à fumer, reste prostrée dans sa chambre. "Si je n'ai plus un seul petit plaisir, autant en finir tout de suite..."
Ella en vient donc à s'interroger : "Doit-on forcer les individus ?".
Ella propose régulièrement (en vain) à la direction des projets qui permettraient d'égayer la vie des résidents : "modifier les horaires des repas, varier l'alimentation, prévoir des journées pour la peinture ou la musique, organiser des sorties aux journées du patrimoine... Je voulais, je voulais, je voulais. (...) Peine perdue. Les discours sur l'aide sociale des vieux et des malades n'étaient qu'un discours de plus dans l'océan du blabla politico social".

La liberté de choisir étayée par une relation attentive
"Je devais continuer mon travail tous les jours de manière aberrante : donner des médicaments qui rendent les malades léthargiques, les attacher sur leurs fauteuils, les enfermer pour éviter qu'ils ne hurlent. "Mais Sacha a un projet en tête, celui de choisir sa vie. Elle décide donc de quitter Clair Soleil avec l'aide d'Ella. Son argument ? Partir quelques jours en vacances, histoire de profiter de quelques plaisirs avant de mourir ("Je n'ai plus aucun plaisir à part nos conversations").
En effet, Sacha ne retrouve l'appétit qu'à la seule condition que ce soit Ella qui lui porte ses repas dans sa chambre (chose formellement interdite). Elles nouent donc une amitié très forte, incomprise par le personnel, par les amis d'Ella...
Après de longues hésitations, Ella décidera finalement de lui offrir ce cadeau, qui, elle ne le sait pas encore, changera leurs vies.
Elles passeront voir la mer, visiteront d'anciennes villes, retrouveront d'anciens amis ou virevolteront dans les airs... Avant de revenir à la réalité. Celle qui conduira Sacha à se donner la mort en plongeant dans un lac. Avec la satisfaction d'avoir choisi. Notamment de ne pas retourner à "la maison des grabataires qui met les vieux sous cloches, à l'écart du monde".
Ella, de son côté, prendra enfin sa vie en main. Après une vie sans bonheur et une succession d'indécisions, elle choisira de vivre ses rêves, le premier étant de changer de vie. Elle démissionnera et partira à l'aventure, notamment à Paris, puisqu'on lui propose un poste d'expert en gérontologie à l'université.

Ne revient-il pas aux jeunes générations, et aux professionnels conscients, d'accompagner les aînés sur le chemin vers la mort inéluctable, avec la considération, l'affection, qui leur est due plutôt que de les laisser croupir dans l'indifférence des technocrates, certains d'avoir livrés les repas à l'heure et choisi la température optimale pour le chauffage de l'étage ?

Se procurer l'ouvrage : www.lulu.com/content/862895

Nolwenn Neveu

Autoédition, Lulu.com


 


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