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En avant toutes !
Dorin Françoise
"Que peut-il bien se passer quand… " Françoise Dorin s'attaque au nouvel équilibre imposé par l'intergénération actuelle, dans son nouveau livre "En avant toutes" aux Editions Plon ? L'histoire d'un coup de foudre entre un macho (plus subtil qu'il n'y paraît) et une féministe (malgré elle), enfants de boomers qui tentent d'écrire leurs propres histoires, entre héritage et invention. Et si "venir après" n'était pas si simple ? Quand Vincent, le macho qui croit suivre le schéma de son père en s'offusquant ouvertement contre la virilisation du sexe féminin dans son livre La Tarzane, rencontre Lou, la féministe qui reproduit le schéma de sa mère en menant son combat de femme dans son livre L'Adieu au cowboy, c'est le coup de foudre et le début d'une histoire littéraire et amoureuse peu commune. Mais derrière cette histoire se cache une question : quand les parents sont des boomers en pleine effervescence, comment trouver sa place et construire sa propre histoire ? Françoise Dorin tente d'y répondre dans son nouvel ouvrage "En avant toutes !" aux Editions Plon. Quand les parents filent des complexes… "Lou n'a eu qu'un seul but : réussir… mieux que ses parents et dans d'autres domaines que les leurs. (… ) Etre "la fille de… ", plutôt crever !" Pourtant, malgré ce qu'elle croit, si Lou est féministe, c'est surtout à cause de sa mère qui n'a fait que lui imposer ses choix de vie. Elle est complexée par sa mère, psychanalyste renommée et fondatrice du mouvement féministe "En avant toutes". Le personnage extériorise cette angoisse des trentenaires actuels. Lou évoque "Sa mère, l'auteur de ses jours… et de ses complexes", "Parce qu'elle en a des complexes ? Oui, vis-à-vis de sa mère". Sa plus grande source de mortification est ce que cette dernière pense d'elle : "Tâche de ne pas me faire honte", "Jamais il ne m'est venu à l'idée que j'écrivais. D'autant moins que l'opinion de ma mère sur mes facultés intellectuelles ne m'y encourageait pas". La vie de Lou est une succession de malchances, jusqu'au jour où elle publie son livre L'Adieu au cowboy, qui remporte un vif succès. Ce dernier aura un rôle décisif, celui de lui faire rencontrer Vincent, un avocat-écrivain macho et de lui faire comprendre que ce féminisme à tout va qu'elle défend dans ce livre, ne lui ressemble pas. Elle comprendra aussi que pour mener sa vie, elle doit "régler (ses) comptes avec (sa) mère : à propos notamment de l'influence qu'elle a exercée sur (elle)". Elle décidera donc d'écrire un roman sur sa mère par vengeance ou presque, jusqu'au jour où celle-ci mourra. "Lou prend la parole la première et commence son compte-rendu par la fin : le tête-à-tête qu'elle vient d'avoir avec sa mère. En tant que fille, elle le résume en un mot : affligeant. En tant qu'auteur, elle est beaucoup plus bavarde, comme si sa mère n'était plus que le personnage principal de son prochain roman. (… ) Son héroïne travaillera dans une maison d'édition à corriger les fautes des écrivains. Et occupera le reste de son temps à corriger celles de tous ceux qui l'approchent. Du moins ce qu'elle considère, elle, comme des fautes." … Ou soutiennent en donnant des complexes Vincent, le macho (membre du mouvement "Ni brutes, ni soumis"), est plutôt, comme ses frères, béat d'admiration pour ses parents et surtout sa mère… ("Vincent a répété cette expression que sa mère employait. (… ) Expression de sa mère (encore elle !). (… ) Sa mère (toujours elle !). (… ) Un mot de leur mère (bien entendu !)") qui lui envoie "un mail maternel quotidien" et à qui il consacre un livre "Pourquoi elles ne te ressemblent pas toutes, maman ?". Mais cette "communauté amicalo-familiale très solidaire" a aussi ses failles. "Il pense à Jules Renard qui ne voulait pas procréer, de peur d'avoir un fils qui ressemblerait à celui qu'il avait été pour ses parents. Lui aussi se veut sans descendance. Mais lui, par peur de ne pas retrouver avec sa progéniture la merveilleuse entente qu'il a avec ses parents… " A tel point que face à Lou, qui prend le dessus sur lui socialement, il croit ne pas reproduire le schéma du couple de ses parents (où le père est un Homme, la mère est une Femme alors qu'en réalité, c'est sa mère qui dirige tout mais sait le dissimuler). Il en devient impuissant : "Tu réagis comme ton père… disons comme un homme d'hier, amoureux d'une femme d'aujourd'hui". … Construire sa propre histoire sous le regard de la génération précédente ? Lou, la petite trentaine, et Vincent, la quarantaine, ont été "fabriqués dans deux usines familiales très différentes. Ceci nous oblige, toi comme moi, à des ajustements". Mais est-ce si simple ? Pas vraiment. Quand Lou a le coup de foudre pour Vincent, c'est son père qui joue l'entremetteur… (plutôt un bon point) Mais quand ils cherchent à se rapprocher, le père de Lou déboule encore… "Leurs lèvres se rapprochent. (… ) Jusqu'au moment où on sonne à la porte. (… ) Lou voit à l'œilleton de la porte le visage de son père." Pas facile non plus de gérer les relations avec sa mère (même après sa mort) : "Elle pense qu'elle ne pense pas à sa mère. S'efforce de penser qu'elle lui doit la vie – même si ce fut contre son gré. Culpabilise. Pense à tout ce qu'elle ne lui doit pas. Déculpabilise… " Mais la mère de Vincent n'est pas en reste, elle qui prépare des petits plats pour son fils, lui envoie des mails, l'appelle… Les relations sont là aussi compliquées entre les générations et les histoires personnelles : "Vincent a souri. Serré sa mère dans ses bras et pensé à Lou". Les relations entre générations ne sont pas seulement difficiles au sein des familles : "Tu imagines si tout le monde changeait de sexe… (… ) Mais c'est ce qui est en train de se passer. Pas physiquement mais socialement. Ce ne sont pas les corps qui se transforment, ce sont les têtes, les mentalités", "Tu sais l'âge qu'elle a ? Soixante-quatre ans. L'âge n'est plus ce qu'il était ! Ca dépend : ma mère a cinq ans de moins et elle en fait dix de plus". Et c'est bien l'équilibre entre l'héritage des générations précédentes et la nouveauté qui est au cœur des relations familiales et sociales. Vincent admire le passé mais craint un peu le présent ("Il a conclu avec une de ses formules favorites où se côtoyaient les mots de trois générations"), Lou refuse le passé pour aller de l'avant. A eux deux ; ils essaient donc d'écrire, au nom de l'Amour, la suite de l'histoire, faite " des joies inespérées ; des déceptions inattendues ; des échecs incompréhensibles et des réussites inexplicables". Mais aussi de leçons : "A partir d'un certain âge, le savoir-vivre consiste à savoir mourir", "Cette décontraction devant le tabou de l'âge (… ) Ce n'est pas merveilleux, c'est vital. Le rire est mon élixir.", "Privilège de l'âge : on ne craint plus la vérité. Ni pour l'entendre, ni pour la dire." Avec la sagesse de l'âge, l'écriture de l'histoire serait donc possible… Sans renier ses origines, sans oublier les évolutions des générations… Françoise Dorin, en traitant une histoire d'amour qui n'aurait pu être que banale en arrive à esquisser le tableau intergénérationnel qui lie les boomers à leurs enfants. Nolwenn Neveu
Editions Plon
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