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Une vie en plus

De Rosnay Joël, Servan-Schreiber Jean-Louis, De Closets François et Simonnet Dominique

Une vie en plus

Joël de Rosnay, Jean-Louis Servan-Schreiber et François de Closets traitent de la longévité dans un livre, présenté sous la forme de trois "interviews", réalisées par Dominique Simonnet. Il est intitulé Une vie en plus. La longévité, pour quoi faire ? (Le Seuil). Trois fronts sont explorés les uns après les autres : le corps, l'esprit et la société. Les deux premières parties concentrent des conseils pour bien vivre, de manière individuelle, ce nouvel âge. La troisième partie insiste sur les enjeux et défis collectifs que soulèvent cette "vie en plus", située entre 60 et 75 ans.

La "bionomie" pour contrer le vieillissement
Pour Joël de Rosnay, biochimiste, le vieillissement correspond à un phénomène d'oxydation de notre corps, qui se rouille s'il est trop sollicité. Aujourd'hui, on pense qu'on va vivre jusque 120 ou 140 ans et il faut se préparer à bien vivre ces années en plus. Pour cela, il faudrait développer ce qu'il appelle la "bionomie", c'est-à-dire la gestion de sa vie, de son corps.
Le régime alimentaire est un facteur important de cette gestion. On sait qu'une alimentation faible en calories est un facteur de longévité, qu'il vaut mieux manger coloré (fruits, anti-oxydants) et que les petits poisons comme le vin rouge ou le chocolat noir sont bénéfiques en faible quantité. Autre principe important à une bonne alimentation : celui de complémentation : on peut se passer de viande à condition de bien associer d'autres aliments dans un même plat.
Il est également important de bien dormir, rappelle le biochimiste : le sommeil permet au cerveau de récupérer et de lutter contre le stress, facteur de vieillissement. Et dix minutes quotidiennes de méditation pendant deux à trois mois font baisser la tension de deux points sans le moindre médicament ! L'exercice physique permet la fabrication naturelle de l'hormone de croissance qui ralentit le vieillissement… Corollaire : prendre sa retraite est un facteur de vieillissement : mieux vaut rester actif. Quand on est soudain déconnecté de la vie active, le corps ne suit plus…

 

L'homme transformable
Pilules intelligentes, puces implantées sous la peau, organes qui repoussent… jusqu'où sommes nous prêts à aller pour ne pas vieillir ? Pour Joël de Rosnay toujours, on se dirige à grands pas vers une médecine prédictive où les médecins deviendraient des conseillers de vie. Le mariage entre la biologie et l'informatique fait se développer les puces implantables sous la peau, permettant de détecter des erreurs du métabolisme et d'y remédier : pacemaker, pompe à insuline…
Les progrès réalisés ne vont pas sans poser des problèmes : coût, accessibilité aux nouvelles technologies, contrôle de l'application de celles-ci. Jusqu'où modifier notre corps ? Joël de Rosnay distingue trois étapes : l'homme réparé, l'homme transformé et l'homme augmenté. Au troisième niveau, on amplifie les fonctions naturelles et on en crée de nouvelles : augmenter la mémoire, voir les infrarouges etc. Les problèmes éthiques soulevés par ces nouvelles possibilités scientifiques sont innombrables.

La longévité : un état d'esprit
Jean-Louis Servan-Shreiber, écrivain et directeur de Psychologies Magazine parle de la période entre 60 et 75 ans comme d'une "nouvelle adolescence". Après 60 ans, on se retrouve, comme à l'adolescence, en terra incognita. La première attitude à développer est de revendiquer d'être seul responsable de soi. On doit aborder le vieillissement avec détermination, volontarisme. De plus, il faut mettre l'accent sur son jardin intérieur et de devenir moins dépendant de l'extérieur, physiquement, financièrement et affectivement.
Avec l'âge, le temps s'accélère et il faut donc réussir à valoriser chaque instant. Pour cela, chacun doit décider personnellement du sens qu'il veut donner à ce nouvel âge. Pour le directeur de Psychologies Magazine : "Vieillir, c'est entrer en résistance". Il est risqué d'aborder la vieillesse sans avoir lucidement pris en compte sa propre mort : les seniors se doivent d'être réalistes, mais optimistes en se concentrant sur la qualité du présent. Avec la longévité de plus en plus grande, la question du suicide paisible – le choix personnel de mourir quand on a encore sa lucidité, les moyens physiques – est de plus en plus actuelle…

Le travail des seniors : la solution à la pénurie de main d'œuvre
Pour François de Closets, l'histoire du progrès est toujours la même. "D'une manière générale, nous n'anticipons pas les inconvénients potentiels de la nouveauté. Ce n'est que tardivement que nous tentons d'adapter notre société, afin que les effets maléfiques ne l'emportent pas sur les effets bénéfiques". Il en est ainsi de la longévité…
Dans les années 1990, le niveau de vie des retraités est en moyenne supérieur à celui des actifs, et parallèlement, les retraites se font plus nombreuses, plus lourdes, plus longues, et les actifs moins nombreux. Une erreur majeur a été la politique de départ en retraite précoce pour faire face au chômage. On a oublié que c'est l'activité, les innovations qui créent la quantité de travail et la développent.
Aujourd'hui, les sexagénaires représentent la catégorie sociale la plus heureuse en France. Et pourtant ils sont victimes d'une discrimination très forte. Les vieux sont partout écartés, sauf en politique et dans les postes de responsabilité où ils règnent en maître. Nous vivons dans une gérontocratie jeuniste !
A cause du décalage complet entre retraite et vieillesse, on s'achemine vers une guerre des générations à cause du poids insupportable des retraites. La solution serait pour F. de Closets, de réhabiliter l'activité. Le travail n'est pas incompatible avec le bonheur, et il va falloir faire face à la pénurie de main d'œuvre. Pour le journaliste, l'immigration n'est pas une solution. "Ou bien on accueille une main d'œuvre non formée, poussée par la misère, et l'on aura encore plus de chômeurs sans formation. Ou bien on importe spécifiquement des hommes et des femmes ayant les compétences que nous recherchons, et on les arrache à leur pays qui en ont bien besoin". La solution adéquate serait de favoriser l'activité des seniors, en prenant modèle sur des pays comme la Norvège, le Danemark, la Suède. Ces pays ont créé des conditions qui rendent intéressant le cumul d'une retraite et d'un emploi. La souplesse est nécessaire. Mais, il serait idiot, après la retraite à 60 ans, d'instaurer la retraite pour tous à 70 ans.

 

Carolyne Marcq

Seuil

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