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Un âge nommé désir
Lemoine-Darthois Régine et Weissman Elisabeth
A plus de cinquante ans, la femme issue des classes aisées se retrouve soudainement libérée de ses obligations familiales et professionnelles. En effet, une femme sur trois seulement est encore au travail dans la tranche d'âge des 55-59 ans. En règle générale, elle va bénéficier d'une vie encore bien longue (40% atteindront 100 ans), et à l'abri du besoin. Le problème est de savoir comment remplir cette vie jusque là consacrée aux enfants et au mari. Selon nos deux auteurs : "Contrairement à toute cette littérature bien-pensante du "vieillissement correct" qui fait de la deuxième vie des femmes une vie, enfin tout entière, dédiée aux autres, nous pensons, nous, que cette deuxième vie est bel et bien celle de la disponibilité à soi-même, vertu d'un égoïsme de bon aloi et tremplin indispensable à la véritable disponibilité aux autres". Les femmes qui ont atteint la cinquantaine appartiennent à la génération de mai 68, la génération du féminisme et de l'introspection. Les babyboomeuses sont en quelque sorte des "décolonisées", vis-à-vis du père, du mari, des institutions, des convenances. Si certaines femmes ont pu faire l'impasse à certains moments de leur vie sur elles-même parce qu'il y avait d'autres priorités comme les enfants ou la carrière, voilà à 50 ans revenu le temps du recentrage sur soi. Le défi de cet âge dit "critique" est de devenir un être libre, déconditionnée, définissant sa propre norme pour elle-même. Si à 50 ans on déprime parce qu'on ne se juge plus si attirante, on finit par réapprendre à s'aimer. Et cette réconciliation avec soi produit un effet d'attirance sur les autres, permet la prise d'assurance en soi et permet d'oser enfin. Toutefois, la sexualité des seniors reste tabou, en partie parce qu'à cet âge, la sexualité est débarrassée de toute justification procréatrice. Cela n'empêche pas les quinquagénaires, rendues à elles-même par l'allègement des contraintes, de faire preuve de suffisamment d'autonomie pour ne pas censurer leurs désirs et leur plaisir. On entre aujourd'hui dans l'ère des quinquagénaires sexuées qui quittent leur mari pour un homme plus jeune, prennent des amants, font des rencontres amoureuses via Internet, plaquent tout pour s'adonner à la peinture, bref vivent sans tenir compte des préjugés de leur entourage et de la société en général. Carolyne Marcq
Albin Michel
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