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Les sexygénaires
Cesarini-Dasso Marie-Josée
Peut-on encore être une femme avec quelques années de plus ? Un homme senior quitte sa femme pour une maîtresse plus jeune… Quoi de plus banal ? Tout sauf l'histoire de Marie-Josée Cesarini-Dasso dans "Les sexygénaires" (France Europe Editions) qui traite avec humour (un peu crissant parfois) des relations hommes/femmes, de la condition féminine, de son manque de confiance en soi surtout, de la vieillesse aussi… "Je suis là parce que mon mari m'a plaquée pour une autre après quarante ans de mariage." Désarmante de banalité, l'histoire permet surtout à l'auteur Marie-Josée Cesarini-Dasso, avocate, docteur en droit, criminologue et chercheur, de dessiner l'esquisse de la vie d'une femme d'aujourd'hui, avec en arrière-plan les nouvelles problématiques qui s'ajoutent à elles avec l'âge. "Elles ne sont ni vous, ni moi… un peu de nous toutes, peut-être ?" "Mon histoire est de celles qui amusent tout le monde et n'intéressent personne." Sauf le lecteur (la lectrice) qui sourit souvent de retrouver son quotidien (et de se dire enfin qu'elle n'est pas "la seule"). Dans cette histoire où le mari qui a trompé sa femme finit par la quitter (la faute à "l'infini vertige du choix et de la liberté"), où la femme, déboussolée, rencontre d'autres hommes et finit par se laisser aimer, rendre compte des relations hommes/femmes, c'est aussi et surtout l'occasion de jeter un regard sur la condition féminine. "Les femmes sont attendues sur tous les fronts. Que ce soit dans le domaine maternel, professionnel, amoureux, domestique ou familial. Elles portent sur leurs épaules leur vie de famille et la charge des vieux parents, sans parler du devoir d'être, de devenir et de rester belle." Dans une époque révolue (ou presque), plaire aux hommes, c'était (c'est ?) : "Se taire, écouter, s'intéresser à tout ce qu'ils racontaient. Etre belle, certes, mais une fois qu'ils vous épousaient, disparaître pour les autres. La plus grande faute était de montrer son intelligence." Qui n'a jamais eu cette impression (et qui ne l'a pas encore parfois), lui jettera la première pierre… "A partir de cinquante ans, on devient biodégradable" Non seulement être une femme n'est pas si facile, mais vieillir ne l'est pas non plus : "l'âge me pénalise plus que vous parce que je suis une femme". Pourquoi voit-on un homme mûr et une femme vieille ? Pourquoi pardonne-t-on les poignées d'amour mais pas la cellulite après trois accouchements ? Sur un ton de vacheries ("avec vos soixante ans et votre dégaine indigeste pour un vrai corps d'homme"), l'auteur nous entraîne dans les méandres de la vie de Clémence, sexagénaire, où le "désir obsessionnel de plaire encore et le mieux possible" survient comme une sorte d'envie tardive, bien qu'elle ait toujours "surveillé ses cuisses" pour plaire à son mari (en vain). A l'heure où elle veut "attirer les regards à tout prix pour ne pas me voir décliner", "la seule attitude que vous m'autorisez est "sois moche et tais-toi". Pour vous, je suis physiquement et moralement invisible." Avec Frédéric, le coureur de jupons et de sang frais, elle n'existe plus en tant que femme mais est donc la bonne camarade qui rassure. Avec Christophe, le "vieil auteur" qu'elle corrige, elle n'existe pas plus et est "indigeste" pendant que son mari vieillissant va chercher auprès des jeunes corps des "antidotes contre la vieillesse et la mort". Mais n'est-ce qu'une question d'âge ? L'homme se tourne vers les plus jeunes, mais avant ça, vers les plus belles, vers les plus minces ou vers les plus… Pendant que la femme détaille chaque "pièce" du corps de ses "concurrentes" (forcément "plus" qu'elle) et perd le si peu de confiance en elle face au miroir ("en réalité, sans eux (les hommes), c'est nous qui tournons vers la déprime"). Comment ne pas sombrer alors dans la solitude et l'émotion ? En contre-attaquant bien sûr : et si les femmes étaient, elles aussi, malheureuses dans le rôle que la société veut leur imposer ? Et si leurs foyers ne les satisfaisaient pas ? Et si elles non plus, ne désiraient plus leur mari ? Pourquoi seraient-elles les seules à faire des efforts ? Les femmes veulent sentir la virilité oui, mais pas l'abandon de soi… "L'âge venant, elles sont parfois déçues par leurs enfants indifférents, lassées par leur mari sexuellement ennuyeux dont certaines disent : il a tellement grossi que j'ai l'impression de coucher avec un morse poilu… " Un constat déprimant et drôle à la fois, celui des "treize", groupe d'amies d'enfance retrouvées, devenues sexygénaires, qui initient Clémence aux "joies" du botox, lifting, ravalement… Bref, tout ce que les magazines prônent en tête d'affiche comme étant un mode d'être (être normal) et non pas un effort. L'explosion du marché de la beauté ne viendrait-il pas d'ailleurs de cette confiance en soi toujours recherchée, trouvant un appui avec les nouveaux produits ou méthodes délivrés par ce marché. "Je ne vois pas pourquoi l'âge devrait faire taire nos envies" "J'ai plus de soixante ans et sur bien des points je continue à penser comme si j'en avais quinze. Je constate de plus en plus souvent un décalage entre mon âge ressenti et celui que me renvoie le miroir. A soixante ans on voudrait en avoir quarante, à quarante, quinze et à quinze, vingt ou même trente… " La simplicité du roman n'est finalement qu'apparente. Concepts sociologiques (ici, la différence entre âge perçu et âge réel) et philosophiques assurent le décor, à renfort de grandes tirades souvent un peu trop préfabriquées. Mais qu'importe, l'essentiel est dit : il faut savoir "s'installer dans son âge le mieux possible", "le temps est ce qu'on en fait, la jeunesse ne meurt jamais. Il suffit d'en posséder les ingrédients pour la ressusciter… ", sous-entendu avoir enfin confiance en soi. Et les relations entre hommes et femmes ? Toujours partir à la découverte de l'autre, pour ne pas le perdre, message qui vaut pour l'un comme pour l'autre. Toujours chercher à se comprendre, à faire plaisir tout en se faisant plaisir, sans s'oublier, sans se soumettre ou dominer, être d'égal à égal… Ce qu'on appelle l'amour, quel que soit notre âge, ce qui fait qu'on a confiance en soi, quel que soit notre âge. "Entrez en piste pour un parcours du troisième type. Ce chemin pour une seconde lune de miel est bourré d'obstacles. Il y a du suspense, des surprises, de l'émotion, mais voilà une atmosphère excitante pour une nouvelle vie." C'est ce que Clémence décidera de vivre avec Damien d'abord, un jeune homme prêt à tout pour elle, puis avec Christophe, ce "vieil auteur" qui finira par ravaler son aigreur : "La plus cruelle vieillesse n'est pas organique. C'est celle des cœurs. Lorsque nos espérances sont écornées, nous désespérons et devenons de vieux vivants, quel que soit notre âge." Ils signeront alors de leur nom commun (après mariage) le livre qu'ils ont écrit à quatre mains, comme un enfant qu'ils n'auraient pu avoir, formidable symbole d'espoir lancé aux générations suivantes. A contrario du désespoir de Germaine qui, malgré les nombreux hommes qu'elle a connu, n'a pas trouvé l'amour et finit par se suicider. Comme si l'amour (ne serait-ce que l'amour de soi) nous fait vivre… "Sur le bateau qui fait la liaison entre la jeunesse et la vieillesse, il y a trois sortes de passagers : ceux qui regardent derrière, ceux qui regardent devant et ceux qui regardent vers les cieux ; les troisièmes ont raison. On est fichu, on devient moche le jour où on renonce à plaire et à rêver." Finalement, être jeune ou être vieille, le combat est le même : être une femme, avec la préoccupation des nombreux équilibres qui découlent de son statut… Nolwenn Neveu
France Europe Editions
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