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Travailler après la retraite en Amérique du Nord
Cnav
"Travailler après la retraite en Amérique du Nord" est un dossier réalisé et publié par la Cnav (Retraite et société n°42). Il présente un aspect caractéristique de l'évolution du système américain de protection du revenu à la retraite‚ la "Social Security". Il montre le rôle croissant que joue le revenu du travail acquis après la prise de la retraite. Frédéric Lesemann‚ directeur de Transpol‚ Montréal‚ et Julie Beausoleil‚ chercheur à l'université du Texas et membre de Transpol‚ ont réunis des articles de chercheurs américains‚ canadiens et français‚ auxquels la Cnav a ajouté un entretien avec Jean–Paul Domergue‚ directeur des affaires juridiques de l'Unedic. Une rubrique "Faits et chiffres"‚ consacrée aux montants des pensions des retraités du régime général‚ complète le sommaire. Les emplois "post–carrière" aux Etats–Unis‚ une nécessité pour les "précaires" F.Lesemann et J.Beausoleil ont réalisé la synthèse des recherches américaines récentes consacrées au phénomène de l'emploi "post–carrière" aux Etats–Unis. Ces travaux mettent en évidence le nombre croissant de personnes possédant un statut à la fois de retraité et d'actif sur le marché du travail. Ce double statut se décline en une variété de modalités : certains ont recours au temps partiel‚ d'autres se mettent à leur compte avec un statut de travailleur indépendant. Les frontières entre travail et retraite sont de plus en plus floues et elles témoignent d'une diversité croissante des parcours professionnels individuels. En effet‚ de moins en moins de travailleurs passent d'un emploi à plein temps à une retraite "à plein temps"‚ dans la mesure où la retraite cesse d'être un événement unique‚ et où les emplois "non standard" se multiplient. Ainsi‚ tous atteignent la retraite de façon différente. Divers facteurs structurels et institutionnels contribuent à expliquer cet essor de l'emploi "post–carrière". On peut constater une forte différenciation sociale entre trois ensembles de travailleurs : les "précaires"‚ les travailleurs les moins scolarisés et qui‚ pour cette raison accèdent aux emplois les moins qualifiés‚ aux protections des droits les plus précaires et aux conditions de rémunération les plus basses; les "compétitifs"‚ les plus scolarisés‚ les plus qualifiés et les plus rémunérés; et les "protégés"‚ dont les conditions de protection des droits sont plus étendues que celles des compétitifs. Pour chacun de ces ensembles‚ les facteurs de ressources financières‚ de scolarité et de type de carrière professionnelle‚ dessinent des rapports à l'emploi "post–carrière" très distincts. Pour les "précaires"‚ largement majoritaires‚ il s'agit d'un retour à l'emploi obligé‚ pour des raisons économiques. Les avantages matériels et symboliques que les "compétitifs" ont connus pendant leur carrière les amènent à trouver dans leur emploi "post–carrière" non seulement des revenus importants‚ mais aussi une grande satisfaction. Les conditions de travail favorables au plan de la protection sociale que les "protégés" ont connues et dont ils vont continuer à bénéficier au terme de leur carrière‚ tend à leur éviter de rechercher un emploi "post–carrière". Travailler plus longtemps à cause de la débâcle des pensions T.Ghilarducci compare les schémas de l'organisation du travail aux Etats–Unis avec ceux de quelques pays européens‚ ainsi que l'importance du salaire dans les revenus des Américains âgés. L'auteur analyse comment‚ vivant plus longtemps et travaillant moins‚ les Américains peuvent profiter davantage de la retraite. Le nombre des retraités augmente graduellement avec la démographie du baby boom. L'auteur présente en outre les raisons pour lesquelles les personnes âgées décident de continuer de travailler. Jouent‚ l'attrait du salaire‚ les opportunités d'emploi‚ mais aussi la nécessité de travailler plus longtemps que les Américains âgés ressentent lorsque leur pension de retraite devient incertaine. En effet‚ les pensions de retraite diminuent aux Etats–Unis. Une personne âgée aujourd'hui de 65 ans devra travailler 30% de plus pour obtenir la même pension d'entreprise qu'un retraité de 1974. La baisse des revenus disponibles pour la retraite est en cause. De plus‚ les médicaments sont de plus en plus chers et la couverture santé offerte par l'employeur diminue à l'heure de la retraite. Ainsi‚ le système des retraites américains‚ la hausse des dépenses et la baisse du niveau de vie qui en résultent pour les ménages âgés incitent à travailler plus longtemps. Enfin‚ l'auteur propose une analyse des politiques qui seraient socialement optimales aux Etats–Unis. On pourrait augmenter les prélèvements sociaux‚ encourager les employeurs à constituer des réseaux d'assurances collectives‚ réformer et faire respecter la législation des contrats de service et du travail temporaire‚ afin que la couverture puisse augmenter. L'instauration d'un complément à la "Social Security"‚ obligeant tous les employeurs à verser 3% de la rémunération dans un plan de retraite et le projet de compte d'épargne lancé par l'administration Clinton‚ constituent des axes de réforme novateurs. Ces mécanismes pourraient permettre d'étendre la "Social Security"‚ le bénéfice de la retraite publique‚ aux secteurs d'activité et aux emplois qui n'ouvrent actuellement pas droit à la pension. Québec : le développement des emplois "post–carrière" S.Crespo explique que depuis le milieu des années 90‚ le taux d'emploi des hommes âgés de 55 à 64 ans a commencé à augmenter au Québec‚ passant de 48‚ 1% en 1995 à 54‚ 3% en 2002‚ après plusieurs années de baisse soutenue. Cette reprise est survenue dans le contexte d'une transformation des parcours de fin de carrière. De "nouveaux parcours" se distinguent en ce qu'ils impliquent un emploi "post–carrière"‚ et une combinaison entre des revenus d'emploi et de retraite. La récente remontée du taux d'emploi est passée par des travailleurs qui expérimentaient ces "nouveaux parcours". L'analyse révèle que les travailleurs dont le retour à l' emploi est récent constituent les principaux acteurs de l'augmentation du taux d'emploi. On peut en déduire que la reprise est principalement fonction de la progression des emplois "post–carrière"‚ puisque ceux–ci présentent nécessairement un caractère récent. De plus‚ la reprise est passée exclusivement par des travailleurs qui combinent des revenus d'emploi à des revenus de retraite. Les Américaines sensibles à la flexibilité de l'emploi E.T.Hill examine la participation des femmes âgées de plus de 60 ans à la population active. Son article résulte d'une récente enquête longitudinale financée par le ministère du Travail des Etats–Unis. Conclusion : de nombreuses Américaines "retraitées" occupent un emploi‚ le plus souvent à temps partiel‚ dans des professions où les horaires de travail sont flexibles et où l'activité physique est réduite. Même si le revenu familial entre en ligne de compte‚ la participation des femmes au marché semble davantage motivée par des facteurs non économiques. Aux Etats–Unis‚ la flexibilité de l'emploi semble peser davantage que les incitations financières dans leur décision. Ce sont les femmes qui ont suivi des études et celles qui ont travaillé pendant l'essentiel de leur vie adulte qui ont tendance à travailler à un âge avancé. France–Etats–Unis : la perplexité de Xavier Gaullier X.Gaullierconclut cette étude en remarquant qu'actuellement‚ tout oppose la situation française et la réalité nord–américaine. En effet en France‚ il n'existe aucune disposition qui favorise les emplois post carrière. Toutefois‚ la comparaison pousse à s'interroger‚ presque un an après l'adoption de la loi Fillon‚ sur les évolutions possibles des retraites‚ de l'emploi‚ et sur leur articulation. La réforme Fillon de 2003 faisait le pari d'un retour au plein emploi pour 2010‚ et d'une augmentation‚ dès maintenant‚ des taux d'emploi en fin de carrière. Mais les incertitudes sont nombreuses et tiennent aux comportements futurs des entreprises et des salariés. La France se situe aujourd'hui à la croisée des chemins‚ au début d'un processus de long terme susceptible de configurations différentes. L'auteur est perplexe car il est difficile de savoir si l'avenir sera fait d'emplois précaires et de retraites au rabais‚ ou d'emplois sécurisés et de pensions satisfaisantes‚ et quelle sera la répartition de ces situations entre les différents groupes sociaux.
Retraite et Société n°42
La documentation française‚ 2004 ISSN : 1167 4687
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